‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 66 sur 224 · IU · texte numérisé non relu

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compte de son sang. Lts prodigalités de la cour allaient croissant avec la misère publique, ces griefs lui furent également imputés, et eurent de profonds retentissements au sein des communes : en l’année 1449, Suffolk fut mis par elles en accusation. Le roi intervint, arrêta la procédure et prononça comme juge; mais, craignant de pousser les communes à quelque extrémité par une absolution complète, il rendit un jugement équivoque. Suffolk, dit-il, n'était à ses yeux ni acquitté ni convaincu, un exil de cinq ans lui était infligé. Mais ses ennemis acharnés dans le peuple, dans l'armée, dans la flotte, voulaient son sang : le roi , en essayant de le sauver, précipita sa fin tragique et, à sa sortie de prison, une multitude furieuse demanda sa tète. Sufl’olk, après avoir vécu quelques semaines retiré dans ses terres ', ne s’v crut plus en sûreté et s’embarqua pour Calais : son navire fut arrêté à peu de distance du rivage par un des plus gros bâtiments de la flotte, dont le capitaine le lit saisir et conduire à son bord, où il le salua par ce mot sinistre : « Sois le bienvenu, traître ! » Un confesseur lui fut donné dans la nuit, et le lendemain le duc fut jeté dans une chaloupe où il vit un billot et une hache, et debout tout auprès, un matelot qui lui ordonna de s’agenouiller, et au sixième coup fit tomber sa tête a.

1. C'est de U qu'il ••cri vil à son fils une lettre admit aille, qui nous a ('le conservée cl qui motilrc ce qu'il eût été si l'ambition n'eftt corrompu son cœur. Celle lettre a été publiée dans la collection de Feni».

2. Cet événement, un des plus obscurs de l'histoire, est eucotc entouré de mystère; cependant une opinion très-vraisemblable, accréditée par plusieurs écrivains et embrassée par le judicieux Sharon Turner, attribue le meurtre de Suffolk a l'irritation populaire. (Mis/ or. of Engl, during lhe middlc aget.)

Il EMU VI.

Le cardinal d’York prit dans le gouvernement la place de Suffolk, et les affaires du royaume ne furent pas mieux conduites : les mêmes abus provoquèrent les mêmes plaintes : un auteur contemporain d’un grand poids, le docteur Gascoigne, chancelier d’Oxford, les attribue tout ensemble aux hommes élevés en dignité dans l’Eglise et dans l’administration : il nous montre le trésor au pillage, les conseillers de la couronne se partageant les taxes et les revenus, les évêques occupés seulement à s’enrichir et se dispensant de tous leurs devoirs, le roi esclave des favoris de la reine, distribuant aveuglément les honneurs et les bénéfices, s’indignant des prévarications de ses ministres et les oubliant le lendemain : il nous fait voir les favoris s’appuyant sur les parlements, pour lever des taxes qu’ils se partageaient, et convoquant ceux-ci à dessein dans des bourgades éloignées, où ils disposaient à leur gré du petit nombre de membres des communes qui consentaient à s’v rendre : il montre entin la chaire retentissant de tous ces fléaux, et une multitude de prédicateurs , tonnant contre l'indigne conduite des prélats et des conseillers du roi, et enflammant les ressentiments populaires Le résultat inévitable d’un pareil état de choses fut d’abord le soulèvement des masses contre les dépositaires du pouvoir, et ensuite la guerre entre ceux qui aspiraient à s’en emparer. Le sang du in»urr«iion.. malheureux Suffolk avait allumé la soif d’une populace irritée : tous les chefs de l’administration furent

1 . Manuscrit cité par Turner. ( llitloire d'Angleterre , règne de llenri VI.)

pou rsnivis avec fureur, et la dignité épiscopale dont la plupart étaient revêtus , ne les garantit pas du péril. L’évêque de Cliichester fut massacré à Porlsmnutti ; l'évêque de Salisburv , traîne hors de son église par ses propres diocésains, dans ses habits pontificaux, eut le même sort : le roi, épouvanté, convoqua un parlement a Leicester, et les nobles s’v rendirent accompagnés de leurs tenanciers et armés pour se défendre tout à la fois contre les courtisans et contre la multitude. Déjà l’espérance et les regards des mécontents se tournaient vers le prince que la naissance rendait, depuis la mort du duc de Glocester, le plus proche héritier du trône, vers Richard, duc d’York qui avait succédé en France au duc de Bedford, comme régent de ce royaume pour Henri VI. Ce prince, doué de talents égaux à son ambition, avait ensuite inspiré de l'ombrage au jiarti dominant : remplacé dans cette charge éminente par le comte de Warwick , il avait accepté le gouvernement de l’Irlande, qu’il administra plusieurs années avec sagesse, et où il résidait à l'époque où mourut Sutlolk.

Le parlement était encore a Leicester quand tout à coup on apprend que le peuple de Kent est soulevé, et qu'une grande multitude marche sur Londres, conduite par un irlandais nommé Jean Cadc, qui prenait le nom

4. Le duc d’York de? couda il dans les deux lignes d’Edouard III. Edouard, eiuquicuic fil» de ce monarque, avait laisse deux lils : IV» né mourut a Afin* court sans postérité ; le second, comte de Cambridge, avait épousé la petite fille et l liéiiiiéie de Lioniid, troisième lils d’Edouard 111 : leur héiilicr fut le duc d'York, qui, par sa inèrc, était plus près du tiôue d’uu degré que Henri VI, qui descendait de Jean de Gatid. duc de Lancastrc, quatrième fils d'Edouard.

HENRI VI

1ÎH

de Jean Mortimer et se donnait pour cousin du duc d’York. Les insurgés s’avancaient précédés d’un manifeste où ils énuméraient de nombreux griefs et se disaient armés |>our la réforme des abus. Le parlement est aussitôt dissous, le roi hâte son retour à Londres, une armée fidèle de vingt mille hommes se rassemble sons ses ordres, et il s’avance au-devant des rebelles. Une bataille s’engagea aux Seven-Oaki,; l’armée royale y fut battue et perdit ses deux chefs, les frères Stafford, tués l’un et l’autre dans l’action. Le roi vaincu transigea, il se soumit à envoyer à la Tour son trésorier, lord Say, et, ne se voyant pas en sûreté dans sa capitale, il gagna Kenilworth avec les débris de son armée : Londres ouvrit ses portes aux rebelles. Jean Cade, revêtu de l’armure et du costume des chevaliers, y fit une entrée triomphale : il avait ordonné le respect des propriétés et des personnes; néanmoins, il livra aux bourreaux lord Say et son gendre Cromer, shérifî du comté de Kent, et dès lors il ne fut plus maître de réprimer les violences de ses partisans. Le pillage de plusieurs maisons de la capitale rendit le courage aux habitants ; ils s’armèrent, attaquèrent les rebelles sur le pont de Londres, et les mirent en déroute. Une amnistie fut offerte cl acceptée, à la suite de laquelle les insurgés quittèrent la ville et rentrèrent dans leurs foyers. Le pardon accordé fut alors annulé comme extorqué par la force : on mit à prix la tête de Cade, il fut tué en combattant, et quelques autres chefs de l’insurrection furent arretés et exécutés.

Le duc d'York, à cette époque, était encore en Irlande, où il avait étouffé une insurrection, et s’était concilié,

Succè* du rebelle Jean CftJc.

Sa niorl.

(Il 50)

par son administration équitable autant que ferme, les M.rche symiwtbies des indigènes. Au bruit des troubles qui duc d’York agitaient la capitale et plusieurs comtes, il part sans Lnùdrw. donner avis de son retour, et se rend dans ses domaines du pays de Galles, où il invite ses principaux partisans à le rejoindre et, de là, avec une escorte de quatre mille hommes, il se dirige sur Londres. La cour fait d’inutiles efforts pour l’arrêter : le duc entre dans la capitale, se rend à Westminster où le roi réside, et , fléchissant le genou devant lui, il lui adresse de vives représentations sur les fautes de son gouvernement, auxquelles il attribue la perte des conquêtes du continent et la désolation du royaume, et il insiste pour la prochaine convocation d’un nouveau parlement. York s’éloigne ensuite après avoir fait comprendre ce qu’il peut par ce qu'il ose, et il se retire dans son château de Forteringay, où il attend l’heure propice pour agir.

Depuis la mort du duc de Glocester et du cardinal de Bcauforl, la maison de Lancaslre n’avait plus à opposer à l’ambition de la maison royale d’York ou de Clarence que le duc de Somerset, neveu de Beauforl et descendant comme lui de Jean de Gand *. Ce prince, qui avait succédé au duc d’York comme régent de France, achevait alors de perdre la Normandie. Rappelé par Henri VI et nommé connétable d’Angleterre, il fut mis à la tête du gouvernement, mais il portait aux yeux de la nation le |>oids accablant de toutes les défaites des Anglais en

4. Il était fils du frère aîné du cardinal Beau fort, par conséquent petit-fils de Jean de Gand et de Catherine Swinford, dont l’union ne fut légitimée par le parlement qu’après la nai&tance du cardinal et de son frère.

HENRI VI

France. A son arrivée, la population de Londres s’insurgea, pilla sa résidence de Black-Friars et s’il n’eût échappé par la fuite à sa fureur, il eût péri précipité dans la Tamise. Tel était l’état des choses dans le royaume, lorsqu’au commencement de l'année 1451, le parlement s’ouvrit à Westminster. Les deux partis de Lancastre et d’York y furent représentés par leurs chefs, les ducs d’York et de Somerset; leur inimitié avait été nourrie depuis longues années, par un enchaînement de circonstances fatales, et une lutte prochaine semblait inévitable.

Une accusation de trahison au sujet de la perte de la Normandie fut intentée à Somerset par le duc d’York et soutenue par les communes; le roi s’interposa et couvrit de sa protection le ministre accusé. Repoussé sur le terrain de la légalité, York a recours à des moyens plus dangereux; il rassemble une armée dans le pays de Halles et avec elle il revient sur Londres. L’armée royale marche à sa rencontre, des deux paris cependant on négocie, la lutte est ajournée; York déclare qu’il n’en veut point au roi mais à ses mauvais conseillers, et de nouveau il dénonce et accuse Somerset. Le roi cède et s’engage à le faire arrêter. York, sur cette assurance, congédie son armée et se rend sans garde dans la tente royale, où il rencontre Somerset et se voit trahi. Le roi le ramène à Londres prisonnier et un conseil est convoqué pour décider de son sort.

La Guyenne échappait alors à l’Angleterre*. L’illustre Talbot, que Jeanne d’Arc seule avait pu vaincre, avait été envoyé dans cette province pour la défendre, mais ses efforts furent impuissants contre l’armée française, il. 13

Rivalité

de»

ducs d’Yoïlt tt

de Somerset.

Hou ni «*n «le

la tîuyenne a la France.

KxpuUion «le»

Anglais.

forte «le 40,000 hommes, sous les ordres «le Dunois. Talbot mourut eu héros avec son fils, a la journée «le Caslillon Bientôt a|«rès toute la Guyenne fut réunie a la couronne de France, il ne resta plus a l Angleterre, «le ses vastes possessions sur le continent, que la seule ville «le Calais.

Ces nouveaux désastres des armes anglaises ajoutaient dans le royaume à l’exaspération des esprits, et le bruit se répandit «pie le lils du duc d’York rassemblait une armée pour marcher avec elle a la délivrance de son l«ère. Le conseil cède à l’épouvante, il arrache «lu due «l’York un serment d’obéissance au roi et de fidélité. Ce prince recouvre à ce prix sa liberté et se retire dans sa résidence du pays de Galles, à Wigmore, ajournant sa vengeance. Somerset reste à la tête «lu gouvernement et, pendant deux ans, au faite de la fortune, il administre sans obstacle et gouverne à son gré le pays, la cour et le monarque.

l'n parlement tenu à lleading accorde au roi des subsides pour sa vie et impose chaque comté et chaque ville pour la levée et l’entretien d’une armée de

I . Voir Mon*lrelot. — La mon Je Talbol cl Je son fil» a été pour Shakespeare le sujet d’une scène immortelle :

Talbot. — Fly to reveuge my deatli, if I be slain.

John. — Ho tkat (lies s<», will ne’er relurn again.

TAU. — If wc boih alay we holb arc sure lo Jie.

t'pon my blcsting I romntand tliec go.

John. — To fight I will but not lo fly the foc.

Talb. — Part of Ihy fatber may be sav’J in tbec.

JOHN. — No part of him, but will be sbame in me, etc.

(Âinp Henri II, firsl pari, acl. IV.)

HENRI VI

20,000 archers: le parlement est prorogé et convoqué de nouveau à Westminster : là, le roi, par l’organe du cardinal Kemp, remercie les communes de leur littéralité et s’engage en retour à supprimer les abus dont la nation gémit et à faire droit à ses justes plaintes; mais mUdie lorsque Somerset se croyait le mieux affermi, le roi H<"n v

perdit tout à coup la raison, la mémoire et l’usage de (U33)

ses membres. Cet événement funeste précipita la chute du ministre, jeta les affaires dans la confusion et déchaîna sur le royaume les fléaux de l’anarchie et de la guerre civile.

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