‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 96 sur 224 · I.'AXOLETEKIIE X»* SIËCI.E · texte numérisé non relu

I.'AXOLETEKIIE X»* SIËCI.E

d’Angleterre, néanmoins, et par la force naturelle des choses, si un roi anglais fût parvenu à fonder une dynastie en France, l’Angleterre serait devenue, avant un siècle, à l’égard de ce royaume, une province dépendante et subordonnée, ou elle se fût ruinée en argent et en hommes pour le tenir sous le joug. La nation anglaise, lorsqu’elle eut perdu l'espoir de se créer un grand empire continental, put employer toutes ses ressources et diriger toutes ses forces dans son intérêt propre et véritable; mais en rentrant dans son île et en s’v repliant sur elle-même, la puissante aristocratie militaire s’v trouva trop à l'étroit: habituée à vivre aux dépens de l’étranger, il fallait maintenant ou qu’elle vécût aux dépens du peuple anglais en le dévorant, ou qu’elle se dévorât elle-même, comme elle fit durant vingt-cinq ans, et c’est là le sens véritable de la longue guerre des Roses pendant laquelle les maisons d’York et de Lancastre ne représentèrent aucun principe différent, soit religieux, soit politique : leur querelle laissa le gros de la nation à peu près indifférent1, donnant seulement une occasion aux factions aristocratiques de mesurer leurs forces et de se décimer en se combattant, sans autre intérêt réel que celui de la possession du pouvoir.

On a prétendu que cette fureur dont l’aristocratie fut saisie, durant un quart de siècle, n’avait été fatale qu’à elle-même, et d’excellents esprits '2, s’appuyant de l’auto-

1. Lui classes intérieures dans la ville de I .on dre* cl dans les comtés voisins deineurèrcnt cependant plus attachées k la maison d’\ork qu’a celle de Laucastre.

2. Voyez a ce sujet les considérations de sir James Mac-Intoîb dans son Histoire d’ Angleterre, cl de tir Henri Hallani dans son Histoire de l'Europe au moyen âyr, chap. vil.

I l N l( K III. DIIAI'ITRE V.

rite de deux hommes considérables, Commines et Fortescue, ont présenté F Angleterre, au milieu du débordement de tant de passions détestables, comme un modèle aux nations étrangères pour l’ordre et la régularité avec laquelle, disent-ils, les lois y étaient obéies'. On a tiré, selon nous, de quelques traits é|>ars dans ces auteurs , des conclusions hasardées et beaucoup trop générales. Le temps était loin où des lois respectées et des coutumes aussi respectées que les lois, devaient donner, dans la pratique habituelle , nu gouvernement représentatif de l’Angleterre des bases immuables. Nous avons vu que la représentation était le plus souvent fictive el que les trois grandes forces de la nation, le trône, l’aristocratie et les communes, mal contenues l’une par l’autre, passaient fréquemment de l’impuissance à l’abus, de l’inertie à la violence extrême. Ces désordres se produisirent au xv siècle dans une pro-

4 . Selon mon avis, dit Commines, entre toutes les seigneuries du monde dont j'aie connaissance, où la chose publique est mieux traitée et où règne moins do violence sur le peuple, c’est l’Angleterre, et tombent le sort el le malbcur sur ceux qui font la guerre (Mémoires, I. V, ch. 19). — Forlescue, écrivant à cette époque un traité a l’usage du fils de fleuri VI, lui dit : al'n roi d'Angleterre ne peut changer a son gré les lois du pays, car la naturelle sou gouvernement u'est pas feulement royale, mais encore politique... Il ne peut donc introduire aucun changement dans les lois du loyaumo sans le consentement des sujets, ni charger ceux-ci contre leur volonté d’impôts extraordinaires; de sorte qu’un peuple gouvei né par des lois faites avec son consentement el son approbation, jouit tranquillement de ses propriétés, sans ciaindied’cn être dépouillé (De laudibus legum Anglùr). — Commines jugeait fe distance el fut surtout fiappé de l'extermination trop réelle d'une grande partie de la noblesse anglaise sans prétendre en apprécier ou en prévoir les résultats jour le teste de la nation. Fortescue, d’autre part, écrivait nu livre destiné à inspirer a son ro^al élève le respect des lois el l’amour de son pays. Ce livre est un panégyrique bien plus qu'une appréciation : il énonce les principes sans examiner les faits.

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