‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 84 sur 224 · I. Conl. Croyl.,565. —More · texte numérisé non relu

I. Conl. Croyl.,565. —More

RICHARD III

du royaume, était le maître de la jiersonne du roi : ses projets ambitieux et sinistres n’étaient plus un secret pour ceux qui le connaissaient, et les anciens amis de sa maison, Hastings et Stanley, voyant leurs rivaux abattus, désiraient arracher le roi aux mains cruelles de son oncle. Glocester devina leur pensée : il avait fixé le jour du couronnement, et le 13 juin un conseil s’assembla pour en régler la cérémonie. Hastings, Stanley, l’archevêque d’York, l’évêque d’Ely et plusieurs seigneurs amis d’Hastings y assistaient. Le protecteur affecta une gaîté extraordinaire, et s’adressant à l’évêque d’Ely, il le pria d’envoyer chercher des fraises pour le déjeuner : puis étant sorti quelques instants, il rentra dans la salle avec un visage tout différent et courroucé, fronçant les sourcils et mordant ses lèvres : « Que méritent, dit-il, ceux qui ont comploté de me donner la mort, à moi, qui suis naturellement et légalement le protecteur du roi? — Ils méritent, répondit Hastings, d’être punis comme d'infâmes traîtres. — C'est cette sorcière, la femme de mon frère, reprit Richard dissimulant toujours, c'est sa concubine Jeanne Shore, avec d’autres leurs complices : voyez comme ils ont ruiné mon corps par leurs enchantements et leurs sortilèges », et parlant ainsi, il mit à nu son bras desséché : les assistants se regardèrent avec stupeur. « Crime punissable en effet, dit Hastings, mais s’il est prouvé. — Oui, s’écria Richard cessant de feindre, et ta réponse me servira contre toi-même, traître , malgré tes si et tes mais. » A ces mots, il frappa la table du poing : un homme de garde à la porte cria : « Trahison , trahison ! » et des soldats se précipitèrent

il. 1 ?»

Mort

d'Haslings.

dans. la salle. «Traître, répéta Kichard à Hastings, je t’arrête » : il arrêta aussi Stanley et les autres lords suspects, qu’il fit conduire en différentes prisons, mais il retint Hastings qu’il invita à se confesser promptement : « Car, par saint Paul, dit-il, je ne dînerai pas que je n’aie vu tomber ta tête. » Hastings demanda un prêtre et se confessa : on le conduisit ensuite sur la pelouse voisine, et là, courbant la tête sur une pièce de bois qui s’y trouva, il eut la tête tranchée avant même d’avoir obtenu connaissance de son crime. Une proclamation parut presque aussitôt, accusant Hastings et ses amis d’avoir conspiré contre les ducs de Glocester et de Buckingham, qui n’avaient échappé, disaiton , que par miracle aux embûches destinées à les faire périr Dans la soirée du même jour, des hommes armés, conduits par Ratcliffc, satellite de Glocester, entrèrent dans le château de Pontcfract et mirent à mort sans jugement plusieurs captifs parents ou amis de la reine, et dont le protecteur redoutait l’influence ou l’inimitié *.

Richard arriva par ces degrés sanglants au forfait qui devait couronner tous ses crimes et l’élever luimême au but de son ambition scélérate. Déjà la mort d’Edouard était résolue, mais le duc d’York, son frère, se trouvait encore sous la protection de leur mère : il

. i. Cont. Croyl. 5G6. — More, 33, 54.

2. More affirme que lord River» fui de ce nombre, mai» *on erreur • élé suffisamment démontrée, le te» ta me ni de ce seigneur étant daté du 23 juin. Turner e»t porté h croire qu'aucun des seigneur» renfermés avec lord River» à Poiitefract ne fut eséeuté avant lui. (ni*t . nf Engl . during tke middle açet, t. III, p. 459.)

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allait hériter de ses droits au trône, et s’il survivait au jeune roi, le fruit du meurtre ne serait point recueilli par son auteur. De vives instances furent donc faites à la reine pour qu’elle confiât son second fils à celui qui déjà tenait l’autre en son pouvoir. Une députation de lords, ayant à sa tête le cardinal archevêque de Cantorbéry, vint dans l’asile de Westminster demander le jeune prince à sa mère : la reine, jugeant avec raison toute résistance inutile, atTecta de montrer une confiance et un contentement qui étaient sans doute bien loin de son cœur. Elle appela son fils, l’embrassa, le remit aux mains de l'archjjvêque, et se détournant, elle fondit en larmes. Le duc d’York rejoignit son frère dans la Tour. Le protecteur alors leva le masque : il déclara ses neveux illégitimes en contestant la validité du mariage d’Edouard IV avec Elisabeth Woodvillc, leur mère, comme conclu au mépris d’une promesse antérieurement donnée à lady Eléonore Butler. Déjà, pour décrier les mœurs de son frère, il avait infligé une pénitence ignominieuse et publique à Jeanne Shore, l’une de ses nombreuses maîtresses; et il poussa l’infamie jusqu’à flétrir la duchesse d’York, sa propre mère, dont il se disait le seul fils légitime. Un prédicateur à sa dévotion, nommé Shaw, et le duc de Buckingham déclamèrent l’un et l’autre contre le mariage de la reine devant le peuple assemblé, et Buckingham présenta au protecteur un acte signé, disait-il, par les trois états du royaume, et par lequel Richard, duc de Glocesler, était reconnu pour le seul prince légitime de la maison d’York. Ce même jour, lord Rivers fut décapité à Pontefract, et le lendemain, 2G juin, le

Le pailemenl proclame Richard III.

Meurtre d'Edouard V el

de sou frère.

protecteur s'assit sur le trône royal dans le palais de Westminster et fut reconnu roi sous le nom de Richard III. Le |>arlement , dans la session suivante, proclama nul le mariage d’Edouard IV el d’Elisabeth . attendu son union probable avec lady Eléonore Butler, et, en conséquence, il prononça que Richard était le vrai et indubitable roi d’Angleterre , et que la couronne passerait , après lui , aux héritiers issus de son corps.

Nul, depuis cette époque, ne vit plus le jeune roi Edouard V ni le duc d’York, son frère, dont la destinée fut quelque temps un mystère. Le bruit de leur mort cependant ne tarda point à se répandre. On assure que, dans le mois d’août de celte même année, Brockenbury, lieutenant de la Tour où les princes étaient renfermés, permit que la garde en fût confiée, pour une nuit, à un homme infâme et perdu de dettes, nommé sir James Tyrrel : deux scélérats, meurtriers en sous ordre, Dighton et Forster, furent introduits, vers minuit, dans la chambre des jeunes princes et les étouffèrent l’un el l’autre *. Les assassins et ceux qui avaient pris une part indirecte à ce meurtre abominable en furent récompensés, dit sir Thomas More,

1. Les auteurs contemporains qui ont écrit l’histoire de cette époque sont Fabien, Rousc el le continuateur de U Chronique de Croytand : le premier rapporte succinctement que, d’après le bruit public, le roi Richard mit secrètement a mort dans la Tour les deux fils de son frère (p. 5l(j). Route nous apprend qu’un très-petit nombre seulement connut de quelle manière ils souffrirent le martyre (p. 215 J. Le troisième dit que les fils d’Edouard étaient morts, mais que nul ne sait quel genre de mort violeute ils subirent (p. 569). Le récit que nous avons donné et qui est aujourd’hui généralement adopté comme authentique est celui de sir T. More qui vécut à une époque un peu pos-

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et les faveurs qu’ils obtinrent de Kictuml furent le signe irrécusable de leur ignominie.

Ce prince s’était fait un marchepied sanglant de tous ses adversaires, et c’est lorsqu’il paraissait n’avoir plus d’ennemis dangereux à redouter, qu’il en trouva un dans Buckingham, confident et complice de ses crimes. 11 est difficile d’apprécier les motifs qui portèrent Buckingham à se séparer de Richard, mais il est certain qu’il fut l’âme d’une vaste conspiration, dont l’objet était d’établir sur le trône Henri de Richmond, chef du parti de Lancastre, et que nous avons vu réfugié en Bretagne après la chute de sa maison.

Le jour fut pris pour une révolte générale : Henri mit à la voile à Saint-Malo avec quarante bâtiments, mais il fut longtemps retenu par les vents contraires , et lorsqu’il atteignit la côte de Devon , déjà l'entreprise avait avorté. Buckingham avait déployé son étendard à Brecon, tandis que beaucoup de nobles se déclaraient pour Henri sur d’autres points du territoire, et le proclamaient roi. Henri n’osa débarquer, et avant que ses partisans fussent parvenus à se réunir, Buckingham, abandonné de ceux qui l’avaient suivi, fut trahi et arrête : Richard lui fit trancher la tète. Les principaux complices de Buckingham, Morton, évêque d’Ely, l’évêque d’Exeter et le marquis de üorset, échap-

lcrieure, mais qui se dit parfaitement informé. — En l’année 1674, sou* Charles II. des manœuvres trouvèrent sous un escalier dans laTour, h dix pieds de profondeur, Ica squelettes de deux enfanta d’environ douze cl treize ans. On fut conduit, on considérant 1’ftge et le lieu, k reconnaître, dans ccs ossements, les restes d’Edouard V et de son frere, cl ils furent ensevelis comme tels a Westminster.

Iusm réel mu.

lièrent aux recherches : ils rejoignirent Henri de Richtnond sur le continent, où cinq cents exilés vinrent avec eux lui rendre hommage comme à leur souverain , et la conjuration, que Richard avait cru étouffer en frappant sou principal auteur, se montra de nouveau menaçante et redoutable.

Le protecteur épouvanté essaya de se rapprocher de celle qu’il avait privée de ses amis, de son frère et de ses enfants, de la reine, veuve d’Edouard IV, d’Elisabeth Woodville, et il se proposa comme époux a sa fille, afin, disait-il, de fortifier leurs droits au trône en les confondant. La voix publique s’éleva contre ce projet monstrueux , que Richard abandonna : ses ennemis méditèrent alors d'unir la fille d’Edouard à Henri de Richmond, qui, poursuivi et menacé en Bretagne par les intrigues de Richard, s’était réfugié en France auprès du roi Charles V1U, successeur de Louis XI, et méditait une nouvelle entreprise en Angleterre, iwbirqucnwm Le t" août de l’année 1 485, ce prince mit à la voile de'iiLhniüi.d. à Hartlcur : six jours après, il débarqua sur la côte du ,i pays de Galles, à Milford, avec les bannis et une troupe de deux mille hommes, rapidement grossie par la<léfection et la révolte. Richard , au premier bruit «le l’approche de son ennemi , marcha résolument à sa rencontre, et quinze jours après le débarquement de Richmond , les deux armées se trouvèrent en présence dans le comté de Leicester, à deux milles de Bosworth.

Henri avait compté sur le concours de sir William Stanley, qui commandait des forces considérables dans le voisinage : il eut avec lui et avec lord Stanley.

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son frère , plusieurs conférences secrètes : mais sir William a\ait un fils près de Richard, et savait le roi implacable dans sa colère : il n’osa donc se prononcer ouvertement, et reculant avec son corps devant Richmond à mesure que celui-ci avançait, il se tint à distance égale des deux partis et prêt à se décider suivant l’événement

Richard, la veille de la bataille qui devait décider de son sort et de celui du royaume , eut une nuit sans repos et des visions affreuses dans lesquelles il crut reconnaître les ombres vengeresses de toutes ses victimes 2. 11 annonça que cette journée, quelle que fût son issue, serait fatale à l’Angleterre, et fit serment d’infliger un effroyable châtiment aux comtés qui s’étaient insurgés pour son rival. Stanley qu’il avait mandé n’arrivant pas, le roi commanda de trancher la tête de son fils ; mais on différa d’exécuter cet ordre, et le jeune homme fut sauvé. Malgré son trouble et sa fureur, Richard fil d’excellentes dispositions militaires, mais les principaux chefs étaient irrésolus et préoccupés de leurs propres ressentiments et de leur intérêt plus que du sien. L’action s’engagea, et comme l’aile droite de Richard fléchissait et qu’il prenait lui-même à l’écart un moment de repos, on lui amena un cheval léger à la course en l’exhortant à chercher son salut dans la fuite. Mais Richard remettant sur son front sa couronne 3 pour

4. Plusieurs auteurs mentionnent b ce sujet l’inquiétude de Henri. Voyes Turner. (Bisl. of Englaud during lhe middlc aget.)

2. On sait le parti que Shakespeare a tiré de celte tradition. (Aiitÿ Richard ///, act. v, *c. lit.)

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