L'ANGLETERRE AU XV' SIÈCLE
portion jusque-là inouïe. Tous les principes furent alors méconnus dans les faits de chaque jour, mais non pas oubliés. Les vieilles coutumes existaient dans les traditions, dans les souvenirs, et c’était beaucoup. Tout acte arbitraire était en conséquence une infraction, une violation du droit, et tout appel au passé une protestation éloquente : mais pour protester avec succès il fallait le faire avec désintéressement et courage, avec les hautes vertus morales ou religieuses qui portent l’homme à sacrifier son existence pour la chose publique, pour la justice et pour la vérité. L’Angleterre donna plus lard ce spectacle lorsqu’un nouveau souffle de vie l’eut animée et eut rendu fécondes toutes les semences glorieuses du passé. Mais, après la guerre des Itoses, la nation frappée au cœur ne retrouvait intérieurement, ni dans ses croyances politiques, ni dans sa foi religieuse, un ressort assez puissant pour suppléer aux forces qu’elle avait perdues et pour la relever en face des tyrans. L’aristocratie fut, il est vrai, presque seule d’abord, du moins en apparence, victime de ses propres excès, et l’on vit s’év anouir, par suite de l’extermination d’une si grande partie de la noblesse, cette force exubérante qui serait devenue un péril jKHir la nation; mais celle-ci perdit en même temps son véritable rempart contre les abus de la prérogative royale. Les classes moyennes, malgré les incontestables progrès du commerce et de l’industrie, et l’opulence de ceux qu’ils avaient enrichis étaient faibles et sans lien commun, et autant une étroife association avec l’aristocratie avait été jadis avantageuse à ces classes et devait, dans la suite, leur profiler encore, autant elle leur eût été funeste au milieu des con-