En pris substantivement, hye, est
tion ; way, ofieinin, by-toay, petit chemin, chemin détourné: u^ord, mot, C^-toortf, petit mot, mot secret; thittMk%n plot, le grand complot; the oy-plot^ le complot accessoire, le petit complot.
JACQUES r (1603-1625). 11
Markham et George firooke, le père pe lord Cobham. Il n'est pas prouvé que ce dernier, ainsi que Ralegh, aient trempé dans le bye; mm ils furent charmés d'apprendre qu'il exis< tait, et ils nourrissaient Tespoir que si un complot échouait Fautre réussirait. On pense que Robert Cecil fut mis sur les traces de cette double conjuration par une lettre de Ralegh à Cobham qu'il intercepta. Tous les conspirateurs furent arrêtés, jugés et condamnés à mort. Ralegh se défendit avec un calme et une habileté qui lui gagnèrent l'opinion pu» blique, mais moins encore que la violence déployée contre lui par Coke, solliciteur général, jurisconsulte célèbre, qui gâtait son talent par de déplorables emportements. On répétait avec indignation dans le public les surnoms d'athée, de trdtre, de vipère, d'araignée d'enfer, et toutes ces in* jures, et tous ces ignobles tutoiements du haineux magistrat que Shakspere lui -môme a ridiculisés sur la scène, dans la pièce intitulée Twelfth night, la douzième nuit. Le poète y fait allusion Notamment à une phrase que tout le monde avait retenue à cause de sa singulière grossièreté et qu'on appelait le triple tutoiement de Coke. « £t oui, avaitil dit à l'accusé, Cobham a agi par ton instigation, ent&ndsrtu vipère, car je te tutoie toi^ traître! » Jacques comprit qu'il ne fallait pas inaugurer son règne par de cruelles mesures et fit conduire chacun des accusés au lieu du supplice, mais là le shérif leur annonçait leur gvice. l)eu% prêtres catholiques furent seuls exécutés, et, chose triste à dire, le roi savait bien qu'en se montrant impitoyable à leur ^rd, c'était un moyen de plus de se rendre populaire. Quant à Ralegh, dont les ministres redoutaient le gé« nie entreprenant, l'exécution de la sentence fut seulement ajournée indéfiniment, et eut lieu quinze ans plus tard, en 1618.
En 1616, Buckingham, ce favori de Jacques, qui faisait trafic de tout, vendit à Ralegh, moyennant trentensept mille cinq cents francs, la permission de sortir momentanément de prison* pour aller prendre possession, au nom du roi d'Angle-
1. Le cupide ministre offrit au prisonnier sa sortie définitive s'il voulait ajouter dix-sept mille cinq cents francs.
terre, de riches mines d'or que ce grand homme de mer soutenait exister derrière la Guiane et que l'on vient de retrouver. L'expédition échoua complètement par le concours inattendu de circonstances malencontreuses et notamment par la trahison de Jacques qui, désireux de rester dans de bons termes avec Philippe III, livra lui-môme à l'ambassadeur espagnol le plan de Ralegh, le lieu où il devait débarquer, Tétat des hommes et des munitions de guerre qu'il emportait avec lui. Mais Téchec éprouvé par le navigateur anglais ne suflisait pas à la rancune des Espagnols, et Jacques pour les satisfaire leur abandonna la tête de Ralegh. £n vaia celui-ci objecta-t-il qu'il était absurde de l'envoyer au supplice pour avoir fait la guerre à l'Espagne , en vertu d'un arrêt rendu pour cause de connivence avec l'Espagne ; son supplice fut fixé au 29 octobre 1618. Sa grandeur d'âme ne se démentit point au dernier moment. Touchant le tranchant de la hache de l'exécuteur : « Voici, dit-il, un remède aigu, mais sûr pour tous les maux. » Il avait alors soixantesix ans. L'âge , la maladie , la captivité , les chagrins de tout genre avaient rendu méconnaissable le brillant courtissm d'Elisabeth. Si la postérité tient peu de compte aujourd'hui de Ralegh , si elle a presque oublié en lui le marin , l'historien {Histoire du monde), le poète, elle ne saurait, sans ingratitude , passer sous silence l'homme qui a rendu aux pauvres, par l'importation de la pomme de terre, un service si précieux.
L'an 1605, dix jours avant celui qui avait été fixé pour l'ouverture du parlement, un pair catholique, lord Mounteagle, reçut une lettre anonyme dans laquelle on lui disait : « Je vous conseille, si vous faites cas de la vie, de trouver quelque excuse pour différer votre présence au parlement; car Dieu et les hommes se disposent à punir la perversité du siècle. Ce conseil n'est pas à mépriser , parce qu'il peut faire votre bien et ne peut vous causer aucun dommage; le danger sera passé dès que vous aurez brûlé cette lettre, » Lord Mounteagle porta le papier à Robert Cecil, créé depuis quelque temps comte de Salisbury, qui le mit sous les yeux du roi. Le conseil voulait mépriser cet avis mystérieux : Jacques seul réflé-
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cbit sur le sens des paroles, et devina qu'il s'agissait d'une explosion soudaine. Par son ordre, le grand chambellan visita les caves situées sous les deux chambres. Dans la nuit même qui précéda Touverture du parlement (5 novembre 1605), il trouva, au-dessous de la chambre haute, dans un magasin de charbon, trente-six barils de poudre recouverts de bûches et de fagots, et destinés à faire sauter du même coup, pendant la séance royale, le roi, sa famille, ainsi que tous les lords et les membres des communes. Un ancien ofBcier déguisé se tenait auprès de cette mine : il avait sur lui tout ce qui était nécessaire pour la faire jouer au premier signal. Guy-Fawkes, c'était son nom, ne témoigna d'abord que le regret d'avoir manqué son coup, et refusa opiniâtrement de déclarer ses complices. La crainte de la torture les lui fit nommer : ils étaient tous catholiques, et à leur tête se faisaient remarquer, Catesby, gentilhomme d'une ancienne famille, et Percy, de l'illustre maison de Northumberland. A la nouvelle de l'arrestation de Fawkes, ils coururent avec leurs affidés dans le comté de Warwick, pour y rejoindre Digby, un des chefs de la conspiration. Ils furent poursuivis, et la plupart périrent, les armes à la main, après la plus vive résistance. Ceux qui furent pris vivants 9 expirèrent dans les supplices. On fit partager leur sort aux deux jésuites Garnet et Oldecom, accusés, selon quelques auteurs, de leur avoir donné d'avance l'absolution de leur crime, et simplement, selon d'autres, de ne pas avoir révélé la conjuration.
Aujourd'hui encore (le 5 nov.), l'Angleterre protestante célèbre chaque année l'anniversaire de la conspiration des poudres, et l'aversion que la nation a conservée pour le papisme nous donne une idée de l'horreur que dut exciter l'infernale machine des catholiques. La condition de ce parti était bien misérable avant ce moment, car le fils de Marie Stuart les persécutait avec autant de ténacité qu'Elisabeth. Il poussait le cynisme jusqu'à donner à ses mignons, des catholiques, comme Guillaume le Conquérant distribuait à ses barons, des bourgeois anglo-saxons. Jacques à bout d'expédients pour satisfaire l'avidité de tous les mendiants d'£«-
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cosse venus à sa cour, transférait à plusieurs d'entre eux un droit odieux sur quelques-uns des plus riches réfractaires catholiques, contre lesquels ils avaient la faculté de procéder en son nom, par la loi, à moins que les victimes ne se soumissent à composer par le don d'annuités viagères ou le payement immédiat d'une somme considérable, double injure vivement sentie par un Anglais que d'être ainsi dépouillé, et dépouillé pour enrichir des hommes d'Ecosse. Mais ce fut bien pis après la découverte de la conspiration des poudres. A partir de 1605 les catholiques ne purent parraltre à la cour , ni vivre à Londres , ni demeurer à quinze kilomètres de distance de cette capitale, et Ils ne devaient en aucun cas s'éloigner de plus de sept kilomètres de leur demeure, sans une permission signée de quatre magistrats. Aucun catholique ne pouvait exercer la médecine, la chirurgie ou la profession d'avocat. Il ne pouvait être juge , ni remplir aucune fonction dans les cours de justice ou dans les corporations (conseils municipaux); il ne pouvait être exécuteur testancientaire , avoir une tutelle ou l'administra-* tion des biens d'un mineur. Pour les mariages, lorsque lu cérémonie était célébrée par un prêtre catholique, lemari, s'il était catholique, n'avait rien à prétendre aux biens de sa femme; ni la femme, si elle était catholique, aux biens de son mari. Tout catholique qui négligeait de faire baptiser son enfant dans le mois de sa naissance par un prêtre protestant, devait payer pour chaque mois de retard cent livres sterling (deux mille cinq cents francs) ; et vingt livres sterling (cinq cents francs) étaient exigées de ceux qui faisaient enterrer leurs morts dans un endroit autre que le cimetière de leur paroisse. Les propriétaires qui avaient des catholiques à leur service devaient payer pour chaque individu dix livres sterling par mois (deux cent cinquante francs), et une pareille somme était exigée pour chaque convive catholique qu'ils recevaient à leur table. Les catholiques étaient pour ainsi dire mis hors la loi , et tout à fait en dehors du droit commun. On pouvait visiter leur maison à toute heure, examiner leurs meubles, leurs livres , brûler ces objets si on y trouvait quelque rapport avec le culte défendu et s'emparer de leurs chevaux.
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Il y eut une nouvelle formule de sennent d'allégeance qui leur fut spécialement destinée; elle contenait une négation formelle de la puissance temporelle du pape et de son droit d'int^enir dans les affaires civiles de TAngleterre. On avait espéré que la plupart des catholiques accepteraient cette formule de serment, parce qu'elle n'attaquait point leurs dogmes religieux; mais les jésuites et le pape Paul V s'étant prononcés contre ce serment dans une bulle, les catholiques se refusèrent à le prêter. Un prêtre nommé Blackwall eut même le courage de publier la bulle du pape et en fut puni par un emprisonnement qui ne finit qu'avec sa vie. Un autre prêtre nommé Drury, qui s'était prononcé contre le serment, fut pendu et écartelé.
jminÎMirem et tevorls de #acqiie«.
Les rigueurs du fils de Marie Stuart envers les catholiques étonnent beaucoup moins lorsqu'on songe qu'il avait reçu une éducation toute presbytérienne, et qu'il suivit docilement, pendant les onze premières années de son règne, les avis de Bobert Cecil. Ce fils de lord Burleigh ne connaissait pas d'autre politique que celle de son père, et si son administration fut infiniment moins glorieuse, c'est qu'il ne trouvait pas dans Jacques le ferme appui que le ministre d'Ëli*^ sabeth avait toujours rencontré dans sa souveraine. On a même attribué à Robert plus de pénétration et de génie politique qu'à William Cecil ; mais il poussait la finesse au point où elle dégénère en duplicité, et sa politique tortueuse lui fit trahir tous ceux qui s'occupaient avec lui des afiaires de l'Ëtat. On lui a reproché d'avoir été en grande partie l'auteur du triste sort de Walter Ralegh ; de n'avoir gagné la faveur de son maître qu'en nourrissant chez lui les idées de pouvoir arbitraire ; enfin , d'avoir montré une blâmable avidité pour augmenter sa fortune ; au reste il ne servit Jacques que durant la première moitié de son règne , car il mourut en 1612.
Le second ministre de Jaccpies qui mérite de fixer notre attention est François Bacon, l'un des plus grands philosophes dont ^'honorent les temps modernes, mais qui est bien
loin, comme homme d'État, de mériter les mêmes éloges. Nommé, en 1607, sous Tadministratioa de Robert Cecil, solliciteur général, il se vit appelé successivement à plusieurs autres places jusqu'en 1617, qu'il obtint celle d^ garde des sceaux. En 1619, il fut créé lord grand chancelier d'Angleterre, avec le titre de baron de Verulam, qu'il échangea l'année suivante pour celui de vicomte de Saint-Àlbans. Sa fortune était telle alors, qu'il aurait pu vivre avec la magnificence dont il avait le goût, sans dégrader son caractère par les actes d'avidité qu'on eut à lui reprocher avec trop de raison. Des plaintes graves furent portées contre lui. On l'accusa d'avoir reçu des sommes d'argent pour des concessions de places et de privilèges qu'il avait expédiées sous le grand sceau. Ces plaintes furent envoyées à la chambre des lords. Bacon, hors d'état de se justifier, voulut éviter l'éclat d'une recherche judiciaire, et adressa à la chambre une lettre de repentir et de soumission, par laquelle il invoquait la clémence de ses pairs, et demandait que la peine qu'on prononcerait contre lui se bornât à lui ôter la place éminente qu'il avait déshonorée. Les lords ayant exigé de lui une confession circonstanciée, il leur envoya un mémoire dans lequel il reconnaissait la vérité de presque toutes les imputations de corruption portées contre lui, en implorant de nouveau la clémence de la chambre. Malgré l'intérêt que le roi témoigna pour lui, et celui que prenait la chambre même à la situation d'un de ses membres, distingué par un si beau génie, elle ne put s'empêcher de rendre un jugement sévère ; il fut condamné à payer une amende de quarante mille livres sterling ou d'un million de francs, et à être emprisonné à la Tour, tant qu'il plairait au roi; il fut en outre déclaré incapable d'occuper aucun emploi ou office public, de siéger au parlement, et d'approcher même du lieu où résiderait la cour.
Toutefois les prévarications des ministres de Jacques n'étaient rien auprès des folles prodigalités auxquelles son aveuglement pour d'indignes favoris entraînait le monarque. H avait déjà eu un assez grand nombre d'attachements passagers, lorsqu'un jeune Écossais fixa son attention. Robert
Carr avait acquis à la cour de France une politesse de manières et des talents dans Tart de plaire que ne possédait aucun des autres courtisans de Jacques. A son retour du continent, il parut dans un grand tournoi donné à Westminster comme page de lord Dingwald, et caracolait avec grâce, lorsqu'il tomba de cheval et se cassa la jambe. Le roi, vivement alarmé, fit transporter le page dans une maison de Charing-Cross, lui envoya son propre médecin et lui fit chaque jour une visite, jusqu'à son entière guérison. Bientôt, ayant reconnu que l'instruction de son favori laissait à désirer, il lui donna lui-même chaque matin une leçon de latin. 11 ne cachait pas à la cour son afiection inconsidérée pour Robert Carr. Il s'appuyait sur son bras quand il marchait, lui pinçait les joues, passait ses doigts dans ses cheveux et arrangeait ses vêtements pour qu'ils eussent plus de grâce. Toutes les faveurs ne se distribuèrent plus que par le canal du jeune Écossais qui vendait sa protection au plus offrant. Créé vicomte de Rochester en 1611, Carr fut placé à la tête de l'administration , à la mort de Robert Cecil, en 1612, et devint enfin duc de Spmerset.
Robert Carr ou plutôt le duc de Somerset était toutpuissant depuis environ trois ans, lorsqu'en 1615, dans un divertissement que lui donnaient les étudiants de Cambridge, Jacques remarqua le jeune George Villiers , issu d'une trèsancienne famille du comté de Leicester. Celui-ci , pendant le cours de son éducation, avait montré ou peu de goût ou peu d'aptitude pour là culture de son esprit; mais la nature l'avait doué de tout c^^qu jelle peut répandre au dehors de beauté, de grâces, de sou^le^e, et, ainsi que Robert Carr, il était allé se perfectionner en France. Or, Jacques, à qui Ton a reproché tout à la foi^ de la pédanterie dans ses études et de la frivolité dans ses goûts, ne pouvait résister aux charmes d'un beau visage et d'un bel habit. A la première vue de George Villiers, il fut saisi d'admiration et le nomma son échanson. Sur ces entrefaites fut révélée à la justice un crime d'empoisonnement commis par la duchesse de Somerset , et dans lequel elle avait entraîné son époux à devenir son complice. Le roi bannit de la cour Robert Carr et sa
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femme, et chaque jour apporta au successeur du favori déchu un nouvel honneur ou de nouvelles richesses. En moins de deux ans, il fut fait chevalier, gentilhomme de la chambre, baron, vicomte, marquis de Buckingham, grand amiral, gardien des cinq ports, etc., etc., enfin dispensateur absolu de tous les honneurs, dons, offices et revenus des trois royaumes.
Trois faits principaux signalent tristement l'administration de Buckingham, savoir : !<" Texécution de Ralegh, cette grande' victime , si l&cbement sacrifiée à une nation rivale et abhorrée des Anglais ; 2° Fabandon de Frédéric V, électeur palatin, que le roi d'Angleterre, son beau-père, laissa écraser au début de la guerre de Trente ans , trahissant ainsi et ses devoirs de père et les intérêts du protestantisme si chers à la nation anglaise; 3"* un voyage inconsidéré du présomptueux ministre à la cour d'Espagne, en compagnie de Théritier de la couronne; voici à quelle occasion :
En 1623 , la huitième année de sa faveur, Buckingham voulut écarter des affaires le comte de Bristol. Ce ministre, dont il faut louer Tintelligence et l'intégrité, négociait alors à Madrid le mariage d'une infante avec le prince de Galles, qui fut depuis Charles I". Il le faisait pour se conformer à la déplorable politique de Jacques qui ne s'apercevait pas combien il dépopularisait les Stuarts en recherchant l'ai-* liance de cette puissance catholique qu'Elisabeth avait mis toute sa gloire à combattre. L'affaire toutefois ne marchait pas vite et Buckingham , dont la présomption politique n'était égalée que par sa fatuité , se fit fort de tout terminer à souhait en quelques semaines. En réalisant promptement une union si vainement attendue par la famille royale il n'aspirait pas seulement à se réconcilier avec le prince de Galles, sur lequel, dans un accès de colère extravagant, il avait osé lever la main : il prétendait mettre dans sa dépendance l'héritier présomptif de la couronne, et assurer ainsi la durée de son pouvoir, si Jacques , vieillissant et infirme , venait à mourir. A l'insu du roi, il inspira au jeune Charles le désir romanesque d'aller lui-même , à Madrid , trancher
par sa présence toutes les difficultés de la négociation , et enflammer le cœur de Tinfante par ce besoin de la connaître et cet empressement de s'unir à elle. Le ministre, devenu duc de Buckingham , et le prince se mirent en route, gardant Tincognito , et plus semblables à des paladins du moyen âge qu'à des personnages des temps modernes. Charles charma la famille royale et toute la nation espagnole , mais elles, se sentirent révoltées par les vices arrogants, la familiarité grossière et la dissolution scandaleuse de rétrange mentor auquel avait été confié un si précieux élève. Tout fut rompu, et Jacques, qui semblait avoir juré de faire contracter à son fils une alliance impopulaire, rechercha pour lui la main de Henriette-Marie, sœur de Louis XIIl. Cette dernière négociation était déjà fort avancée, lorsque Jacques mourut le 6 avril 1625, à l'âge de cinquante - neuf ans, après en avoir régné vingt -deux en Angleterre. II avait épousé, l'an 1589, Anne, fille de Frédéric II, roi de Danemark (morte le 2 mars 1619), dont il laissa un fils nommé Charles, qui lui succéda, et Elisabeth, mariée l'an 1613 à Frédéric, électeur palatin.
Administration de Jacques !"•
Le droit divin, le pouvoir absolu, telle est, en politique, l'idée fixe du premier des Stuarts. On la retrouve dans tous ses discours comme dans ses œuvres, dont les trois principales sont : Le Basilicon doron (le don royal), The trueLaw offree monarchies {la vraie loi des monarchies libres )y et un Commentaire de l* Apocalypse où l'auteur s'attache à prouver que le pape est l'antechrist. Le Don royal fut écrit par Jacques pour son premier fils, le prince Henri, mort à dix^huit ans. La première partie de cet ouvrage, Devoirs d'un roi chrétien envers Dieu, renferme des choses bonnes, mais communes; la seconde, Devoirs d^un roi en sa charge^ s'ouvre par un bel exorde; la troisième , Des déportements d'un roi, es choses communes et indiffér&ntes ^ amuse par sa naïveté. Dans lé second de ces ouvrages, le monarque dit d'une manière expresse que le devoir d'un roi est de commander;
20 chàpitee XXVI.
que celui d'un sujet est d'obéir; que les rois régnent en vertu du droit divin, et que le Tout-Puissant, dont ils sont la fidèle image^, les a places au-dessus de la loi ; qu'un souverain est libre de faire chaque jour des statuts et des ordonnances, et d'infliger tel châtiment qu'il juge convenable sans prendre avis de son parlement; que les lois générales faites publiquement par le parlement peuvent être adoucies ou suspendues par la volonté du roi^our des causes connues de lui seul; enfin, que celui-là est un bon roi, qui conforme tous ses actes aux lois du royaume , mais que ce roi n'est nullement lié à leur observation, et que, s'il le fait, c'est de son propre mouvement et pour donner l'exemple à ses sujets. Telles sont les maximes auxquelles Jacques ne se conforma que trop dans la pratique. Ses folles prodigalités, ses alliances impopulaires avec des puissances catholiques, le mettaient, en effet, dans la nécessité de violer sans cesse les lois fondamentales de l'Angleterre et de renouveler les exactions des plus mauvais règnes , de se montrer sourd aux justes plaintes des représentants du pays.
Aussi le parlement, sans cesse provoqué et ne trouvant pas en face de lui un monarque qu'il pût estimer ou craindre, montra une opposition inattendue et qui ne fit que s'accroître durant ce règne de vingt-deux ans d'un prince faible et prétentieux. Jacques régna, il est vrai, sans lui pendant treize années. Mais, sous cette oppression, Tesprit public se forma et grandit, et, à la seule exception peutrêtre du clergé, un amour ferme et profond de la liberté s'empara de toutes les classes. La protestation des communes, du 18 décembre 1621, qui maintenait hautement les privilèges du parlement, montra qu'une lutte était imminente. La désaffection gagna môme la chambre des lords.
En religion, Jacques fut fidèle aux mêmes principes. Il se fit le champion de l'Ëglise anglicane contre l'Église presbytérienne , c'est-à-dire qu'entre les deux réformes qui se disputaient l'Angleterre, il adopta celle où le principe d'autorité était maintenu avec le plus de vigueur. Comprenant que les doctrines d'égalité religieuse devaient conduire à l'égalité politique, il voyait le salut de la monarchie dans
le maintien de l'Église anglicane et répétait à chaque propos : Point d'évéques, point de roi^.
CARACTÈRE DE CE RÈGNE; SES DIVISIONS. —MARIAGE DE CHARLES l" AVEC HENRIETTE-MARIE (1625).— PREMIER ET SECOND PARLEMENTS (1626-1 626).— GDERRE CONTRE LA FRANCE (1627); TROISIÈME PARLEMENT (1628); PÉTITION DES DROITS. —ASSASSINAT DE RUCKINGHAM (1628). — LAUD ET WENTWORTfl. — DEUXIÈME SESSION DU PARLEMENT (1629); OLIVIER CROMWELL. — MES- 1«TELUGENCE ENTRE LA COUR ET LES MINISTRES. — PERSÉCUTION CONTRE WS PURITAINS. — PERCEPTION DU SHIP-MONEY; HAMPDEN (1637). — COVE- HANT D'ECOSSE (1638). QUATRIÈME PARLEMENT, DIT COURT PARLEMENT n640) • EXPÉDITION DE STRAFFORD CONTRE LES ÉCOSSAIS. — CINQUIÈME PARLEMENT, DIT LONG PARLEMENT (3 NOV. 1640); SUPPLICE DE STRAFFORD (1641). — MASSACRE GÉNÉRAL DES PROTESTANTS D'IRLANDE (22 OCT. 1641). -- GUERRE CIVILE (1642-1646). — ÉNUMÉRATION DES DIVERS PARTIS. — CAPTIVITÉ DE CHARLES; LUTTE ENTRE LES PRESDYTÉRIENS ET LES INDÉ- PENDANTS (1647-1648). — PROCÈS DU ROI (20-27 JANV. 1649).
Caractère de ce règne; sc« dtvlstonei.
Jacques I", attendant un comité de la chambre des communes qui venait lui présenter une remontrance sévère, dit ironiquement : « Qu'on prépare douze fauteuils : je vais recevoir douze rois. >» L'amertume de son dépit le faisait parler encore plus juste qu'il ne croyait, car là était bien la question. A qui resterait la souveraineté , du peuple ou du
1 11 avait raison, car le haut clergé de cette époque était partisan très-prononcé A ^A fJî.«« 5n nou^ir absolu , dans le gouvernement de l'Éiat. Les canons tivr^' tl'f^ifiôf falSrdé^^^^^^^ d" ^^gi°>« patriarcal à l'exclusion
i^«*°/.hS,^^i^Sre Dans cetlge tfor, les fonctions de roi et de prêtre, dil'^iP^f ils ^ éffiiTes P?W^^ drJit de naissance, » jusqu'à ce que la me-
saient-ils, « ^^^^f V«m«in «menât l'usurpation; et ils recommandaient dans tous les chances du ge^^^^^^^ «ception. Les évêqucs angli-
**^' *fi^i?^fent en échange obteni? du roi qu'il favorisât les empiétements de leur SiS^^s if deS^^^^^^^^ en 1605 par les vingt-cinq arUculx
izrrîïafeVmetédesiue . ^ „^ •„
c(«rt.Latermeieae8jugc ^ Collection des Mémoires
2. Guizot, Htjiotr* de ^^^J^^XXtion d'Angleterre; Villemain, Histoire de
pour servir ^. .\"X*f*'^®. fi^.f /d . ciarendon, //«/ory of the rébellion; Neal,
May, History of the Parltament.
22 CHAPITRE XI YH.
roi? EUer resta au peuple. Toutefois la révolution anglaise diffère de la révolution française en ce que la première fut plus religieuse que politique, la seconde plus politique que religieuse. En effet, ee qui préoccupait tous les esprits, c'était de savoir qui l'emporterait des anglicans qu des presbytériens. Seulement, comme TÉglise anglicane était identifiée avec la monarchie, comme Henri VIU et Elisabeth avaient fait du roi le pape de cette Eglise; comme partout, dans un dogme, une cérémonie, une prière, l'érection d'un autel , la forme d'un surplis, le pouvoir royal était compromis aussi bien que celui des évéques , les presbytériens comprirent qu'ils ne pourraient renverser la puissance épiscopale , qui leur était si odieuse , qu'en sapant la puissance royale, sur laquelle elle s'appuyait : c'était à Tépiscopat qu'ils en voulaient. Quant à la royauté, ils lui avaient, au contraire, de la reconnaissance pour avoir donné la première le signal de la rupture avec Rome, et ne se décidèrent que peu à peu à l'attaquer. Mais Jacques et son fils suivirent une politique si fausse, si peu nationale , ils affichèrent des prétentions si inconciliables avec la grande charte, avec tous les précédents parlementaires, qu'un abtme profond finit par séparer le monarque et son peuple. La royauté s'y engloutit.
S'il est facile de saisir ce caractère général du règne de Charles I", il n'est pas difficile non plus de le subdiviser en
i>ériode6 correspondant à de notables variations dans la poitique de ce monarque. De 1625 à 1629, Charles essaya de gouverner avec le parlement; de 1629 à 1640, sans le parlement; de 1640 à 1649, d'abord avec, puis contre le parlement,
Mttrlase de Charles I»' avee flLenriette-Rlarle {'k%t%)*
Aussitôt que Jacques eut rendu le dernier soupir , les membres du conseil privé proclamèrent Charles, son fils, âgé de près de vingt-cinq ans. Toute l'Angleterre se livra à la joie et à l'espérance ; et ce n'était pas seulement cette joie tumultueuse qui éclate au début d'un nouveau règne : celle-ci était sérieuse, générale et semblait bien fondée. Le
nouveau roi était un prince de mœurs graves et pures, d'une piété reconnue, appliqué, instruit, frugal, peu enclin à la prodigalité, réservé sans humeur, digne sans arrogance; il maintenait dans sa maison la décence et la règle. Tout en lui annonçait un caractère élevé , droit , ami de la justice. Ses manières et son air imposaient aux courtisans et plaisaient au peuple; ses vertus lui auraient valuTestime des gens de bien. Lasse des mœurs ignobles, de la pédanterie bavarde et familière, de la politique inerte et pusillanime de Jacques P', TAngleterre se promettait d'être heureuse et libre sous un roi qu'elle pourrait enfin respecter. Charles , de son côté, voulait faire le bonheur de son peuple. Malbeu*reusement, si le monarque et le peuple voulaient également arriver au bien, c'était chacun par un chemin différent : le premier pu* le despotisme , le second par la liberté. Puis l'entourage du roi était déplorable. Placé entre un ministre tel que Buckingham et une femme telle que Henriette-Marie, il ne pouvait faire que des fautes.
Nous connaissons déjà le premier qui eut la bonne fortune singulière d'être le favori de deux rois. Quant à Henriette, on se tromperait étrangement si on la jugeait d'après le portrait que Bossuet nous a tracé d'elle dans un si magnifique langage. Buckingham l'épousa à Paris, au nom de son souverain, le l"*" mai 1625, et étonna la cour de France, encore plus que celle de Madrid, par ses folies dépenses et son audace. Il parut un jour avec un habit brodé de perles fines fort mal attachées, de telle sorte qu'à- chaque pas il en perdait quelques-unes dont il faisait hommage aux dames qui les ramassaient ; et on sait que, dans sa fatuité, il espéra se faire écouter d'Anne d'Autriche elle-même. A l'arrivée d'Henriette en Angleterre , ses manières aff^abies et la gaieté répandue sUr tous ses traits charmèrent les premières personnes qui la virent. On la disait exempte de bigotisme , parce qu'elle avait mangé du faisan un jour de jeûne, malgré les remontrances de son confesseur, et l'on ajoutait que quelqu'un lui ayant demandé si elle pourrait aimer un huguenot, elle aurait répondu : « Pourquoi non? Mon père n'en était-il pas un? » On ajoutait que, depuis son arrivée, elle
avait donné des signes manifestes de sa prédilection pour le protestantisme, et qu'avant peu elle deviendrait elle-même une bonne protestante. Mais ces espérances furent de courte durée; on apprit que Henriette avait amené avec elle un grand nombre de prêtres catholiques, entre autres Pierre de Bérulle , le fondateur de l'Oratoire, et que la messe était célébrée par eux dans le palais du roi. Henriette était accompagnée effectivement de vingt-neuf prêtres et d'un évêque , jeune homme d'environ trente ans , avec lesquels elle avait de fréquents et longs entretiens. Charles, dit-on, manifesta son mécontentement à cet égard. Mais Henriette, quoique aimable, était obstinée, hautaine, et se refusait à la moindre concession. Il y avait à peine quinze jours qu'elle habitait Londres , que son caractère et ses penchants lui suscitaient des ennemis nombreux parmi les puritains.
Premier et second parlements (tStl^-tStS).
Charles et Henriette avaient fait leur entrée solennelle à Londres le 16 juillet 1625; le lendemain s'ouvrit le premier parlement. Dès le début de la session, la chambre des communes porta ses regards sur le gouvernement tout entier : affaires du dehors et du dedans, négociations, alliances, emploi des subsides passés, des subsides futurs, état de la religion, répression des papistes, rien ne lui parut étranger à ses droits. Les reproches, il est vrai, s'adressaient peu au gouvernement de Charles : il commençait. Cependant , un examen si étendu des affaires publiques lui semblait déjà un empiétement; la liberté des discours prononcés par les orateurs de l'opposition l'offensait. Mais il prit patience. Il avait besoin de subsides. Le dernier parlement avait souhaité avec ardeur la guerre avec l'Espagne, et avait fini par forcer le pacifique Jacques à la déclarer : le nouveau parlement ne pouvait refuser de la soutenir. Charles insistait pour que , sans retard , on lui en fournît les moyens, promettant de redresser les justes griefs. Mais les communes ne se fiaient plus aux promesses, même d'un roi qui n'en avait encore violé aucune et qu'elles estimaient. Aussi commencèrent-elles par ne donner qu'un faible subside, e^ le$
droits de douane^ ne furent votés que pour un an : ce der- Dier vote parut une offense, et la chambre haute refusa de le sanctionner. On portait donc au roi, disait la cour, moins de confiance qu*à ses prédécesseurs , qui avaient obtenu les droits de douane pour toute la durée de leur règne. Le parlement fut dissous moins d'un mois après sa réunion. Ainsi, malgré leur bienveillance mutuelle, le prince et le peuple ne s'étaient rapprochés que pour se heurter; ils se séparèrent sans que ni Tun ni l'autre se sentît faible ou se crût un tort, également certains de la légitimité de leurs prétentions , également décidés à y persister. Les communes protestèrent qu'elles étaient dévouées au roi , mais ne lui livreraient point leurs libertés. Le roi dit qu'il respectait les libertés de ses sujets , mais qu'il saurait bien gouverner seul. k peine six mois s'étaient écoulés que Charles reconnut qu'il n'était pas aussi facile qu'il le supposait de se passer du parlement. Un emprunt forcé valut peu d'argent au trésor; une expédition contre Cadix échoua. D'ailleurs, il pensait que les communes seraient charmées de revenir sitôt, et qu'après avoir pris des mesures pour écarter de la chambre les orateurs les plus populaires, il trouverait un parlement docile et reconnaissant. Mais si, à la cour, on disait que le peuple aimait le roi , et que quelques factieux Tégaraient seuls, les communes, de leur côté, pensaient aussi qu'on égarait le roi, et que, pour le rendre à son peuple, il suffirait de l'enlever à un favori. Le second parlement s'était réuni le 6 février 1626; dès le 21 il mit en accusation le duc de Buckingham , ce ministre dissipateur dont la prodigaUté n'avait d'égale que sa cupidité, et qui, indépendamment des traitements affectés à ses innombrables charges et dignités, s'était fait donner des domaines de la couronne pour une valeur de sept millions cent neuf mille huit cent soixante-quinze francs. Cependant, il était difficile de prouver contre Buckingham des crimes légaux ; les communes votèrent que le simple bruit public était un motif suffisant
t. Ces droits dédouane sont très-souvent désignés sous le nom de tonnage ei àt poundage ou pesage^ parce quMls étaient en raison du tonnage des navires et <iQ poids des marcbandiges, L'unité de poids étant le pound ou livre.
26 CBÀPIT&K XXVIl.
d'entamer les poursuites, et elles accueillirent tous les chefs d'accusation indiqués par ropinion générale. Le duc les repoussa, la plupart du moins, avec avantage, mais sans fruit. C'était le mauvais gouvernement que voulait réformer la chambre : innocent de vol, d'assassinat ou de trahison, Buckingham n'était pas moins pernicieux. Huit membres furent chargés par leurs collègues de soutenir, dans une conférence avec la chambre haute , les poursuites contre Buckingham. A cette nouvelle, le roi laissa éclater toute son indignation. On n'avait pu convaincre Buckingham d'aucun crime; on en voulait donc à son ministre, à son ami. Il prononça la dissolution du parlement (15 juin 1626).
C^uerre eontre la France (tSt V) \ trolstème parlement (fta^S);
pétition des droits.
Débarrassés pour la deuxième fois des représentants de la nation, Charles et Buckingham crurent qu'ils n'avaient plus aucun ménagement à garder envers l'opinion publique, et le fol orgueil du favori ne tarda même pas à susciter à son maître de nouveaux embarras. Pour se venger du cardinal de Richelieu , qui ne voulait pas qu'il revînt à Paris poursuivre, auprès d'Anne d'Autriche, de téméraires suo ces, Buckingham décida son souverain, déjà aux prises avec l'Espagne et l'Autriche, à entrer en guerre avec la France. L'intérêt du protestantisme servit de prétexte; il fallait sauver la Rochelle assiégée , et prévenir la ruine des réformés français. On espérait que, pour cette sainte cause, la nation anglaise s'armerait avec enthousiasme, ou que du moins elle en serait trop vivement préoccupée pour remarquer l'oppression croissante sous laquelle on voulait l'accabler. C'était trop présumer des passions du peuple, qui ne se laissa point persuader d'oublier sa liberté pour le service de sa foi. D'ailleurs il se méfiait de la sincérité de ce zèle fort inattendu de la part d'un prince qui venait de s'unir à une Française, à une catholique, et dont le père avait trahi tant de fois les intérêts du protestantisme. Au milieu de l'irritation croissante, on apprit que l'expédition envoyée au secours de la Rochelle, et que Buckingham commandait en personne.
CHARLES i*' (1625-1649). 27
venait d'échouer (28 octobre 1627). Llmpéritie du général avait causé ce revers; il n'avait su ni s'emparer de File de Ré, ni se renabarquer sans perdre l'élite de ses trpupes.
A son retour en Angleterre, Buckingham, malgré son arrogance , sentit le poids de la haine publique et le besoin d'y échapper. Le savant Robert Cotton, comme le plus doux des hommes populaires , fut appelé aux conseils du roi. Il y parla avec sagesse et franchise, insistant sur la nécessité de redresser les justes griefs de la nation pour obtenir son appui, et, rappelant ces paroles de lord Burleigh à la reine Elisabeth : « Gagnez leur cœur, vous aurez leur bourse et leurs bras, » il ouvrit l'avis de convoquer un troisième parlement qui s'assembla le 17 mars 1628. Les chefs de l'opposition, dans la nouvelle assemblée, furent : sir Edouard Coke, l'ancien solliciteur général , l'honneur de la magistrature, malgré la violence avec laquelle il avait poursuivi Ralegh , et qui ne se distinguait pas moins, malgré ses soixante et dixneuf ans , par sa fermeté que par sa science ; sir Thomas Wentworlh, depuis lord Strafford, jeune, ardent, éloquent , né pour commander , et dont .l'ambition se contentait alors de l'admiration de son pays; HoUis, fils cadet de lord Clare, compagnon d'enfance de Charles, mais ami sincère de la liberté , et trop fler pour servir sous un favori; Py^^» savant jurisconsulte, versé surtout dans la science des droits et des usages du parlement, esprit froid et audacieux, capable de marcher avec prudence à la tête des passions populaires. La cour n'opposait à cette coalition redoutable que la témérité capricieuse de Buckingham et la hauteur obstinée du roi. Aussi les communes parlèrentelles très-haut et présentèrent-elles à la sanction royale un acte demeuré célèbre sous le nom de bill ou pétition des droits. Cet acte commençait par énumérer les abus suivants de l'autorité souveraine : V qu'en opposition à la grande charte et à divers autres statuts, on avait requis des hommes libres de l'argent pour le roi, et que, sur leur refus, on les avait molestés par des serments, des obligations et des saisies; 2° que diverses personnes avaient été mises en arrestation par ordre du roi , et que lorsqu'on les avait amenées
devant les juges , par ordonnance d'habeas corpus , on les avait renvoyées en prison, bien qu'on n'assignât aucun motif à leur arrestation; S'^que, dans plusieurs lieux, on avait logé par billets des soldats dans les maisons des habitants , à leur grand fardeau et dommages ; 4° et qu'on avait envoyé des commissions qui donnaient pouvoir à cer* taines personnes de punir, par jugements sommaires de loi martiale, les délits commis par des soldats, des marins et leurs complices, bien que ces délits dussent être poursuivis et jugés par les tribunaux ordinaires. On priait donc le roi de faire cesser de tels abus, et de ne point tirer conséquence de précédents « qui étaient contraires aux droits et libertés des sujets, comme aux lois et statuts de la nation. »
Charles, suivant un plan étudié d'hypocrisie et de faus-^ seté, ordonna d'écrire sous la fameuse pétition la réponse suivante : « Le roi veut qu'il soit fait droit suivant les lois et coutumes du royaume , et que les statuts soient mis à exécution; que ses sujets ne puissent avoir aucun motif de se plaindre de tort ou d'oppression contraires à leurs libertés et à leurs justes droits, à la conservation desquels il se croit obligé autant qu'à ceux de sa prérogative. » D'ailleurs, par cette sanction assez peu explicite du bill des droits, la réforme des principes était seule consommée; ce n'était rien sans la réforme des pratiques ; et pour assurer celle-ci, il fallait celle des conseillers. Or, Buckingham demeurait debout, et le roi continuait de percevoir les droits de douane sans l'aveu du parlement. Éclairées par l'expérience sur les périls de la lenteur, aveuglées par la passion sur ceux d'une exigence trop brusque et trop dure , l'orgueil et la haine se mêlant à l'instinct de la nécessité, les communes résolurent de porter sans délai les derniers coups. En une semaine deux nouvelles remontrances furent rédigées, l'une contre le duc, l'autre pour établir que les droits de douane, comme tout impôt, ne devaient être perçus qu'en vertu de la loi. Le roi perdit patience et prorogea le parlement (26 juin 1628).
Assassinat de Bneklngham (tStS).
Deux mois après, l'entrepreneur de la misère publique,
CHARLES !•' fi 6^5-1649). 29
comme on appelait au parlement le duc de Buckingham, était sur le point de conduire une seconde expédition au secours de la Rochelle, lorsque, le 23 août, comme il montait en voiture, à Portsmouth, il fut frappé au sein gauche d'un couteau, que l'assassin laissa dans la plaie. « Vilain ! » s'écria-t-il en arrachant Tarme meurtrière, et il tomba sans connaissance. Au milieu de la confusion générale, le coupable était parvenu à gagner la cuisine de l'hôtel, où il eût pu rester caché dans la foule, s'il n'eût tiré tout à coup son épéeen criant : « Je suis cet homme. » On trouva cousues dans le fond de son chapeau les lignes suivantes : « Celui-là est un lâche et ne mérite point le nom de gentilhomme ou de soldat, qui ne veut point faire le sacrifice de sa vie pour défendre l'honneur de son Dieu, de son roi et de son pays. Que personne ne me condamne pour l'acte que j'ai commis ; mais que l'on condamne plutôt ceux qui me l'ont fait commettre; car si Dieu, pour nous punir de nos péchés, ne nous eût point enlevé le courage, cet homme ne serait point resté si longtemps impuni. Je me nomme John Felton. »» Le fanatisme protestant avait, lui aussi, trouvé son Ravaillac. Ce John Felton était un gentilhomme, ardent protestant, qui avait servi, l'année précédente, dans l'expédition de l'île de Ré, puis avait quitté le service à cause d'un passe-droit. Quand on lui dit que le duc vivait encore, il répondit avec un sourire ironique, que cela ne se pouvait, que la blessure était mortelle; et il répliqua à ceux qui lui reprochaient son crime, « que, en son âme et conscience, il croyait que les remontrances adressées au roi par le parlement étaient une justification suffisante de sa conduite. » Lorsqu'on lui demanda quels étaient ses instigateurs et ses complices, il répondit que le mérite et la gloire lui en appartenaient exclusivement; qu'il avait fait soixante et dix milles pour accomplir cette action, et qu'il avait par là sauvé son pays; que d'ailleurs il ne portait aucune inimitié au duc. Au moment où il l'avait frappé, il s'était écrié : « Que Dieu ait pitié de son âme! » Ainsi périt, à l'âge de trentesix ans, George Villiers, duc de Buckingham, lord grand trésorier d'Angleterre. On ne se sent pas le courage, en pré-
30 GHàPITBE XXVII.
sence d'une fin si triste, de résumer ses torts, de récapituler toutes ses fautes.
I<aail et nventwoHh,
• C'est dans Tinteryalle compris entre la première et la seconde session du troisième parlement que Charles s'attacha comme conseillers deux hommes sur qui allait porter tout le poids des affaires, Laud et Wentworth. Le premier était fils d'un marchand de draps de la ville de Reading , où il était né en 1573. Son ardeur pour l'étude, ses succès académiques, ses talents distingués, lui valurent d'abord une chaire de théologie dans l'université d'Oxford , puis la place de président du collège de Saiut-Jean. Plus tard, il devint successivement chapelain du roi , doyen de Glocester, évêque de Saint-David, évêque de Bath et Wells, évêque de Londres , enfin archevêque de Canterbury et primat du royaume. Son projet favori était de faire triompher dans les trois royaumes, à l'aide de l'omnipotence du souverain, l'Église anglicane dont il se trouvait le chef en qualité de primat d'Angleterre. Le second était né à Londres , le 13 avril 1593, d'une famille alliée au sang royal. Son éducation fut digne de sa naissance. Le collège de Saint-Jean , à Cambridge, dont Laud fut quelque temps président, retentit de ses succès précoces, et son père, l'un des plus grands propriétaires du comté d'York , se hâta de féconder de si heureuses dispositions en faisant voyager le jeune Wentworth dans les principaux États du continent. Créé chevaUer, à son retour, par Jacques P% marié à la fille aînée du comte de Cumberland, et, presque au même instant, devenu dès sa vingt et unième année, par la mort de son père, le chef d'une famille de onze enfants et le maître d'une immense fortune, il honora sa vie privée par des études graves, et par un entier dévouement aux liens du sang et à tous les devoirs domestiques. Entré au parlement en 1621 , il se distingua dans toutes les sessions par son énergie à censurer hautement les monopoles, les taxes illégales, les emprisonnements arbitraires. On l'entendit professer ce principe, « que les privilèges et franchises des parlements étaient
Vancien et incontestable droit de tout Anglais^ son droit de naissance et Théritage de ses pères. » C'est lui qui, en 1628, proposa le fameux bill des droits; mais, en 1629, honoré de quelques faveurs de la cour, il trahit la cause du peuple pour celle du roi , et entra au' conseil malgré jes reproches, les menaces mêmes de ses anciens amis : « Je vous donne rendez-vous dans la salle de Westminster, » lui dit Pym à leur dernier adieu. Thomas Wentworth était ambitieux et hautain; créé baron, puis vicomte, il se précipita avec passion vers la grandeur, bien éloigné de prévoir à quel point il serait un jour fatal et odieux à la liberté.
Bevzlème aekslon du parlement (1LB9B) ^ Olivier Cromwell.
En môme temps que le parti royaliste reconnaissait ses deux nouveaux chefs, Laud et Strafford, l'opposition allait entendre pour la première fois celui de ses membres en qui devait se personnifier la première révolution d'Angleterre. Comme il était question des missionnaires presbytériens, de lecturers cruellement persécutés par les évêques anglicans dont rintolérance n'épargnait aucun de ceux qui prêchaient la parole de Dieu d'après leurs propres inspirations et non conformément aux prescriptions épiscopales, un gentilhomme campagnard , mal vêtu et jusque-là silencieux , prit la parole avec toute l'âpreté d'un accent rustique pour dénoncer à la chambre que ceux-là seuls parvenaient qui montraient des tendances papistes. « Si ce sont là les de^ grés par lesquels on arrive aux dignités de PËglise , dit-il en terminant, qu'est-ce qui nous attend? » Ce gentilhomme , c'était Olivier Cromwell.
On se souvient du fameux Thomas Cromwell, ce fils d'un foulon de Putney, qui devint premier ministre de Henri VIII , vice-gérant , comte d'Essex et finit , après avoir été son conseiller le plus intime , par perdre la tête sur l'échafaud. Ce grand destructeur des couvents, qu'on surnommait le marteau des moines, et qui fut, en effet, le bras droit de Henri Yin dans la spoliation des monastères , avait un neveu , sir Richard Cromwell , qui aida vigoureusement son oncle. Il galopait sans cesse de cou-
32 CHAPITBE XXVII.
vent en couvent à la poursuite de ces pauvres moines, faisant la chasse aux prêtres récalcitrants, abattant les abbayes, emprisonnant les abbés. Fort bien accueilli du monarque défenseur de la foi , il en reçut pour récompense une grande quantité de terres ecclésiastiques dont il arrondit son domaine, et se créa peu à peu une propriété importante. Tel est sir Richard, l'aïeul d'Olivier Cromwell. De cette race énergique , sur ce domaine fonoaé des débris et des dépouilles catholiques, naquit, en 1599, sur les bords de TOuse, près de Huntingdon, Olivier Cromwell. Robert, père du protecteur , avait contracté un honorable mariage. Il existait, dans le pays, une famille Stuart, issue du sang royal d'Ecosse , et dont Tun des chefs , prieur catholique de la ville d'Ely, avait opposé quelque résistance à la réforme, à Henri YIII, à Thomas et à Richard Cromwell; cette résistance papiste ne tint pas contre Toffre du titre de doyen protestant de la cathédrale, et du fermage héréditaire des dîmes qui assurait sa fortune. La mère d'Olivier Cromwell, arrière-petite-fille de ce converti, fut Elisabeth Stuart, cousine, à je ne sais quel degré, de Charles 1", roi d'Angleterre, et dont la dot consistait dans ces domaines et ces dîmes enlevés aux catholiques. Le 23 avril 1616, le jour même où Shakspere mourut , dix jours après la mort de Cervantes , l'université de Cambridge , située seulement à douze milles de Huntingdon, comptait Cromwell parmi ses jeunes étudiants ou gentlemen-commoners ; il n'y passa qu'une année. Le 23 juin 1617, son père mourut, et le jeune homme de dix-huit ans , quittant aussitôt Cambridge , revint prendre soin de sa mère et de six jeunes filles , ses sœurs. Cette vie de débauches dont ont parlé ses détracteurs n'est pas plus vraie que le métier de brasseur assigné à son père. Dès l'année 1640, à vingt et un ans, il épousa la fille d'un riche marchand , Elisabeth Bourchier, la conduisit chez sa mère et revint vivre à Huntingdon , en propriétaire fermier, de cette vie à la fois indépendante et occupée qui laisse tant de place à la rêverie, si peu à la dissipation.
Huit ans de solitude nous cachent ensuite les actes de Cromwell. Tout ce qu'on sait de lui, de 1620 à 1628, époque
où il fut nommé au parlement, c'est que, respecté de ses voisins, aimé de sa famille et vivant dans Taisance, il a des accès violents d'humeur noire. « Souvent il envoyait chercher à minuit le docteur Simcolt, médecin de la ville, se croyant près de mourir ; il lui parlait de son hypocondrie et de ses imaginations à propos de la croix de la ville, » Cette croix papiste l'obsédait. Les prédicateurs calvinistes hantaient le voisinage : quand il les avait écoutés et qu'il avait relu sa Bible, cette sombre humeur le prenait; il se promenait sur les tristes bords de TOuse, à l'ombre des saules , sous un ciel humide et bas, rêvant pendant que ses bestiaux erraient dans ces pacages, à l'homme et à Dieu, à la vie et à la mort, surtout au dogme de la prédestination. Membre du troisième parlement, Cromwell n'y rompit le silence que pour un intérêt tout religieux, que pour la défense des prédicateurs puritains persécutés par les évêques. Renvoyé dans ses foyers par la dissolution de ce parlement, il n'en restait pas moins populaire auprès de ses concitoyens, puisque immédiatement après la session il fut nommé shérif de son canton. Son ambition n'allait guère plus haut; la vie agricole et l'élève des bestiaux lui semblaient sa seule destination; il vendit pour environ cinquante mille francs de propriété, acheta des pâturages plus considérables à Saintîves, cinq milles au-dessous de Huntingdon, toujours sur les bords de l'Ouse, et y alla vivre avec sa famille. Un canal de dessèchement, destiné à assainir les bords marécageux de cette rivière, mais qui pouvait, suivant quelques-uns, nuire aux riverains en diminuant l'humidité du sol, était la grande préoccupation des propriétaires-éleveurs de cette contrée. Cromwell prit à toute cette affaire un intérêt tel, que les soucis et les triomphes de la guerre civile ne purent l'en distraire, et qu'on ne le désignait guère dans le pays que sous le nom de lord des marais.
Cependant le parlement avait repoussé encore une fois la taxe de tonnage et de pondage, et déclaré traître quiconque la payerait. Charles vivement irrité contre les vipères du parlement, prononça de nouveau la dissolution de cette assemblée, jeta en prison les orateurs les plus opposés à la
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cour, et pour n'avoir pas besoin de nouveaux subsides, fit aussitôt des ouvertures de paix aux puissances avec lesquelles il était en guerre, ajoutant ainsi un motif de plus à la haine nationale. Car ce système de paix extérieure allait laisser l'Angleterre spectatrice humiliée de la guerre de Trente ans, tandis que Gustave-Adolphe mourrait à Lutzen et qu'un cardinal français sauverait l'Allemagne protestante.
Héslntelllsenee entre la cour e( ïem mlnlsireti.
Débarrassé de son troisième parlement, bien décidé à ne pas en convoquer un quatrième , en paix avec la France et l'Espagne qui avaient accueilli ses avances, Charles I" pensa qu'il allait trouver le repos au sein du pouvoir absolu. Il se trompait étrangement, et, si l'apathie momentanée de la nation put faire croire que toute lutte avait cessé entre elle et le monarque, ce dernier vit bientôt, dans son propre palais, deux partis se disputer le despotisme naissant, la reine et les ministres, la cour et le conseil.
A peine arrivée en Angleterre, Henriette n'avait point caché l'ennui que lui inspirait sa nouvelle patrie. Religion, institutions, coutumes, langage, tout lui en déplaisait; elle avait même , peu après leur union , traité son mari avec une puérile insolence ; et Charles, poussé à bout, se vit forcé de renvoyer sur le continent d'abord le père Bérulie et douze prêtres de l'Oratoire qu'elle avait amenés avec elle, puis douze capucins qui les avaient remplacés. Le plaisir de régner pouvait seul consoler Henriette de ne plus vivre en France ; elle y compta dès qu'elle cessa de craindre le parlement. Le bonheur de la vie domestique , cher à l'âme sérieuse de Charles, ne pouvait sufSre au caractère léger^ remuant et sec d'Henriette ; il lui fallait un en^pire avoué, arrogant, l'honneur de tout savoir, de tout régler, le pouvoir enfin, tel qu'une femme capricieuse le veut exercer. Autour d'elle se ralliaient d'une part les catholiques, de l'autre les ambitieux frivoles, les intrigants, les jeunes courtisans. Charles la consultait en toute occasion et ne faisait rien sans son aveu; mais Wentworth et Laud étaient beaucoup moins dociles et ne voulaient ni du papisme
ni des dilapidations de Henriette. La cour de son côté, à la première apparition de Wentworth à Whitehall, avait accueilli avec un sourire moqueur Télévation subite et les manières un peu rudes d'un gentilhomme de province, connu surtout par son opposition dans le parlement. Les mœurs austères, la pédanterie théologique et la brusquerie inattentive de Laud, de ce fils d'un marchand de draps, n'y déplaisaient pas moins . La reine les prit en aversion , car ils gênaient son influence auprès du roi; la haute aristocratie s'ofifensa de leur pouvoir, et bientôt la cour tout entière s'unit au peuple pour les attaquer, se récriant comme lui contre leur tyrannie.
Perséeutlon contre les puritains.
Si quelques hommes avaient le droit de crier à la tyrannie, c'était uniquement les presbytériens et surtout les plus austères, les plus énergiques, et les plus exaltés d'entre eux , les puritains. Laud voulait maintenir le principe d'autorité aussi fort dans l'anglicanisme qu'au sein du catholicisme. Or, la vie du protestantisme c'est le libre examen ; l'esprit du protestantisme et notamment du calvinisme, c'est l'esprit de liberté, l'esprit démocratique. 11 n'y avait donc pas moyen de s'entendre, et avec un caractère despotique comme celui du primat, la répression devait être atroce. Aussi les malheureux puritains ont-ils droit, pour cette persécution, à toutes nos sympathies. Mais ce n'est pas une raison de dissimuler leurs torts. Animés du plus sauvage fanatisme, ces hommes préféraient l'Ancien Testament à l'Évangile, et on retrouvait en eux, non la charité universelle des premiers apôtres, mais toute la dureté des enfants de Jéhovah , tout leur esprit d'exclusion K Ne goûtant que la partie purement judcaque de la Bible, les puritains affectaient de prendre des noms juifs, citaient à tout propos l'Écriture, et se montraient comme le peuple de Moïse, ennemis des arts, des sciences et de toute étude littéraire. Implacables pour l'étranger, ils n'admet-
1. Quand od lit les anciens documents des deux principaux États fondés en Amé» rique par les puritains, c'est-à-dire du Massachusetts et du Connecticut^ on y ▼oit la peine de mort appliquée en yertu des articles du Deutéronome, du Lévitique et de l'Exode, non pas seulement pour des crimes contre les personnes ou le» propriétés, mais pour des péchés dont on ne doit compte qu'à Dieu.
36 CBAPITRB XXYII.
talent aucun compromis avec ceux qui ne partageaient pas toutes leurs doctrines. Le vocabulaire de leurs injures était emprunté tout entier aux prophètes, et les imprécations adressées par eux à Charles et à Henriette étaient identiquement celles dont Ëlie flétrissait Achab et Jézabel. On reconnaissait les puritains à leurs sombres vêtements, à leurs cheveux plats, à leur figure austère, à leur langage sentencieux, à leurs mystiques roulements d'yeux, à leurs noms bibliques formés soit d'un précepte tout entier, soit d'une portion de verset, tels que : Loue-le-Seigneur, etc.
La persécution commença en 1630 avec ce luxe d'atrocités juridiques qu'on ne retrouve que dans les tribunaux de l'Angleterre ou dans ceux de l'inquisition. Au mois de mai, un prédicateur puritain, le docteur Leighton, pour avoir publié un appel au parlement, ou plaidoyer de Sion contre la prélature^ fut condamné à payer une amende de deux cent cinquante mille francs, et à être mis au pilori à Westminster, où après avoir été publiquement fouetté, il eut les oreilles coupées, le nez fendu et la figure marquée d'un fer rouge avec les lettres S. S. : Semeur de séditions.
En 1634, Prynne, avocat distingué de Londres, est condamné aux mêmes peines pour un livre intitulé : Histriomastix *, le Fouet des histrions, et dirigé contre le théâtre, les mascarades et la danse , que la reine aimait passionnément. Après cet affreux supplice, il n'en composa pas moins un nouvel ouvrage dirigé, celui-ci, contre les évéques. Comme on lui avait déjà coupé les oreilles lors de sa première condamnation, cette fois on lui coupa littéralement les tronçons. C'était en 1637. Le docteur Bastwick et un ministre puritain, nommé Burton, furent condamnés en même temps que lui. Lorsque le docteur Bastwick monta sur réchafaud où on devait le mutiler, sa femme s'élança dans ses bras, et baisa, aux applaudissements de la foule, les oreilles que le bourreau allait arracher. Comme Bastwick
1. Une courte citation suffira pour faire connaître le fanatisme sauvage des puritains. « Une femme, dit Prynne, qui chante en dansant, doit être considérée comme la prêtresse du diable ; ceux qui lui répondent, sont les clercs du diable ; ceux qui écoutent, sont les paroissiens du diable ; les instruments de musique sont les clo-i ehes de Tenfer, et les musiciens sont les ménestrels du diable. »
était encore sur la plate-forme, quelqu'un lui donna un bouquet. Une abeille vint s*y poser. « Voyez, dit-il, cette pauvre abeille ; sur le pilori même elle vient sucer le miel des fleurs ; et moi donc, pourquoi n'y pourrais-je pas goûter le miel de Jésus-Christ? » Un parti composé d'hommes animés d'une telle foi, est bien à craindre pour ceux qu'il attaque.
Perception du shlp-money; Hampdeii (ftesif)*
Rien de ce qui était capable de rendre l'autorité de Char« les plus odieuse ne devait manquer : la tyrannie fiscale accompagna la tyrannie religieuse. En effet, depuis qu'il n'était plus convoqué de parlements, aucune taxe n'était légale, en vertu même du principe posé dans la grande charte, savoir : que les Anglais ne devaient payer que les subsides consentis par le grand conseil de la nation. Cependant le gouvernement ne pouvait se passer d'argent. Alors furent rétablis des impôts tombés en désuétude, et inventées des taxes jusque-là inconnues; alors reparurent ces innombrables monopoles introduits et abandonnés par Elisabeth, rappelés et abandonnés par Jacques 1", constamment repoussés par le parlement, un moment abolis par Charles lui-même, et qui, livrant à des traitants ou à des courtisans privilégiés la vente exclusive de la plupart des denrées, telles que le sel, le vin, la bière, le beurre, les harengs saurs, etc., etc., faisaient souffrir le peuple jusque dans ^sa subsistance, et l'irritaient encore.plus par l'inique et désordonnée répartition de leurs profits. Malgré tous ces expédients, les ressources restant encore au-dessous des besoins, les légistes de la cour ne savaient plus où trouver de nouveaux moyens d'extorquer de l'argent, lorsqu'ils découvrirent que, dans certaines occasions, les villes maritimes avaient été obligées de fournir des navires pour le service de la couronne. Immédiatement on imposa à tous les habitants, sous le nom de ship-money, argent des vaisseaux, une nouvelle taxe. Cette illégalité mettait le comble à la mesure. Un riche propriétaire, cousin germain de Cromwell, John Hampden, homme du plus beau caractère, se refusa à payer II 3
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vingt schellings (vingt-cinq francs) qui lui étaient réclamés pour cette taxe . Il agit ainsi ( 1 636) sans colère, sans bruit, uniquement occupé de parvenir à faire juger solennellement, dans sa personne, les droits de son pays. £n prison, sa con« duite fut également calme et réservée ; il ne demandait que d'être traduit en justice, et représentait que le roi n'était pas moins intéressé à résoudre par les lois une telle question. Les barons de l'échiquier appelèrent les autres juges à leur aide,et le cas fut solennellement discuté devant eux pendant onze jours. On allégua en faveur de la couronne : l*" l'usage des rois anglo-saxons et l'impôt du danegeld, pour l'entretien de la marine ; 2*> une multitude de précédents prouvant que les anciens monarques avaient mis en réquisition des vaisseaux pour leur service, et forcé les comtés maritimes à les équiper ; S"" l'équité de la prétention , car, à moins q[ue le roi ne possédât, dans les cas de danger, le droit d'appeler ses sujets à son secours, le royaume pourrait éprouver des maux incalculables avant que le parlement fdt assemblé. De l'autre part, il fut prétendu : l"" qu'on ne pouvait fonder aucun argument sur les notions imparfaites des anciens auteurs, relativement au danegeld et aux armements maritimes des rois anglo-saxons; â*" qu'il n'y avait aucune ressemblance entre la foule des précédents allégués et les présentes ordonnances, qui, d'abord, obligeaient les habitants des comtés de l'intérieur à équiper des vaisseaux, et ensuite adonner de l'argent au lieu de ces vaisseaux; S*" qu'on ne pouvait alléguer aucune nécessité absolue, ^car ces ordonnances avaient été rendues six mois avant qu'on eût besoin de vaisseaux , et l'on avait eu , conséquemment , tout le temps nécessaire, dans cet intervalle, pour assembler et consulter le parlement. Les juges prirent trois mois pour délibérer : sept d'entre eux prononcèrent en faveur du roi; quatre en faveur de Hampden ; mais, de ceux-ci, deux seulement, Hutton et Crook, nièrent le droit réclamé par la couronne. Ce dernier juge ne fut pas moins admirable que Hampden. U avait devant les yeux la prison pour lui-même et la misère pour sa &miUe, s'il résistait aux volontés du roi ; il fut inébranlable, et sa femme, dont on ne saurait trop rele-
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ver le mérite, l'engagea à persévérer dans le parti courageux qu'il avait embrassé. Hampden fut condamné (1637); mais cette condamnation fit son triomphe. A partir de ce momant, son nom se trouva dans toutes les bouches ; partout on le prononçait avec tendresse et fierté, car sa destinée était Timage et sa conduite la gloire du pays.
Nous l'avons déjà dit, le but que se proposaient en religion Charles et ses ministres, était un contre-sens avec le principe même de la réforme, puisque Charles voulait inter* dire les élans individuels, Tinspiration spontanée, en réglant toutes choses, dans l'anglicanisme, d'après une uniformité non moins rigide que celle qu'on reprochait à TÉglise ro^ maine. Habillement des prêtres» bien mieux, cérémonies, prières, tout devait être conforme aux décisions du pouvoir. C'est ainsi que Laud prétendit imposer aux trois royaume^ une liturgie commune et des rites communs , à l'aide de deux livres qui devaient être partout adoptés : the Book of services y ou livre des offices, et the Book of common prayer^ ou livre de prière commune.
L'Ecosse presbytérienne, l'Ecosse initiée au protestantisme par le calviniste Knox, devait, elle aussi, se courber sous ïe joug. Le jour désigné, 23 juillet 1637, pour l'inauguration solennelle du rite anglican à Edimbourg, l'évéque et le doyen de cette capitale, accompagnés des lords du conseil, des juges et des magistrats, se rendirent à l'église de Saint* Giles, que l'on avait choisie pour cathédrale. Elle était déjà remplie, et principalement de femmes. Du moment où le doyen commença l'office, on n'entendit que des cris, des sifflets et des imprécations. Les femmes de tout rang commencèrent par s'écrier <t que la messe se disait; queBaal était dans l'église. » Elles apostrophèrent le ministre par les épithètes et les noms les plus injurieux. Elles brandissaient les labourets sur lesquels elles avaient coutume de s'asseoir ; quelques-uns mêmes furent lancés dans la direction de I9 ^a\re. Une puritaine, entendant un Jeune homme derrière elle dire Amen^ se retourne, lui applique un soufflet, et lui
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crie : « Scélérat! n'y a-t-il pas d'autre endroit dans Téglise où tu puisses chanter la messe, sans venir la hurler à mes oreilles? » Le doyen, effrayé de ce tumulte, remit le poste d'honneur à Tévéque, son supérieur en dignité et en courage : mais le prélat n'eut pas plutôt ouvert la bouche , que sa voix fut étouffée par les cris : renard, loup, ventru (allusion à sa corpulence) ; et quelques moments après, une vieille fruitière de High-Street, ne pouvant plus contenir son indignation : « Que la colique du diable féreinte, vilain voleur I » s'écria-t-elle ; puis, saisissant la chaise sur laquelle elle était assise, elle la lança à la tête du prélat, qui dut faire une prompte retraite*. Pendant cette scène burlesque, les efforts des magistrats parvinrent à faire sortir les plus mutins de l'église; on ferma les portes, et le service continua, au milieu des interruptions répétées, causées par la grêle de pierres qui cassaient les fenêtres, et les cris du peuple, qui, de Textérieur, faisait entendre ces paroles : « A bas le pape I à bas le pape ! à bas Tantechrist ! lapidez- le , jetez-le dehors! » L'office terminé, le prélat sortit pour se rendre en hâte à son logement, qui était à peu de distance ; mais la foule des femmes l'atteignit, le renversa et le roula dans la boue. Dans l'après-midi, l'évêque, ayant reparu dans la rue, faillit subir le sort de saint Etienne. Le comte de Roxburgh ne le protégea qu'avec peine contre les pierres lancées par ses persécutrices, et tous deux ne furent en sûreté qu'au moment où les portes de Holyrood se refermèrent sur eux.
Des désordres de la même nature ayant éclaté dans plusieurs autres églises , les magistrats de la capitale jugèrent prudent de suspendre la lecture du nouveau service. Mais cette mesure déplut à Laud , qui enjoignit immédiatement de la reprendre. De son côté, Charles, pour punir les habi-
t. Cette scène amena un incident qui prouve à quel point Charles prenait la chose à cœur. Suivant une ancienne coutume, il y avait à la cour un fou, un bouffon, qui avait le privilège de dire au hasard toutes les plaisanteries satiriques. Ce poste était alors occupé par un nommé Archie-Arnestrong, qui ne put s^empècher, lorsqu'il vit Laud accourir promptcment en conséquence des moriiliantes nouvelles d'Ecosse* de faire celte impertinente question : « Quel est le fou de nous deux maintenant, milord! » Le pauvre Archie futd^abord sévèrement fouetté pour cette plaisanterie^ puis chassé de la cour, oh il ne fut plus admis de fous, du moins à titre officiel.
tants d'Edimbourg, donna l'ordre que le conseil du gouvernement fût transporté à Linlithgow, de là à Stirling, etensuite à Dundee. Le roi fit accompagner cet ordre d*une proclamation par laquelle il enjoignait aux presbytériens de se disperser immédiatement , sous peine d'être traités comme des rebelles. Mais les disciples de Knox, qui gagnaient chaque jour du terrain, au lieu d'obéir, demandèrent d'une voix impérative qu'on retirât sur-le-champ la liturgie anglicane, et, bien loin de se disperser, signèrent un covenant, ou acte d'association par lequel ils s'engageaient à maintenir la forme de leur culte et à repousser toute innovation , soit dans le dogme, soit dans la liturgie., soit dans la hiérarchie. Les signataires de ce pacte furent nommés covenantaires. Ils eurent une grande réunion, le 1*"' mars 1638, dans l'église de Saint-Gileset plusieurs milliers,d'£!cossais appartenant à toutes les classes de la société jurèrent, dès le premier jour, fidélité au covenant. L'Ecosse se trouva dès lors divisée en deux partis , celui des covenantaires et celui des non-covenantaires. Le premier comprenait l'immense majorité des habitants, le second se composait des catholiques, alors fort peu nombreux, de la plupart des fonctionnaires publics et de tous ceux qui ne voulaient pas rompre avec le gouverne* ment anglais, bien qu'appartenant à la religion réformée.
En 1639 ,^ Charles comprit que la force seule pourrait plier les presbytériens à ses ordres , et il marcha contre rËcosse à la tête de plus de vingt mille hommes. Les ministres puritains , de leur côté , appelèrent leurs frères aux armes, et quand le roi arriva, au mois de mai, sur les frontières , il y trouva réunies des forces aussi nombreuses que les siennes, et commandées par un habile homme de guerre, Alexandre Lesly, formé à l'école de Gustave- Adolphe. Il y avait même cette dilBFérence, à l'avantage des Écossais, que leurs troupes étaient animées du plus profond enthousiasme , tandis que la plupart des soldats du roi étaient tout disposés à le quitter pour passer aux presbytériens. Il crut donc plus sûr d'entrer en pourparler avec les rebelles, et le 24 juin les deux armées furent licenciées d'un commun accord. Les covenantaires gardaient leur organisa-
4i GBAPITBS XXVIl.
tion, leur église intactes; te roi retournait à Londres déconsidéré, sans armée, sans argent.
9iuitrlème.parlemeiit, dit court parlement (ie4#)) expédlltlom
Ae Utraflérd contre Ie« ieommmim»
Charles ne pouvait se résigner à la cruelle humiliation que venait d'éprouver son orgueil : celle d'avoir été réduit à traiter avec les presbytériens écossais, qui n'étaient, à ses yeux , que des traîtres , que des rebelles. Voulant , à tout prix, se procurer de l'argent pour recommencer la guerre, il rappela d'Irlande S où il résidait depuis 1633, en qualité de lord député ou gouverneur, Wentworth, qu'il créa comte de StrafPord , et se décida à demander des subsides à un quatrième parlement. Onze ans s'étaient écoulés depuis la dissolution du troisième, onze ans de despotisme , onze ans de persécutions religieuses, onze ans d'oppression fiscale, d'injustices, d'illégalités de tout genre. Aussi, quand le roi parla de la trahison des Écossais , de leur correspondance avec le cardinal de Richelieu , qui leur envoyait de l'argent et des armes, de la nécessité de les attaquer immédiatement et de voter avant tout des subsides , la nouvelle chambre se montra fermement résolue à ne rien accorder tant qu'il n'aurait pas été fait droit aux justes griefs de la nation. Charles, irrité, prononça la dissolution de ce parlement moins d'un mois après sa réunion (13 avriM mai).
C'est dans une des séances peu nombreuses de ce parlement si court que Philippe Warwick, qui nous a laissé de curieux mémoires sur le règne de Charles t', vit pour la première fois Cromwell. « Je vins, dit-il, un matin dans la salle, et j'aperçus un gentilhomme qui parlait. L'orateur avait une tenue qui me donna la conviction qu'il était peu habitué à ces sortes d'assemblées, car il portait un vilain habillement qui semblait avoir été fait par un mauvais tailleur de campagne. Son linge était grossier et pas très-propre. II y avait , je me rappelle , une tache ou deux de sang sur
i. Ce pays eot beaucoup plus à se louer que l'Angleterre de l'administration de Strafford. Cet homme énergique employa toute la fermeté de son caractère à tempérer tout à la fois le zèle persécuteur des évêques anglicans et le zèle séditieux des moines catholiques. Jamais l'Irlande n'avait été moins malheureuse que suus son gouvernement.
chàrlss i"" (1625-1649). 43
8CH1 rabat Son chapeau n'avait pas de cordon. Il était de moyenne taille ; son épée était fixée à son côté ; il avait Fair opiniâtre et animé. Sa voix était aigre et discordante, et sa parole pleine de ferveur. »
L'ardeur de Charles et de ses ministres à se venger des écossais était telle que Strafford, à peine remis d'une maladie qui l'avait conduit aux portes du tombeau , se mit en marche pour le nord. 11 devait, d'après la volonté du roi, eommander lui-même l'armée destinée à combattre les Écossais. On lui annonça, en route, que ces derniers, prenant l'offensive, étaient entrés en Angleterre (21 août), et qu'ils avaient battu à Newburne (27 août), presque sans résistance, le premier corps anglais qui s'était trouvé sur leur chemin. En effet, les soldats de Charles V" souhaitaient le triomphe des presbytériens, qu'on les envoyait combattre. Quand l'armée anglaise se trouva en face des Écossais, elle s'abandonna à l'indiscipline et même à de violents murmures; elle voyait le covenaut flotter écrit sur leurs drapeaux ; elle entendait le tambour appeler les troupes au sermon et leur camp retentir, au lever du soleil , du chant des psaumes et des prières. À ce spectacle , aux récits qui leur parvenaient de la pieuse ardeur et des dispositions amicales de l'Ecosse pour le peuple anglais , les soldats s'attendrissaient et s'indignaient tour à tour, maudissant cette guerre impie, et déjà vaincus, car ils croyaient combattre leurs frères et leur Dieu. Arrivés au bord de la Tyne, les Écossais, sans démonstration hostile , demandèrent la permission de passer. Une sentinelle anglaise fit feu , quelques coups de canon lui répondirent ; à peine une action fut engagée ; l'armée se dispersa , et Strafford n'en prit le commandement que pour se replier jusqu'à York , laissant les Écossais occuper sans obstacle le pays et les places situés entre cette ville et la frontière des deux royaumes.
Ctequièine parlement, dit Ions parlement (S nov. 4tt4e)9
suppliée de Strafford (tS-it).
Le presbytérianisme écossais triomphait pour la seconde fois. Le roi, ne pouvant plus compter sur son armée, et à
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bout d'argent, recourut à un cinquième parlement. Ci'est ce long parlement qui allait faire expier aux Stuarts et leur , despotisme et celui des Tudors. Aja moment où la monarchie absolue s'établissait et se consolidait dans tout le reste de FEurope, la liberté allait trouver un refuge et son triomphe dans l'île de Bretagne.
Le 6 novembre 1640, jour fixé pour l'ouverture du parlement, Charles se rendit à Westminster sans pompe, presque sans suite, non à cheval et le long des rues, selon l'usage, mais par la Tamise, dans une simple barque, craignant les regards comme un vaincu qui suit le triomphe de son vainqueur. Les députés, au contraire, avaient conscience de leur force et de leur bon droit; jamais les visages n'avaient paru si fiers en présence du souverain. Dès le début de la session , quarante comités furent institués dans la chambre pour rechercher les abus et recevoir les plaintes des citoyens. Bientôt, à l'improbation des acte» se joignit la proscription générale des auteurs. Tout agent de la couronne , quel que fût son rang, qui avait pris part à l'exécution des mesures réprouvées, fut marqué du nom de délinquant. Dans chaque comté, une liste des délinquante fut dressée. Aucune peine uniforme et définitive ne fut portée contre eux^ mais ils pouvaient chaque jour, au gré de la chambre, au moindre prétexte de nouvelle défaveur, être appelés devant elle , et punis par des amendes, l'emprisonnement ou la confiscation. Quant à celui que la haine publique ne désignait que sous le nom du grand délinquant, la peine capitale semblait seule capable de lui faire expier son apostasie et son long despotisme.
Traître à la cause des libertés publiques , conseiller ou exécuteur impitoyable de toutes les mesures de rigueur, Strafford a cependant rencontré de nombreuses sympathies. En présence de sa fin héroïque , en présence surtout de la générosité avec laquelle il offrit sa vie à son souverain , on a oublié toutes ses fautes. Mais l'histoire doit rappeler qu'elles furent énormes, et ceux qui accusent de cruauté les ennemis du ministre ne savent pas à quel point luimôme se montrait implacable. Lorsque Hampden , cet
homme si doux, si affable, qui était aimé même de ses adversaires, fut mis en jugement , Wentworth écrivit à Laud qu'il désirait que Hampden et toutes les personnes qui lui ressemblaient fussent fouettés jusqu'au sang , de manière que la corde s'usât sur leur dos. En Irlande, il déploya de grands talents, mais aussi la plus grande dureté. Lord Mountnorris , vice- trésorier d'Irlande , ayant blâmé amèrement l'administration du lord député, celui-ci le traduisit, pour ce seul fait, devant une cour martiale qu'il présidait lui-même en sa qualité de commandant en chef. Mountnorris fut condamné à payer une amende considérable et à être ensuite fusillé. Le roi ne voulut pas que la dernière partie de la sentence fût exécutée , mais Mountnorris fut jeté en prison; on le sépara de sa femme et de ses enfants; on le dépouilla de tous ses emplois, et sa place de vice-trésorier fut donnée à un ami de Wentworth. Lorsque Strafford marcha contre les Écossais, il arriva, de plusieurs comtés, des pétitions pour supplier le roi de faire la paix. Les lords Wharton et Howard se hasardèrent à en présenter une; Strafford les fit arrêter , convoqua un conseil de guerre et demanda qu'ils fussent fusillés en tête de l'armée comme fauteurs de la révolte. Il ne renonça à son projet de vengeance que sur l'observation de lord Hamilton, homme investi, comme lui, de la confiance de Charles, et qui lui fit observer qu'il n*était pas sûr que les soldats consentissent à exécuter la sentence. Après de tels faits, qu'il nous serait &cile de multiplier , on doit comprendre la haine de la nation pour Strafford , et s'il la méritait.
Un (les membres les plus influents du parlement , Pym , avocat presbytérien qui , dès le règne de Jacques P' , avait attaqué Ij^s tendances despotiques du gouvernement, proposa aux communes de mettre Strafford en jugement comme criminel de haute trahison. Le ministre fut, en effet, traduit devant la chambre des lords , et , pendant dix-sept jours, il discuta seul contre treize accusateurs qui se relevaient tour à tour, les faits qui lui étaient imputés. Un grand nombre furent prouvés invinciblement, pleins d'iniquités et de tyrannie. Mais la chambre des Iprds n'était pas disposée à
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condamner comme entachés de haute trahison des actes ayant pour but d'assurer au roi une autorité même illégale, et les communes , pour frapper l'ennemi des libertés publiques, durent recourir à un bill d'attainder que n'osa pas rejeter la chambre haute.
Dès lors il ne manquait plus pour l'exécution de Strafford que l'adhésion du roi. Charles ne pouvait se dissimuler ce qu'il y aurait d'inf&me à sacrifier un loyal serviteur qui , après tout, n'avait amassé sur lui-môme l'exécration publique que pour l'avoir trop bien servi ; mais la reine, épou-* vantée chaque jour par de nouvelles émeutes, de tout temps ennemie de Strafford, et craignant même, dit-on, d'après les rapports de quelques affidés, qu'il ne se fût engagé, pour sauver sa vie, à révéler tout ce qu'il savait des intrigues our« dies par elle avec quelques officiers pour faire chasser le parlement par l'armée, vint assiéger son mari de ses soupçons et de ses terreurs. Son effroi était si grand qu'elle voulait s'enfuir, s'embar(}uér, retourner en France ^ et faisait déjà ses préparatifli de départ. Troublé des pleurs de sa femme i hors d'état de se résoudre seul< Charles Convoqua d'abord un conseil privé, puis les évéques. Le seul évéque de Londres , Juxon , lui conseilla de suivre sa conscience ; tous les autres, l'évéque de Lincoln surtout, prélat intrigant» le pressèrent de sacrifier un individu au trône, sa conscience d'homme à sa conscience de roi. Comme le roi sortait de cette conférence, une lettre de Strafford lui fut remise: « Sire, lui écrivait le comte, après un long et rude combat, j'ai pris la seule résolution qui me convienne : tout intérêt privé doit céder au bonheut de votre personne sacrée et de l'Ëtat ; je vous supplie d'écarter, en acceptant ce bill , l'obstacle qui s'oppose à un heureux accord entre v^us^ et vos sujets. Mon consentement, sire, vous acquittera plus devant Dieu que tout ce que pourraient faire les hommes ; nul traitement n'est injuste envers qui veut le subir. Mon âme, près de s'échapper ^ pardonne tout et fa tous avec la douceur d'une joie infinie. Je vous demande seulement d'accorder à mon pauvre fils et à ses trois sœurs autant de bienveillance, ni plus ni moins qu'en méritera leui^ mal-
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heureux père, selon qa'il paraîtra un jour coupable ou in- Docent. "
Le lendemain , le secrétaire d'État, Carlton, vint, de la part du roi, annoncer à Strafford qu'il avait consenti au bill fatal. Quelque surprise parut dans les regards du comte, et pour toute réponse, il leva les maitis au ciel, disant : « iVoliteconfidere principibus et filiis hominumy quia non est mIus in illis; ne vous fiez ni aux princes ni aux fils des hommes, parce que votre salut n*est pas en eux. » Le gouverneur de la Tour, chargé d'accompagner Strafford, l'engagea à prendre une voiture pour échapper aux violences du peuple : « Non , monsieur, lui dit le comte; je sais regarder la mort en face, et le peuple aussi. Que je ne m'échappe point, cela vous suffit; quant à moi, que je meure par la main du bourreau ou par la furie de ces gens-là, si cela peut leur plaire, rien ne m'est plus indifférent. » Et il sortit à pied , précédant les gardes et promenant de tous c6tés ses regards , comme s'il eût marché à la tête de ses soldats. En passant, devant la prison de Laud, incarcéré et niis en accusation presque en même temps que lui , il s'arrêta; la veille, il l'avait fait prier de se trouver à la fenêtre et de le bénir au moment de son passage : « Milord I dit-il en élevant la tête , votre bénédiction et vos prières 1 » L'archevêque étendit les bras vers lui ; mais d'un cœur moins ferme et affaibli par l'&ge, il tomba évanoui. « Adieu , mijord, dit Strafford en s'éloignant; que Dieu protège votre innocence I » Arrivé au pied de l'échafaud , il y monta avec ^urance, pardonna au bourreau, pria, posa sa tête sur le billot et donna lui-même le signal (12 mai 1641). Sa tête tomba ; le bourreau la montra au peuple en criant : « Dieu sauve le roi! » Quatre ans plus tard, Laud^ frappé égaleni^nt par un bill A*attainder^ porta sa tête sur l'échafaud , 'e 10 janvier 1645.
^MsMre général dM protestante d'Irlande ( tt oet. te4fl )•
« Dieu sauve le roi ! » Quelle amère dérision que ce cri poussé par le bourreau lorsqu'il tenait entre ses mains la ^^ô du plus zélé serviteur de Charles !•'. Mais tout tournait
contre le coupable monarque. A la fin d'octobre arriva subitement la nouvelle qu'une insurrection générale couvrait rirlande de sang, et menaçait du plus imminent danger la religion protestante et le parlement. Les catholiques irlandais, chefs et peuple, s'étaient partout soulevés, réclamant la liberté de leur foi, de leur patrie, invoquant le nom de la reine, du roi même, déployant une commission qu'ils avaient, disaient-ils, reçue de lui , et annonçant le projet de se délivrer, eux et le trône, des puritains anglais, leurs communs oppresseurs. La conspiration, depuis longtemps ourdie dans tout le royaume, n'avait été trahie que par hasard, à Dublin seulement, la veille du jour où elle devait éclater; et à peine avait-on eu le temps d'en préserver le chef-lieu du gouvernement. Ailleurs son explosion n'avait rencontré presque aucun obstacle ; partout les protestants d'Irlande, attaqués à l'improviste, étaient chassés de leurs biens, poursuivis, égorgés, livrés à tous les supplices que la haine reli- ' gieuse et patriotique peut inventer contre des hérétiques, des étrangers et des tyrans. Cent trente mi)le, suivant les uns, quarante mille, selon les autres, périrent. Un cri d'épouvante et de fureur contre le papisme s'éleva dans toute l'Angleterre; tout protestant se crut eo danger. Charles était étranger à l'insurrection, et la prétendue commission que produisait sir Phelim O'Neil n'était qu'une grossière imposture; mais sa haine connue pour les puritains, la confiance qu'il avait plus d'une fois témoignée aux catholiques, les intrigues que depuis trois mois il entretenait en Irlande pour s'y ménager au besoin des places fortes et des soldats , enfin les promesses de la reine avaient persuadé aux Irlandais qu'ils pouvaient, sans craindre un désaveu sincère, se prévaloir de son nom. C'était ce que comprenait très-bien la nation anglaise, et les massacres d'Irlande ne firent que creuser plus profondément l'abtme qui se faisait chaque jour entre elle et le monarque.
«nérre civile (leât-tSAS).
En efiet, le parlement, qui n'avait aucune confiance dans la bonne foi de Charles, ne croyait pouvoir se contenter du
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redressement des anciens griefs et prenait peu à peu possession du gouvernement, dirigeant l'emploi des subsides, réfonnant les jugements des tribunaux, et désarmant l'autorité royale en proclamant sa propre indissolubilité. Le 22 novembre 1641, il votait au roi une remontrance sur Vétat du royaume. Ce document fameux se composait de deux cent six articles. Les communes y avaient énuméré longuement, minutieusement , avec aigreur, tous les griefs de la nation depuis le commencement du règne ; c'était une sorte d'appel au peuple. Plusieurs membres de Fopposition, trouvant l'attaque trop violente, s'abstinrent, et la remontrance ne passa qu'à une majorité de onze voix. « Si elle n'avait pas passé , dit Cromwell à lord Falkland en sortant de la salle, j'aurais vendu tous mes biens et j'aurais été m'établir dans la Nouvelle-Angleterre. » Déjà , quelques années aupa* ravant, il avait été sur le point de partir pour l'Amérique : au moment où un ordre du conseil interdit les émigrations, huit vaisseaux, prêts à faire voile, étaient à l'ancre dans la Tamise ; sur l'un étaient déjà montés Pym , Hampden et Cromwell. L'agitation fut bien plus grande encore lorsque, le 15 décembre, les communes eurent voté l'impression de la remontrance; c'était traduire le roi à la barre de l'opinion publique. Huit jours auparavant , le 7 décembre , les communes avaient voté un bill fameux, militia-bill, en vertu duquel l'organisation de l'armée et la nomination de ses chefs n'auraient lieu dorénavant qu'avec le concours du parlement. Ce bill déplaçait en quelque sorte la royauté; et pourtant la conservation de la liberté et du protestantisme en dépendait. Les armes légales allaient devenir inutiles.
Le 3 janvier 1642, Charles, à Tinsu des royalistes les plus intelligents et les plus fidèles, tels que Falkland, Hyde et Colepepper, commença l'attaque, en sommant la chambre basse de lui livrer cinq de ses membres les plus influents. Un héraut d'armes vint réclamer en son nom Hampden, Pym, HoUis, Haslerig et Strode; mais l'orateur refusa de les laisser emmener. Le jour suivant, 4 janvier, on annonça que le roi s'approchait des communes, escorté de trois à
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quatre cents hommes armés. A son entrée , tous les membres se levèrent et se découvrirent. « A ce que je vois, ditil en portant ses regards sur rassemblée, les oiseaux se sont envolés.... Vous me les enverrez; autrement je saurai trouver moyen de les mettre en cage. » Privilège ! privilège ! cria-t-on quand le roi quitta la salle, par allusion au privilège d'inviolabilité des cinq membres menacés d'arrestation. Bientôt Charles apprit que le peuple, les milices et les mariniers même de la Tamise s'apprêtaient à ramener en pompe à Westminster les cinq membres qui en étaient partis à l'approche du roi. «Quoil s'écria-t-il , ces rats d'eau mêmes m'abandonnent I » De toute la population de la capitale c'était en effet sur les bateliers que Charles comptait le plus. Le coup d'État ayant échoué, il sortit de Londres pour commencer la guerre civile (10 janvier 1642).
Le parti du parlement avait l'avantage de l'enthousiasme et du nombre : il avait la capitale, les grandes villes « les ports, la flotte. Le roi avait la plus grande partie de la no-» blesse, plus exercée aux armes que les troupes parlementaires. Dans les comtés du nord et de l'ouest, les royalistes ou cavaliers dominaient ; les parlementaires ou têtes rondes^ dans ceux de l'est, du centre et du sud-est, les plus peuplés et les plus riches. Ces derniers comtés, contigus les uns aux autres, formaient comme une ceinture autour de Londres.
Le roi, qui avait arboré son étendard à Nottingham, marcha sur la capitale ; mais la bataille indécise de Edge- Hill , dans le comté de Warwick , sauva les parlementaires* Us eurent le temps de s'organiser. Le comte d'Essex commandait leurs troupes. Plusieurs nlembres des communes prirent les armes. Hampden leva dans le Buckinghamshire un régiment d'infanterie parmi ses propres tenanciers, ses amis et ses voisins. Ce régiment se distingua par son excellente discipline, et son chef devint aussi bon soldat qu'il était bon orateur. Son étendard portait d'un côté la devise du parlement : Dieu est avec nous , et de l'autre la
1. Les puritains portaient leurs cheveux très-courts, d'où le surnom de tètes rondes, tandis que les cavaliers les avaient très-longs et flottants jusque sur les épaules , ainsi qu'on peut le voir dans le beau portrait de Charles lui-même par Van Dyck.
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devise même du patriote : Vestigia nulla retrorsum. Cet intrépide champion de la liberté devait trouver la mort à la bataille de Chalgrove-Field , le 18 juin 1643. Cromwell, devenu colonel, forma, dans les comtés de Test, avec les fils de fermiers, avec les yeomen^, des escadrons de volontaires qui opposèrent Tenthousiasme religieux aux sentiments d'honneur qui animaient les cavaliers. Le parlement vainquit encore à Newbury, dans le Berkshire. La lutte fut des plus acharnées (26-28 septembre 1643), et coûta la vie à plusieurs chefs des cavaliers, notamment à lord Falkland, l'honneur du parti royaliste, toujours patriote quoique proscrit par le parlement, toujours respecté du peuple quoique mi* nistre de Charles P'^ et que l'Angleterre tout entière pleura pour sa science. Après cette victoire, le parlement unit sa cause à celle de l'Ecosse par un covenant solennel (1643).
Les intelligences du roi avec les highlanders, restés pour la plupart catholiques, tandis que les basses terres étaient presbytériennes, et avec les papistes irlandais, avaient accéléré ce rapprochement inattendu de deux peuples jusque-là ennemis. On assurait qu'un grand nombre de papistes irlandais étaient mêlés aux troupes rappelées de leur île par le roi ; que des femmes mêmes, armées de longs couteaux, et sous un accoutrement sauvage, avaient été vues dans leurs rangs. Le parlement ne voulut point recevoir les lettres de celui que le roi avait convoqué à Oxford, et poussa la guerre avec une nouvelle vigueur. L'enthousiasme avait porté quelques familles à se priver d'un repas pour en offrir au parlement la valeur ; une ordonnance convertit cette offre en une taxe obligatoire pour tous les habitants de Londres et des environs. Le neveu du roi, le prince Robert ou Rupert, fils du malheureux électeur palatin Frédéric V, fut défait (3 juillet 1644) à Marston-Moor (vingt kilomètres d'York), après une lutte acharnée, par l'invincible obstination des saints de l'armée parlementaire, des cavaliers de Cromwell, qui reçurent sur le champ de bataille le surnom de côtes de fer ; ils auraient pu envoyer au par«-
t. hSLyeomanry serait notre garde nationale rurale mobilisée pour un moment , si celle-ci ne se composait que de fermiers ou de petits propriétaires.
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lement plus de cent drapeaux ennemis, si, dans leur enthousiasme, ils ne les avaient mis en pièces pour en orner leurs bonnets et leurs bras. Le roi perdit York et tout le nord. La reine se sauva en France.
Ce désastre sembla un instant réparé. Le roi avait fait capituler, dans le comté de Cornouailles , le comte d'Essex, général du parlement. Les bandes irlandaises avaient débarqué en Ecosse, et Montrose, Tun des plus vaillants cavaliers, ayant paru tout à coup dans leur camp , en costume de montagnard, avait gagné deux batailles, soulevé les clans du nord, et, semé Teffroi jusqu'aux portes d'Edimbourg. Déjà le roi marchait sur Londres ; le peuple fermait les boutiques, priait et jeûnait, lorsqu'on apprit qu'il avait été défait à Newbury pour la seconde fois. Les parlementaires avaient fait des prodiges : à la vue des canons qu'ils avaient perdus naguère dans le comté de Cornouailles, ils se précipitèrent sur les batteries royales, ressaisirent leurs pièces et les ramenèrent en les embrassant.
Alors la mésintelligence éclata entre les vainqueurs. Car il ne faudrait pas croire qu'il n'y eût que deux partis, les an glicans-royalistes et les presbytériens-parlementaires. Yoici quelles croyances religieuses et politiques se partageaient l'Angleterre.
Enamération de« diver* partie.
1"^ Les catholiques^ très-peu nombreux, si ce n'est parmi les gentilshommes des comtés du nord-ouest, tenaient pour l'autorité du pape en matière spirituelle, et pour l'autorité du roi m matière temporelle.
2® Les anglicans ou épiscopaux tenaient, en religion, pour la suprématie spirituelle du roi, ainsi que pour la juridiction spirituelle et temporelle des évéques, tandis qu'ils déniaient au pape toute espèce de pouvoir ; en politique, pour la prérogative ou autorité à peu près absolue du monarque.
3° Les presbytériens admettaient la royauté, mais une royauté tempérée par le parlement et dont les pouvoirs devaient être nettement définis par la loi. Dans la hiérarchie religieuse , s'ils consentaient , par une déférence purement
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honorifique, à laisser le roi au sommet, ils ne voulaient pas plus des évéques que du pape et demandaient Pégalité entre tous les prêtres. Des synodes ou conseils composés des anciens OM presbyters y soit laïques, soit ecclésiastiques , élus par leurs frères, devaient remplacer les évoques. Leur clergé adressait à Dieu des prières d'inspiration , des invocations formulées à l'instant même et sous l'impression du moment , tandis que le clergé anglican affectait , à l'imitation du clergé catholique, de s'astreindre toujours à des formules invariables. Tandis que les anglicans avaient conservé le surplis, ainsi que les sons majestueux de l'orgue, quelquefois même les peintures et les sculptures de V idolâtrie papiste ; tandis qu'ils communiaient à genoux et faisaient le signe de la croix sur les enfants baptisés , les presbytériens communiaient assis, rejetaient le surplis, proscrivaient du temple toute musique , toute peinture , toute sculpture , et s'abstenaient dans le baptême du signe de la croix.
4'' Les indépendants avaient, en politique comme en religion, des tendances beaucoup plus avancées encore que celles des presbytériens : en politique, ils penchaient pour la forme républicaine; en religion, non - seulement ils ne voulaient ni pape ni évêques, mais même ils ne trouvaient pas les simples ministres indispensables. Suivant eux, tout homme, dès qu'il se sentait animé de l'Esprit saint, pouvait, sans avoir reçu aucune consécration, monter en chaire et prendre la direction momentanée d'un troupeau de fidèles, ils repoussaient énergiquement , comme antichrétienne, toute division de la société en laïqties et ecclésiastiques. « Vous voulez pouvoir à votre aise , disait Cromwell aux prêtres catholiques d'Irlande, brider, seller, monter, éreinter ces pauvres laïques. » Les indépendants demandaient également que, dans l'intérêt de la liberté de penser, le pouvoir séculier s'abstînt de toute intervention et surtout de toute répression dans les matières religieuses. Aussi voyaient-ils se rattacher à eux, du moins à ce point de vue, les déistes , et notamn&ent Algemon Sidney, le plus illustre datons. Âpdtre de la tolérance, surtout en paroles, Cromwell s'écriait encore : « Il faut nous conserver dans l'amour de
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Dieu, et non pas détruire les hommes parce qu'ils ne veulent pas croire comme nous. » Ce fut lui qui permit aux juifs de bâtir une synagogue à Londres, d'où leur culte avait été proscrit depuis le xiii* siècle.
5"" Enfin les indépendants devaient être, à leur tour, dépassés par les niveleurs (levellera)^ c'est-à-dire par Tanarchie personnifiée. Ces derniers voulaient l'égalité la plus complète, égalité politique, égalité religieuse, égalité so* ciale. C'est ainsi que, dans une association de fidèles, chacun devait exercer à son tour les fonctions de prêtre ; dans un régiment, chacun à son tour, les fonctions de colonel.
L'absurdité de semblables doctrines suffit pour montrer que les niveleurs devaient être peu nombreux et peu dangereux. D'autres énergumènesS tels que les brownistes, les fennilistes, et cent autres sectes qui allaient jusqu'à prêcher la polygamie , l'étaient encore moins. Il n'en était pas de même des indépendants. Ce dernier parti était un mélange d'enthousiastes, de philosophes et de libertins; mais il tirait son unité d'un principe , le droit à la liberté de croyance , et ce principe devait lui donner la victoire sur des adversaires moins énergiques et moins conséquents. Pendant que les presbytériens croient préparer la paix par de vaines négociations avec le roi, les indépendants s'emparent de la guerre : Cromwell, leur chef, déclare que les puissants la prolongent à dessein, et la chambre, entraînée par le désintéressement ou par la crainte de perdre sa popularité, décide que chacun renoncera à soi-même, et que les membres du parlement n'exerceront plus aucune charge civile ni militaire.
Cromwell trouva le moyen, par de nombreux succès, de se faire exempter de la règle commune, et les indépendants défirent l'armée royale à Naseby, près de Northampton , le
1. Il y avait notamment : les anabaptistes^ suivant lesquels la propriété est inter' dite à tout chrétien: tout ce que chacun possède doit être mis en commun ; ta polygamie est permise ; les fouilleurs ou déracineurs , autre espèce de fous qui s'emparaient des bruyères et des champs en friche; les mt/^enatras qui attendaient le règne temporel du Christ, lequel allait bientôt commencer pour durer mille ans ; les antinomiens gui pensaient que la loi est inutile à ceux qui sont ré-
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14 juin 1645. Les papiers du roi trouYés après la victoire, et lus publiquement à Londres, prouvèrent que, malgré ses protestations mille fois répétées , il appelait les étrangers et particulièrement les Irlandais catholiques.
En Ecosse, le parti royaliste éprouvait dans sa fortune les alternatives les plus diverses. Son chef, James Graham, d'à* bord comte, puis marquis de Montrose, était un homme for* tementtrempé, que son ambition ardente appelait aux grandes actions, et qui, confiant dans son courage et dans ses talents, entreprenait souvent de trop grandes choses avec de faibles moyens. Il était poète et savant, profond dans Fart de la guerre et possédant une force de corps et une activité d*es* prit qui le rendaient capable de supporter toutes les fatigues comme de trouver un remède à chaque revers de fortune. Le cardinal de Retz pensait que le comte de Montrose rappelait plus qu'aucun homme de son siècle les héros de Plutarque. D'abord partisan du covenant, Montrose, malgré les services rendus à la cause presbytérienne, avait eu la mortification de voir que le comte d'Argyle, l'ancien ennemi féodal de sa maison , lui était préféré par les chefs de son parti, et principalement par le clergé. Il abandonna donc le parti qui le méconnaissait pour passer du côté du roi^ et obtint , dès le début de ses attaques contre les presbytériens écossais, de rapides et importants succès. Malheureusement sa petite armée ne s'était guère recrutée que parmi les montagnards. Ceux-ci, après leurs victoires^ se hâtèrent de retourner dans les hautes terres pour y enfouir leur butin. Abandonné par eux, Montrose fut surpris et défait par les oovenantaires écossais, dont une armée enva* bit le nord de l'Angleterre.
A peu près à la même époque, le prince Rupert, jusquelà connu par son courage impétueux , avait rendu Bristol à la première sommation. Charles allait être assiégé dans Oxford, qu'il ne pouvait défendre; il en sortit, erra quelque temps de ville en ville, de château en château, changeant sans cesse de déguisement. Il s'arrêta sur les hauteurs de Harrow, à seize kil. N. 0. de Londres, hésitant s'il ne rentrerait pas dans sa capitale, qu'il apercevait de loin. Enfin, le
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7 mai 1646, il se retira par lassitude plutôt que par choix: dans le camp des Écossais , où le résident de France lui faisait espérer un asile, et où il s'aperçut bientôt qu'il était prisonnier.
Ses hôtes assiégeaient alors Newark, près d'Oxford. Ils ne lui épargnèrent pas les outrages. Un ministre écossais, préchant devant lui à Newcastle, désigna aux chants de l'assemblée le psaume li , qui commence par ces mots : « Tyran, pourquoi te glorifies-tu dans ta malice et te vantestu de tes iniquités? » Le roi, se levant tout à coup, entonna, au lieu de ce verset, le psaume lvi : u Aie pitié de moi, mon Dieu, car mes ennemis m'ont foulé aux pieds tout le jour, et il y en a beaucoup qui me font la guerre ; » et d'un commun élan, toute l'assistance se joignit à lui. Cependant les Écossais, désespérant de lui faire accepter le covenant, le livrèrent (30 janvier 1647) aux Anglais, qui offraient de leur payer les frais de la guerre évalués à dix millions de francs. Mais tout en profitant de la cupidité des Écossais, les An* glais ne se firent pas faute de leur reprocher leur avarice et leur trahison, dans ce refrain populaire :
L'Écossais traître à sa foi , Pour un liard vendit son roi.
Captivilé de Charles; latte entre le0 presbytérien» et les
indépendant» (te4V-te4S).
Si en présence d'un péril commun les indépendants et les presbytériens avaient eu beaucoup de peine à s'entendre, que devait-ce être après la victoire ? Luttant déjà entre eux pour le pouvoir, le roi allait être une proie de plus à se disputer. Comme les presbytériens dominaient dans le parlement et les indépendants dans l'armée, l'antagonisme se concentra entre ces deux corps. Le parlement maître de la personne du roi enfermé à Holmby, non loin de Nottingham, ne voyait plus de nécessité de conserver l'armée dans son intégrité. Il voulait ne garder que les régiments indispensables pour marcher contre les catholiques irlandais et licencier les autres. Mais l'armée sentait sa force et n'était pas disposée à céder aux injonctions des avocats du parlement.
Fairfax, qui avait remplacé dans le commandement un zélé presbytérien, le comte d'Essex, était soldat avant tout, et ne se prononçait bien formellement pour aucun des deux partis. Toutefois sa neutralité importait peu aux indépendants qui avaient dans Cromwell, devenu lieutenant général, et dans Ireton commissaire général de la cavalerie, leurs véritables chefs. Le futur protecteur faisait grand cas de son camarade, personnage doué de qualités précieuses et dans lequel le soldat était enté sur le jurisconsulte, le saint sur Thomme d'État. Il lui donna en mariage sa fille Brigitte. Comme à chaque pétition des officiers et des soldats demandant l'arriéré de leur solde , et souvent d'un ton peu respectueux, les presbytériens éclataient en menaces , Cromwell un jour se pencha vers Ludlow, zélé républicain, assis à côté de lui : « Ces gens-là, dit-il, n'auront pas de repos que l'armée ne les ait mis dehors par les oreilles. » La colère fit bientôt place, chez les presbytériens, à l'inquiétude. L'armée entière, armée composée, rappelonsnous-Ie, non pas de mercenaires, de soldats enrôlés par force, mais de volontaires qui s'étaient levés spontanément pour défendre leurs croyances politiques et religieuses, se concertait, s'érigeait en pouvoir indépendant, rival peut-être , et avait déjà son propre gouvernement. Deux conseils, composés l'un des officiers, l'autre des agents ou agitateurs nommés par les soldats y réglaient toutes ses démarches, et se préparaient à négocier en son nom. Tout était prévu pour soutenir cette organisation naissante ; chaque escadron , chaque compagnie nommaient deux agitateurs. Toutes les fois que, leur réunion devenait nécessaire chaque soldat donnait quatre pence (quarante centimes) pour suffire aux frais, et les deux conseils ne devaient jamais agir qu'en commun.
En présence d'un si grand danger, la majorité presbytérienne du parlement ne vit qu'un moyen de salut, traiter avec le roi, et elle y était d'autant mieux disposée, que jamais elle n'avait voulu anéantir, mais seulement limiter l'autorité royale. Déjà, à Westminster et dans la cité dont les bourgeois étaient tous presbytériens, on s'entretenait de l'espoir
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que le roi se réunirait bientôt à son parlement , quand, le 4 juin 1647, arriva tout à coup la nouvelle, que la veille il avait été enlevé de Hoimby par un détachement de sept cents hommes,et que Tarmée le tenait en son pouvoir à Nev^market. Le commandant de cette expédition était un agent de Cromwell, nommé Joyce, qui de tailleur était devenu cornette. Le lieutenant général, formellement accusé par un de ses collègues du parlement, par Grimstone, presbytérien énergique, se leva, puis tombant à genoux, fondant en larmes, avec une véhémence de paroles, de sanglots et de gestes qui saisit d'émotion ou de surprise tous les assistants, il se répandit en pieuses invocations, en ferventes prières, appelant sur sa tête, si quelque homme dans tout le royaume était plus fidèle que lui à la chambre, toutes les condamnations du Seigneur. Se relevant ensuite, il parla plus de deux heures, du parlement, du roi, de Tarmée, de ses ennemis, de ses amis, de lui-même; abordant et mêlant toutes choses, humble et audacieux, verbeux et passionné, répétant surtout à la chambre qu'on Tinquiétait à tort, qu'on la compromettait sans motif, que, saufquelques hommes dont les regards se tournaient vers la terre d'Egypte, officiers et soldats, tous lui étaient dévoués et faciles à retenir sous sa loi. Tel fut enfin son succès, que lorsqu'il se rassit, l'ascendant avait passé à ses amis, et que, « s'ils l'eussent voulu, disait trente ans après Grimstone lui-même, la chambre nous eût envoyés à la Tour, les deux officiers qui me servaient de témoins et moi , comme calomniateurs. » Mais Cromwell était trop clairvoyant pour s'abuser sur la valeur de son succès. Il comprit que de telles scènes ne pouvaient se reproduire, et, le soir même de ce grand triomphe, il quitta Londres secrètement, pour aller rejoindre l'armée. Celui-ci, aussitôt , marcha sur la capitale. Elle y entra triomphante , le 6 août 1647 , et escortant plus de soixante membres qui, hostiles à la majorité presbytérienne, étaient venus chercher un asile dans ses rangs.
Cependant, depuis que le roi était passé des mains du parlement dans celles de l'armée, les chefs de cette dernière n'avaient cessé de négocier avec lui. Ils étaient même tout
disposés à lui accorder des conditions beaucoup plus favorables que celles dont la majorité presbytérienne ne voulait point se départir. Au premier abord, une telle anomalie s'explique difficilement, puisque les presbytériens voulaient sincèrement la monarchie, tandis que les indépendants s'en souciaient fort peu. Mais les chefs de Tarmée désiraient à tout prix annuler les presbytériens, et pour atteindre ce but ils ne se refusaient pas à s'entendre avec le roi, surtout si celui-ci promettait de les récompenser largement. Lorsque Charles se vit courtisé par Cromwell , Ireton et quelques autres généraux, il crut qu'il pourrait à la fois se jouer d'eux et du parlement, grâce à leur antagonisme, et finir par ne rien accorder du tout ni aux indépendants ni aux presbytériens; mais il devait payer cher sa duplicité.
Les généraux avaient donné au roi, pour prison, son palais de Hampton-Court. Un des espions que Cromwell y entretenait, lui fit un jour passer l'avis qu'il partait du château une lettre adressée à la reine, et qui contenait les vrais desseins de Charles envers l'armée et ses chefs. La lettre, cousue dans une selle que portait sur sa tête un homme qui n'était point dans le secret, devait arriver vers dix heures du soir à l'auberge du Sanglier Bleu, dans Holborn, où un cheval était préparé pour conduire l'homme à Douvres, d'où le paquet passerait en France. Cromwel et Ireton se rendirent à l'auberge indiquée. A l'approche du messager, ils sortirent l'épée à la main, se saisirent de la selle sous prétexte qu'ils avaient ordre de tout visiter, l'emportèrent dans un cabinet, en fendirent les bords, y trouvèrent la lettre, refermèrent la selle avec soin, et la rendirent au messager. Charles écrivait à la reine que les deux factions le recherchaient également, qu'il se joindrait à celle dont les conditions seraient pour lui meilleures, et qu'il croyait même traiter plutôt avec une troisième faction , avec les presbytériens écossais, qu'avec l'armée ou le long parlement : «Du reste, ajoutait-il, je suis seul au fait de ma situation; sois tranquille sur les concessions que je pourrais faire; je saurai bien, quand il en sera temps, comment il faut se conduire avec ces drôles-là, et au lieu d'une jarretière de
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soie (allusion à Tordre de la jarretière), je les accommoderai d'une corde de chanvre. » 11 était donc bien évident pour Cromwell qu'il n'y avait pas moyen de se fier au roi. Dès ce moment il commença à viser plus haut, et songea k soustraire le roi à l'armée, comme il l'avait enlevé au parlement. Charles, épouvanté par des avis menaçants, s'échappa et passa dans l'ile de Wight, où il se trouva à la disposition de Cromwell.
La ruine du roi fut le sceau de la réconciliation deCromwell avec les républicains. li avait été forcé de réprimer la faction des niveleurs. Un jour qu'il passait en revue neuf régiments, certains cris se firent entendre; les soldats d'un de ces régiments, que commandait Robert Lilburne, frère de John, le pamphlétaire le plus audacieux du parti, parurent même devant lui, portant attaché à leur bonnet un écrit séditieux intitulé : V Accord du peuple^ avec cette inscription : « Droits des soldats. » Il leur arracha cet écrit, fit sortir des rangs quatorze des plus mutins, ordonna l'exécution immédiate de l'un d'eux, Richard Ârnell, devant le front de son régiment, et envoya les autres en prison.
Mais Cromw^ell n'avait garde de se brouiller pour toujours avec un parti si énergique. Il le regagna en battant dans le pays de Galles les cavaliers qui avaient de nouveau repris les armes, en leur prenant leur dernier asile, le château de Pembroke, puis en mettant en pleine déroute, près de Près ton , sur les bords de la Ribble , le 18 août 1648 , les presbytériens écossais qui , satisfaits des promesses de Charles, s'avançaient pour le tirer des mains des républicains anglais. Non content de cette victoire , due à la rapidité de ses mouvements et à l'ardeur de ses soldats peu nombreux, mal vêtus, mal nourris, mais suppléant à tout par leur enthousiasme , l'infatigable Cromwell pénétra jusqu'à Edimbourg , y fut reçu avec joie par les presbytériens rigides qui avaient fortement blâmé les presbytériens moderés de s'être armés en faveur de Charles , et reprit la route de Londres plus puissant que jamais. Le long parlement n'avait pu s'empêcher de féliciter officiellement Cromwell sur ses nouvelles victoires , mais au fond il comprenait par-
faitemeot que la bataille de Preston avait été gagnée par les iodépendants aussi bien sur les presbytériens d'Angleterre que sur ceux d'Ecosse. 11 se hâta donc de négocier de nouveau avec le roi. Mais pendant que Charles dispute avec les députés du parlement et débat obstinément les privilèges de sa couronne et les intérêts de Fépiscopat anglican, Tar* mée le fait enlever de l'île de Wight, et purge le parlement.
Le 6 décembre 1648 , à sept heures du matin , le colonel Pride , à la tète de son régiment , investit le lieu des séances et se posta lui-même à la porte de la salle. Il tenait la liste des membres presbytériens auxquels le parti indépendant ne voulait plus permettre de siéger dans la chambre. « Vous n'entrerez pas » disait-il à chacun d'eux , et il faisait même arrêter et emmener les plus suspects. Cinquante-deux presbytériens furent ainsi éliminés. Le lendemain 7, des troupes fermèrent une seconde fois les avenues de la chambre , la même scène se renouvela; quarante membres furent encore écartés^ et il ne rsta plus à siéger qu'environ quatrevingts membres qui composèrent ce qu'on appela , non plus le long parlement, mais le parlement croupion ourumpparliament. Dès 1642 une première épuration avait eu lieu, mais celle-là toute volontaire , lorsque les membres royalistes avaient quitté Londres pour aller constituer, suivant la volonté de Charles , le parlement d'Oxford.
A partir de ce moment, tout céda, tout se tut; aucune voix ne vint plus troubler le parti des indépendants dans l'ivresse de sa victoire. Aussi l'enthousiasme des fanatiques était au comble. « Comme Moïse, » disait Hugues Peters, chapelain de Fairfax , en prêchant devant les débris des deux chambres, et en s'adressant aux généraux, « comme Moïse, vous êtes destinés à tirer le peuple de la servitude d'Egypte : comment s'accomplira ce dessein? c'est ce qui ne m'a pas encore été révélé. » Il mit sa tête dans ses mains, se baissa sur un coussin placé devant lui, et se relevant tout à coup^ :
1. C'était là ce que les puritains appelaient chercher le Seigneur. 11 arriva plus d'une fois à Cromweli et à ses officiers de chercher ainsi le Set^eur pendant des jours entiers , c'esi-à-dire de passer des jours entiers dans le jeûne et la prière pour découvrir le meilleur parti à prendre dans telle ou telle affaire. La résolution qui surgissait dans leur esprit après avoir chercbé le Seigneur, leur semblait in-
(â CHAPITRE XXVII.
« Voici, voici maintenant la révélation, je vais voua en faire part. Cette armée extirpera la monarchie, nonnseulement ici , mais en France et dans les autres royaumes qui vous entourent. *» Tandis que les indépendants les moins éclairés et les plus fanatiques se livraient avec transport à oe mystique orgueil, Gromwell, de retour d'Ecosse, rentrait au Earlement le jour même où les derniers restes des près* ytériens se retiraient des communes. Le parlement-crou* pion Taccueillit avec les plus éclatants témoignages de re* connaissance, et en sortant de la séance, le vainqueur de Preston alla prendre son logement à White-Hall , dans les appartements mêmes du roi. Le lendemain, l'armée s'em** para des caisses des divers comités du long parlement, fop* cée, dit-*elle, de pourvoir elle-même à ses besoins, pour ne pas peser plus longtemps sur le pays. Enfin les pétitions reparurent pour que justice fût faite du roi , seul coupable de tant de sang versé, et Charles fut amené de Tlle de Wight à Windsor, du 17 au 23 décembre 1648.
Procè» da rot (••-av Janvier i«49).
La chambre décida qu'une haute cour de justice, corn-: posée de cent trente-cinq membres, serait chargée de juger le roi. Ce tribunal reçut pour président John Bradshaw, cousin de Milton, jurisconsulte estimé, grave et doux dans ses mœurs, mais d'un esprit étroit et dur, fanatique sincère et pourtant ambitieux, enclin même à quelque avidité dans sa fortune, quoique prêt à donner sa vie pour son opinion. Le procureur général fut Jean Coke, avocat de quelque renom et ami intime de Milton. Telle était la divergence des opinions sur le procès du roi , qu'une insurmontable division éclata dans le sein même de la cour : aucune convocation, aucun effort ne parvinrent à réunir aux séances préparatoires plus de cinquante -huit membres. Fairfax s'y rendit la première fois, et ne reparut plus. Parmi les mem-
spirée par lui : \U disaient alors qu'ils avaient trouvé le Seigneur. C'était du fanalisme, mais ce serait bien mal comprendre cette époque que de ne voir dans une telle conduite que de l'hypocrisie. Les soldats employaient leurs heuret de loisir à lire la Bible, à chanter des psaumes et à tenir desconférenœs religieuses. La Biblei allait bien mieux que l'Évangile à Cromwell et à eee côte* de fer; car il y a dans 1« peuple anglais beaucoup de la dureté du peuple juif.
CHARLB8 !«' (1635-1649). 63
biM présents eux-mêmes^ plusieurs ne vinrent que pour déclarer leur opposition : telle fut^ entre autres, la conduite d'Algemon Sldney, jeune encore , mais déjà influent dans le parti républicain. Son noble cœur et sa vive intelligence sentaient parfaitement tout ce que le sang versé enlève de force à la cause qu'on croit consolider par ce triste moyen* Comme il manifestait ses appréhensions d'un soulèvement à la nouvelle de l'exécution du roi : « Personne ne remuera, É'écria Cromwell ; je vous dis que nous lui couperons la tète avec la couronne dessus. »
Le 19 janvier 1649, Charles fut transféré de Windsor à ton palais de Saint-James. La première fois qu'il comparut devant la haute cour siégeant dans la grande salle de Westmin^r, un fauteuil de velours cramoisi avait été préparé pour lui à la barre; il s'avança, porta sur le tribunal un long et sévère regard, s'assit dans le fauteuil sans ôter son cha^ peau, se releva soudain, regarda derrière lui la garde et les spectateurs, reporta les yeux sur ses juges, puis se rassit ail milieu du silence universel.
Bradshdw se leva à l'instant : « Charles Stuart, roi d'An^gleterre, dit-il, les communes d'Angleterre, assemblées en parlement, profondément pénétrées du sentiment des maux qu'on a fait tomber sur cette nation, et dont vous êtes considéré comme le principal auteur, ont résolu de poursuivre le crime du sang; dans cette intention, elles ont institué cette haute cour de justice devant laquelle vous compa* raissez aujourd'hui. Vous allez entendre les charges qui pèsent sur vous, w
Le procureur général Coke se levait pour prendre la parole : « Silence! » dit le roi en le touchant de sa canne sur l'épaule. Coke se retourna surpris et irrité; la pomme de la canne du roi tomba ; une courte mais profonde altération parut dans ses traits; aucun de ses serviteurs n'était à portée de ran^asser pour lui la pomme; il se baissa, la reprit lui-même, se rassit, et Coke lut l'acte d'accusation, qui imputant au roi tous les maux nés d'abord de sa tyrannie, ensuite de la guerre, demandait qu'il fût tenu de répondre aux charges, et que justice fût faite de lui comme tyran,
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traître et meurtrier. A ces derniers mots, Faccusé se mit à rire, mais sans proférer aucune parole.
Après avoir entendu Tacte d'accusation, Charles refusa de répondre aux questions du président, déclarant qu'il ne reconnaissait pas l'autorité de la haute cour. En se levant à la fin de la séance, il aperçut la hache destinée aux exécutions placée sur la table : « Je n'ai pas peur de cela, » dit-il en la montrant de sa canne. Comme il descendait Pescalier, quelques voix se firent entendre, criant : « Justice I justice I » Mais un bien plus grand nombre criaient : « Dieu sauve le roi ! Dieu sauve Votre Majesté ! »
Le 4 février, les quarante-six membres qui seuls siégeaient ce jour-là votèrent la condamnation du roi comme tyran,
traître, meurtrier et ennemi du pays. Le 6 fut le jour marqué pour le prononcé du jugement. La séance s'ouvrit à midi, et, selon l'usage, par l'appel nominal : au nom de Pairfax : « Il a trop d'esprit pour être ici, » répondit une voix de femme du fond d'une galerie. Après un moment de surprise et d'hésitation, l'appel nominal continua; soixante-sept membres étaient présents. « Messieurs, dit Bradshaw, il est bien connu de tous que le prisonnier ici à la barre a été plusieurs fois amené devant la cour pour répondre à une accusation de trahison et autres grands crimes présentée contre lui au nom du peuple d'Angleterre.... — Pas de la moitié du peuple ! s'écria la même voix qui avait répondu au nom de Fairfax : où est le peuple? où est son consentement? Olivier Cromwell est un traître. >» L'assemblée entière tressaillit : tous les regards se tournèrent vers la galerie : « A bas les femmes ! s'écria le colonel Axtell ; soldats, feu sur elles! » On reconnut lady Fairfax.
« Je demande, dit le roi, à être entendu dans la chambre peinte, par les lords et les communes, sur une proposition qui importe bien plus à la paix du royaume et à la liberté de mes sujets qu'à ma propre conservation. » La parole lui fut refusée, et on n'a jamais su quelle était cette proposition.
Lecture eut lieu de la sentence. Elle constatait le refus du roi de reconnaître la juridiction de la haute cour. « Les
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commissaires, disait la sentence, après avoir entendu les témoins, ont reconnu que ledit Charles Stuart est CQupable d'avoir fait la guerre contre le parlement et contre son peuple ; d'avoir, dans le cours de son administration , commis des meurtres, des rapines, des incendies, des spoliations et d'autres crimes. » La sentence se terminait par ces mots : « Pour avoir commis ces trahisons et crimes, la cour déclare que ledit Charles Stuart est un tyran, un traître, un meur* trier, un ennemi public de la nation, et le condamne à avoir la tête tranchée. »
Après cette lecture, Charles voulut encore une fois prendre la parole, mais inutilement. Des soldats remmenèrent avec violence. Il eut à subir, en descendant Tescalier, les plus grossières insultes; les uns jetaient au-devant de ses pas leur pipe allumée; les autres lui soufflaient la fumée de leur tabac au visage; tous criaient à ses oreilles : « Justice ! exécution! »
Cependant les agents et les partisans du roi d'Angleterre avaient fait des représentations aux différentes cours de l'Europe. « La cause de Charles, disaient-ils, était la cause de toutes les têtes couronnées ; et le triomphe d'un peuple sur son légitime souverain ne pouvait manquer d'être d'un fatal exemple ! » Mais les souverains de l'Europe étaient uniquement préoccupés soit de leurs embarras intérieurs, soit de l'exécution du traité de Westphalie, qui venait à peine de mettre un terme à toutes les horreurs de la guerre de Trente ans. La France, pays natal de la reine, où elle demeurait avec deux de ses fils, le prince de Galles et le duc d'York , était en proie aux troubles de la Fronde , et la monarchie espagnole s'écroulait sous le faible gouvernement de Philippe IV. Une république tenta seule des efforts sérieux en faveur de Charles. Les Provinces-Unies de Hollande, dont le jeune stathouder, Guillaume II, avait épousé Henriette-Marie, fille de Charles, envoyèrent en Angleterre des ambassadeurs qu'elles chargèrent, en leur nom, d'intercéder auprès du parlement pour sauver le roi ; mais cette intervention fut inutile. Henriette, qui, depuis longtemps, avait méconnu tous ses devoirs d'épouse, adressa, de son côté, une lettre touchante
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au fpeaker par l'entremise de Tambassadetir français. Elle demandait à la chambre des communes de lui accorder un passe-port pour venir en Angleterre, afin d'employer toute son influence sur Tesprit du roi pour le décider à donner pleine satisfation aux communes, et, dans le cas où elle échouerait, qu'il lui fût permis de remplir ses devoirs d'épouse et d'assister Charles dans ses derniers moments. La chambre ne voulut point permettre la lecture de cette lettre, et refusa également de prendre connaissance d'une lettre du prince de Galles, dans laquelle celui-ci se déclarait prêt à souscrire à toutes les conditions qui lui seraient faites, pourvu que les jours de son père fussent épargnés.
Le malheureux roi n'avait plus qu'à mourir. Il fit demander ses jeunes enfants, la princesse Elisabeth et le duc de Glocester, restés sous la garde des chambres^ etl'évéque de Londres, Juxon. Prenant sur ses genoux le petit duc, alors âgé de neuf ans : « Mon fils, lui dit-il, ils vont couper la tête à ton père ; peut-être voudront-ils te faire roi ; mais, prends -y bien garde, tu ne peux pas être roi tant que tes frères aînés, Charles et Jacques seront vivants. — Je me laisserai plutôt mettre en pièces, » répondit l'enfant. Charles bénit ses deux enfants, remit à sa fille deux diamants, dont un pour sa mère, et, mort désormais pour ce monde, il ne conversa plus qu'avec le prélat Juxon.
Charles passa la nuit du 8 au 9 février dans le palais de Saint-James, et dormit d'un profond sommeil pendant quatre heures. Le mardi 9 février 1649 , s'étant éveillé deux heures avant le jour, il s'habilla avec une recherche qui ne lui était pas ordinaire, et prit une double chemise parce que^e froid était piquant. « La mort ne m'effraye point, dil>il, et, grâce à Dieu, j'y suis préparé ; mais si je tremblais de froid, mes ennemis diraient que c'est de peur. >» Vers dix heures, le fatal cortège se dirigea vers AVhite-Hall, où Ton avait dressé l'échafaud. Comme les préparatifs n'étaieht pas terminés, il se retira dans le cabinet qu'il avait occupé dans des jours plus heureux. Vers midi, il but un verre de vin de Bordeaux et mangea un morceau de pain. En ce moment le colonel Hacker vint lui dire que tout était prêt.
CHARLES r (1625-1649). «y
L'échafiiud était tendu de noir, ainsi que la plate-forme sur laquelle il s'élevait ; des compagnies d'infanterie et de cavalerie étaient rangées de chaque côté, et une foule considérable se pressait à l'entour. Arrivé près du fatal billot, Charles se retourna vers les assistants, et leur dit d'une voix calme et forte « qu'il croyait de son devoir d'honnête homme, de bon roi et de bon chrétien, de déclarer son innocence, » et il prit Dieu à témoin qu'il n'avait jamais com*^ mencé la guerre contre les chambres du parlement; que c'était, aii contraire, le parlement qui avait commencé la guerre contre lui, en réclamant le bill de la milice. FaisaUt allusion à la mort de Straffbrd, il ajouta: « Que Dieu me préserve de me plaindre de mon sort ! L'injuste seutêince dont J'ai permis l'exécution à l'égard de Strafford est punie maintenant par une autre sentence injuste. » Il termina en déclarant <t qu'il tnourait dans la foi de l'Ëglise d'Augletéirre telle qu'il Pavait trouvée à la moH de son père. » Sur l'échafaud se trouvaient deux hommes masqués, chargés d'exécuter la terrible sentence. Charles s'adressa à l'un d'eux : « Je vais faire une courte prière^ puis je lèverai les malus ; ce sera le signal. » Il demanda à l'évéque Juxou son bonnet de nuit, le mit sur sa tête ; et l'un des exécuteurs lui ayant dit que ses cheveux pourraient le gêner, il les arrangea soUs son bonnet. Alors, se tournant vers l'évéque^ il lui dit :
« J'ai pour moi Une bonne cause et un Dieu miséricor^ dieux. — Vous n'avez plus qu'un pas à faire, lui répondit Juxon; ce pas est difficile, sans doute, mais il est court: il vous fera faire dans un moment beaucoup de chemin, car il vous transportera de la terre aux cieux. — Je laisse un monde mauvais pour un monde meilleur, s'écria le [roi. — Vous échangez une couronne temporelle pour une couronne éternelle. » Le roi pria quelque temps, puis étendit les bras. C'était le signe convenu. L'exécuteur frappa , la tête tomba au premier coup. « Voilà la tête d'un traître I >' dit-il en la montrant au peuple. Un long et sourd gémissement s'éleva autour de White-Hall; beaucoup de gens se précipitaient au pied de l'échafaud pour tremper leurs mouchoirs dans le sang du roi. La cavalerie dispersa la foule. L'échafaud de-
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meure solitaire, on enleva le corps. Il était déjà enfermé dans lé cercueil ; Cromwell voulut le voir, le considéra attentivement, et soulevant de ses mains la tète, comme pour s'assurer qu'elle était bien séparée du tronc : « C'était là un corps bien constitué, dft-il , et qui promettait une longue vie. »
Nous ne saurions trop gémir sur l'exécution de Charles P'', qui n'avait point commis de ces crimes pour lesquels une juste et terrible expiation est nécessaire. Mais qui donc, si ce n'est ses rois, avait familiarisé le peuple anglais avec l'idée de voir, teint du sang royal, cet échafaud où ils avaient fait jeux-mémes monter quatre reines : Anne Boléyn, Catherine Howard , Jeanne Grey, Marie Stuart? Qui avait exaspéré comme à plaisir le fanatisme religieux et politiquedes Anglais, en ravissant à la fois leurs libertés politiques et leurs libertés religieuses, en dtant, même après la défaite, toute foi dans la parole royale? « Incurable dans sa duplicité, dit M. Guizot, le plus impartial comme le plus perspicace des historiens^ parce qu'envers des sujets rebelles il ne se croyait tenu à rien, Charles méditait leur ruine en implorant leur appui. » Toutefois , les torts de Charles furent avant tout ceux de sa position et de sa naissance. L'héritier des Tudors, qui, comme homme et comme roi, se place bien au-dessus de Henri VIII et de Jacques P% expia leur despotisme et tomba par l'explosion d'une colère longtemps amassée. Ce n'est point la justification complète de la victime, mais c'est la condamnation des bourreaux.
PROCLAMATION ET ORGANISATION DE LA RÉPUBLIQUE (FÉYR. 1649). — HIS- TOIRE DE L'IRLANDE DEPUIS LA CONQUÊTE JUSQU'A GROHWELL (1171-1649). —EXP1ÊD1TI0M DE GROHWELL EN IRLANDE (1649). — EXPÉDITION DE CROM- WELL EN ECOSSE; BATAILLE DE DUNBAR (16Ô0). — SACRE DE CHARLES II; SON INVASION EN ANGLETERRE j BATAILLE DE WORCESTER (1651). — ACTE DE NAVIGATION (1651); GUERRE AVEC LA HOLLANDE (1652-1654). — DIS- SOLUTION DU LONG PARLEMENT (1653). —PARLEMENT BAREBONE (1653).— CROMWELL PROTECTEUR ( 26 DEC. 1653). —GOUVERNEMENT DE CROMWELL; SA MORT (1658). — PROTECTORAT DE RICHARD CROMWELL (DU 14 SEPT. 1658 AU 22 AVRIL 1659).— RAPPEL DU RUMP (DU 8 MAI AU 13 OCT. 1659). — MONK (1660); PARLEMENT-CONVENTION.
PMelainaUoii et organisation de la république (féTr. ^•49)«
le jour même de la mort du roi, avant qu'aucun courrier fût parti de Londres, la chambre des communes avait fait publier une ordonnance qui déclarait traître quiconque proclamerait, à sa place et comme son successeur, « Charles Stuart, son fils, communément appelé le prince de Galles, ou toute autre personne, à quelque titre que ce soit. » Le 17 février, après un long débat et malgré une opposition de vingt-neuf voix contre quarante-quatre , elle abolit formellement la chambre des lords. Enfin, le lendemain 18, un acte fut adopté en ces termes : « Il a été prouvé par Texpérience, et cette chambre déclare, que Foffice de roi est, dans ce pays, inutile, onéreux et dangereux pour la liberté, la sûreté et le bien du peuple; en conséquence, il est dès ce jour aboli. » Un grand sceau fut gravé, portant la carte d'Angleterre et d'Irlande sur une face, avec les armes des deux pays, et sur le revers une image de la chambre des communes en séance, avec cet exergue : «< L'an premier de la liberté restaurée, parla bénédiction de Dieu, 1648 » (vieux style).
La royauté décapitée avec Charles I*', l'aristocratie supprimée avec la chambre des lords, la chambre basse, sous le nom de parlement d'Angleterre, concentra dans son sein tous les pouvoirs du gouvernement. La mesure que prirent
ensuite les communes fut la création d'un conseil d'Ëtat composé de quarante et un membres. La durée de leurs pouvoirs était limitée à un an ; ils étaient chargés du maintien de la tranquillité publique, de Torganisation des troupes de terre et de mer, de la surintendance du commerce intérieur et extérieur, etdesnégociationsavec les puissanoesétrangères* On remarquait parmi eux les comtes de Pembroke , de Salisbury, de Denbigh , de Mulgrave, que leur haute naissance n*empécbait pas de figurer dans les premiers rangs du parti républicain ; AVhitelocke, qui, après avoir présidé la commission chargée d'instruire le procès de Strafford» conserva dans le parlement, par sa modération et son intelligence, un grand ascendant, et avait eu soin de se retirer à la campagne pendant le procès du roi ; Saint-John, républicain exalté, bien que trois de ses parents eussent trouvé la mort en combattant pour Charles P', et dont la famille, alliée par le sang aux Tudors, devait être illustrée surtout par le célèbre Bolingbroke ; Fairfax, qui conservait le commandement de Tarmée, malgré le vif intérêt que sa femme et lui avaient témoigné au tyran; Cromwell; Skippon, Tun des officiers les plus dévoués au futur protecteur ; sir Arthur Haslerig, Tun des hommes qui repoussaient le plus hautement toute idée de monarchie comme condamnée par la Bible, la raison et Texpérience ; Henri Martyn, Tun des intimes de Gromvvell qui , dans un de ses fréquents accès de bouffonnerie i et au moment de signer la sentence de Charles 1*% pour mieux affecter la gaieté, lui avait barbouillé d'encre le visage^ ce que Martyn lui avait rendu à Tinstant ; Vane, un des hommes d'Ëtat les plus distingués du long parlement, le vé>ritable auteur de Vacte de navigation^ et le créateur dei; flottes à l'aide desquelles l'illustre Blake en assura l'exécution; Ludlow, le plus sincère, le plus pur de tous les républicains; Bradshaw, le président de la haute cour qui avait condamné Charles !•'. Nommé également président de ce conseil d'État , dont toutes les dépêches relatives aux affaires étrangères étaient rédigées en latin , Bradshaw lui donna pour secrétaire l'immortel Milton, son parent et son ami.
BSPUBLIQUB ANGLAISE (1649-;L660). 71
L'année , ainsi que nous venons de le remarquer , resta sous les ordres de Fairfax. Quant à la flotte, ses chefs furent changés. On en retira le commandement au compte de Warwick pour le donner à un grand homme de mer improvisé, à Blake, transformé, dans Tespace de vingt*quatre heures, de colonel en amiral, et auquel furent associés Dean et Popham. On nomma ensuite un conseil d'amirauté de trois membres , dont Yane fut élu président. Enfin , une haute cour de justice fut constituée pour juger les royalistes. Tous les lords qui comparurent devant elle furent condamnés. La chambre, désormais unique pouvoir et juge suprême de l'État , reçut les demandes en grâce présentées par leurs parents. Lord Norwich , lord Goring, le chevalier Owen furent graciés, miais les lords Capel, Hamilton et Holland furent décapités. Trois victimes, c'était trois fois ifopt sans doute, mais avouons que ce petit nombre a lieu d'étonner si l'on songe aux atroces persécutions dirigées contre les puntains, maintenant mattres du glaive de la loi, si l'on songe qu'il y ^ l^ien peu d'annales qui présentent autant d'exemples de répressions sanguinaires que celles de TÂngleterre. Lord Holland même était peu regrettable , car il avait trahi tour à tour les deux partis. Mais on pleura avec raison lord Capel , homme du plus beau caractère , et Hamilton , chef des presbytériens écossais et commandant de Tannée battue par Cromwell à Preston.
Après avoir ainsi frappé , dans trois de leurs chefs , les partisans des Stuarts , plus irrités qu'intimidés de ces exécutions, après avoir dépouillé beaucoup de grandes familles de leurs propriétés, converties en biens nationaux ^ le gouvernement républicain comprit qu'il ne cesserait d'avoir tout à redouter des cavaliers qu'après la soumission de Tirlande catholique et royaliste, et tourna aussitôt son attention de ce côté.
1. Ces biens, proposés d'abord au prix de dix années de leur affermage annuel, K'élerèreot avec les succès de la république au taux de quinze, sei^e et dix-sept années de leur revenu net : on vendait les bois à part. Beaucoup de royalistes dont les biens avaient été séquestrés ou confisqués, en obtinrent la restitution ou la mainlofée nooyeooant une somme plus ou moins forte payée argent comptant. La république suDvenait à tous ses besoins avec ces ressources éventuelles et une taxe dé 120000 livres sterling ou 3000 000 de francs par mois.
72 CHAPlTttB XXVÏII.
Histoire de rirlande ■ depal* la eoiiqaêleJaMiu'àCrMniweil
Nous avons raconté, en exposant le règne de Henri II, comment les Ànglo-Normands avaient pris pied au milieu de la population celtique de Tlrlande. Mais réparpillement des forces sociales, divisées à Finfini dans cette malheureuse île, après avoir facilité les commencements de la conquête , devait être un obstacle à son achèvement. Un pays où le pouvoir central est fort est tout à la fois le plus difficile à envahir, et celui dont, après l'invasion, la conquête est le plus facile. C'est tout au rebours dans un pays où la force nationale n'est point centralisée : on l'envahit sans peine, mais on parvient très-difficilement aie conquérir. Les Anglo-Normands s'emparèrent sans beaucoup de peine, dans les années 1171 et suivantes, d'une partie de l'Irlande ; mais ils firent ensuite, pendant plusieurs siècles, de vains efibrts pour achever leur conquête.
Jusqu'au règne d'Elisabeth, l'espace conquis n'excéda jamais un tiers de toute l'île, et fut souvent moindre. On l'appelait the Pale, à cause des palissades ou fortifications dont ses limites étaient quelquefois entourées. Le Pale se composait d'une partie du Leinster et du sud du Munster ; tantôt une victoire gagnée sur les tribus irlandaises, tantôt un habile traité conclu avec quelqu'un de leurs princes, avançaient les bornes du Pale, qui, d'un autre côté, se rétrécissaient à chaque revers essuyé par les Anglo-Normands. Les conquérants s'efl^orcèrent souvent d'agrandir le Pale par des invasions dans les provinces d'Ulster et de Connaugbt ; mais, pendant quatre siècles, ils en furent toujours repoussés. Même dans cette partie de l'île que nous appelons le Pale, leur puissance ne cessa pas, durant ces quatre siècles, d'être contestée , et l'histoire nous y montre une suite non interrompue de rébellions irlandaises, éclatant tantôt sur un point, tantôt sur un autre, et ne laissant pas aux conquérants, dans le sein même de leur conquête, un seul instant de repos et de sécurité. En 1406, près de trois cents ans après l'invasion , on vit les Irlandais guerroyant aux