‹ Histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 141 sur 276 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

sieurs qui, iûali:r<' leur respect pour le général, regardaient !• protecteur ayec l'aversion la i)lus cordiale* C'étaient d^opiniAtiie républicains, moitié par principes politique», moitié par principes religieux. U feignait de s'ouvrir à eux sans réserte. Il était toujours, protestait-U, le même humble individu fusils uvaient connu jadis. S'il eût consulté son propre sentiment, <x il aurait )>plutAtpris une houlette de berger, » que la dignité de protec^» teur. La nécessité lui avait imposé ces fonelious ; il avait sai rifié son boniieur pour préserver ses compatriotes de Tanarcliie et de la ruine ; et ce fardeau qu'il portait maintenant avec répugnance, il le déposerait ovec joie, dès qu il pourrait le faire sans danger pour la nation. Mais ce langage lit peu de prosélytes. Ils avaient été déjà trop souvent dupes de son hypocrisie, victimes de leur crédulité; ils ne se firent pas scrupule, tanidans les réunions pnbliquès qu'en chaire, de le proclamer un scélérat fourbe et parjure; a et ils le menacèrait ouvertement d'un sort pire que » celui du dernier tyran. » S'il était nécessaire d'imposer silence h ces déclamateurs, il était dangereux de les traiter avec sévérité, n agit avec circonspection, et modifia son méomtentement suivant les circonstances. Il ôta aux uns leurs commissions dans Tarniée et leurs fonctions dans l'église; il en priva d autres de leur liberté jusqu'à ce qu'ils eussent donné cauUou de leur conduite future ; et ceux qui se montrèrent moins traitables, ou parurent plus dangereux, il les enferma dans la Tour. Tarmi ces derniers étaient iiarrison, jadis son collaborateur dans l'œuvre de la dis* solution du long parlement, maintenant son plus implacable ennemi; et Feakes et Powell, les prêcheurs anabaptistes qui avaient bravé son ressentiment dans le dernier parlement iévrier]. Symson, leur coUëgue, partagea leur emprisonnement, OMis obtint la liberté au prix de sa soumission ^ [26 juillet].

Il lut moins doffx envers hn rojraHMi quiH craignait moins. Charles, qui résidait toujours h Paris, entretenait une correspondance suivie avec les amis de sa famille en Angleterre, dans le double but do se conservi i un parti [irét h profiter de tonte espèce de révolution vu sa faveur, et de tirer de leur loyauté des avances pécuniaires pour son entretien et celui de na suite. Parmi les . agents qu'il employait, il s'en trouva qui trabirent ses secrets, OU ses prétradus secrets, à ses ennemis % ou qui eutrainèrent

1. Thurloe, i, r,i\. (Ui'; ii, 07, 08. "SVhitel. 5H0, 582, 590, Lutllnw. ii, M. 8. Clarendun jutorme Nkholas ( 12 juin) qu'en réaiilé aucun secret n'avait

été trsOu û awcuuven. C/«f . Fop* m, M7* MiAi Mis fit ««vlets j ear Wfltti,

m HBTOmB D'ANGLETERRE.

ses partisans dans des complots imaginaires, afin de s'acquérir en les dévoilant la reconnaissance du protecteur. Du nombre de CCS (lerniors, était un individu nommé Henshaw, qui s'était rendu à Paris, et que le roi avait refusé d'admettre en sa présence. 'A son retour, il détailla à certains royalistes un plan diaprés lequel on devait assassiner le protecteur sur la route de Hampton-Court, se rendre maître de la garde de WhitehaU, surprendre la ville et proclamer le royal exilé. 11 trouva des gens qui écoulèrent ses suggestions; et lorsqu'il s'en fut pris au piège an nombre suffisant, on en arrêta et interrogea quarante [24 mai] • Beaucoup d^enlre eux consentirent à servir de témoins; trois furent traduits devant la haute cour de justice. Fox, Pun des trois, s'avoua coupable [30 juin], eten corroborant ainsi le témoignage de Henshaw, mérita et obtint son pardon. Vowell, maître d'école, èt Gérard, jeune homme de vingt-deux ans, furent condamnés h mort [G juillet]. Le premier mourut sur le gibet [10], en se glorifiant de subir le martyre pour la cause de la royauté. Gérard, avant d'ôlre décapité, protesta dans les termes les plus énergiques avoir entendu parler de ce dessein, mais ne ravoir jamais approuvé ^ Dans les dépositions, on prétendait que Charles avait donné son consentement à l'assassinat du protecteur. Quoique Gromvtrell affectât de n'y point croire, cependant, comme mesure de défense personnelle, il menaça leprince exilé d*user de représailles si pareille tentative était encouragée, et en môme temps il fit entendre quUl ne lui serait pas difficfle d'exécuter sa menace

Sur le môme échafaud, mais une heure plus tard, périt un seigneur étranger, âgé seulement de dix-neuf ans, don Pautaleon Sa, ùrère de Guimaraes, Tambassadeur de Portugal. Six mois

un dM membrat du Gonité appelé êéolêd ImoI» qvi ftit emprimmé puis élargi en eeptemlnre (Perftet Aecomt, n* 194), se trouva ensuite un traître.

1. State Triah, v, 'Al-'iO. Thurloe, ii, 41G, lin, 117. Whitel. ôDl. 5S9, 588. Honshaw ne comiiarut point dans le procès; on prétendit qu'il s'était échappé; iuai.s nous suvous par Tliurlue qu'il ét&ileu sùreiû dons la Tour, et Gérard eu émit le soupçon dans son discours sur l'échafoud.

S. Cromwell n'ajoutait point foi aux complots faits çour l'assassiner. Thurloe, II, 512, 533. Clarendon écrit là-dessus à son ami Tsicholas : « Je vous assure sur ma parole que je ne connais pas de dessein semblable, et sur ma conirietion le rm n'en connatt pas plus. Beaucoup de gens fous ou niais propMont des folies au roi. qui les rejette poliment, et alors eux et leurs amis se vantent de ce qu'ils enteadent dire ou pourraient faiie ; et c'est sans doute à quelque noble fureur de ce genre qu'est aA ce dont on parle tant à Londres, et ce qui a fÉtt mettre beaucoup d'honnêtes gens en prison, toutes choses sur lesquelles le roi n'en sait pas plus que le secrétaire Nicholas. » Clar. Pap. iii,;^7. Voyec I td tefois la relation du complot de Sexby dans le chapitre suivant.

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aiiparavanl, lui ot (lorartl, dont nous vonons de rapporter l'exécution, avaient eu une querelle dans le New Exchange (la nouvelle Bourse) [21 nov. 1653]. Pantaleon, le lendemain soir, se rendit dans le mémo lieu, avec des gens armés; il s'ensuivit une rixe; Greeoway, individu étranger à la dispute, fut tué par accident ou par méprise; et les Portugais s'enfuirent ch^ Tanibassadear, d'où ils furent conduits en prison par les soldats. Le peuple, faisant de cette affaire une querelle nationale, demanda k grands cris le sang des meurtries [wésumés. On allégua en layeur de Pantaleon. i*" qu^il était ambassadeur, et par consé<][uent qu'il n'était responsable envers personne autre que son mattre ; 2" qu'il était attaché à Tanibassade, et par conséquent couvert par le privilège de son supérieur. Mais la pièce qu'il produisit coiumo preuve de la première allégation n'était qu'une promesse écrite qu'il succéderait a son frère; et en réponse h la seconde, on soutint que le privilège d'ambassadeur, quel qu'il pi\t être, était personnely et ne s'étendait point aux personnes de sa suite. A la bai^, après plusieurs refus, on le décida [5 juillet 1654], par la menace de là peine forte et diire^ à repousser raccusation; et sa .demande d'un conseil, motivéQ sur son ignorance des lois anglaises, lut rejetee, sous prétexta qàe la cour était « également le conseil du prisonnier et de la république. » Il fut déclaré coupable, et condamné ayec quatre de ses complices. Trois d^entre eux obtinrent leur grâce du protecteur; mais aucune prière des divers ambassadeurs ne put le fléchir en faveur de Pantaleon. Il fut sacrifié à la clameur du peuple, qui était dans un tel état d'irritation, que, lorsque la tete tomba sur Téchafaud, les spectateurs proclaïnerent leur joie par les cris de triomphe les plus sauvages (]e fut le jour même où son frère, peut-être pour apaiser le protecteur, avait signé le traité entre les deux nations.

Ces exécutions avaient été précédées par une autre d'une nature fort différente. Le colonel VVorsley avait arrêté au lit un ecclésiastique catholique, nommé Southworth, qui, trente^sept auparavant, avait été condamné à Lancaster ét envoyé en eûL Ce vieillard ( il avait passé sa soixante-douzième année ), traduit

1. Voyez dans State Trials, v, 4G1-Ô18, une nombreuse collection d'autorités et d'opinions rela^ei à cette affaire ; aussi ibid. 596. Qoe Pantaleon et ses amis fussent armés, on ne peut le nier. Eiait-ce pour se venger? On le croirait d'après la relation dans les Somers' Tracts^ m, 05, Whiielock, ôti';), et Htale Triais, y, 489. Etût-ce simplement pour se défendre? C est ce que déposa Metham (Thurloe, ii, 933), et oe qu'affirme Pantaleon à Tarticle de la mort. W'iiitel. Il,

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aôO UlSTOiRE D'AINGLETEKKE.

en jiHUee, allégua qu'il avait prit les ordres dans l'ËgUse de Rome, mais qa'ii n'aTait commii aucuno tralûsoD. Le greffier M conseflla de retirer son excose, et lui domia quatre heures pour y réfléchir* Mais Southworth persista à atouer qu'il était catholique et dans les ordres : on prononça son arrêt de .mort; et le protecteur, malgré les sollicitations pressantes des ambassadeurs de France et d'Espagne, déciila que le jugement serait exécuté. Ce n'est pas que Cromwell approuvAt les peines sanglantes en matière de religion ; mais il ne croyait point trop payer du sang d'un piùtre catholique la bienveillance des saints. Soit curiosité, soit respect, deux cents voitures et une foule de cavaliers suivirent la claie sur laquelle Southworth fut traîné au lieu de Pexéution [23 juin]. 8ur Féchafaud, il parla avec satisfaction de son genre de mcnrt, mais en même temps il fit remarquer l'inconséquence de ces hommes qui prétendaient avohr pris les armes pour k liberté de conscience» et qui, cependant, répandaient le sang de cent dont les opinions reUgieuses différaient des leurs. Tl subit la peine ordinaire des traîtres *.

La nouvelle de la dernière révolution avait été reçue par les troupes d Irlande et d'Ecosse, soit avec des murmures manifestes, soit avec un acquiescement (M[uivoque. En Irlande, Eleetwood ne savait comment concilier la conduite de son beau-pôre avec sfs propres principes, et il exprima le désir de se démettre du gouvernement de cette île; Ludlow et Jones, deux républicains déterminés, regardèrent le protecteur comme ûn hypocrite et tin apostat, et si le dernier fut plus df conspect dans son langage; lë dernier refdsa ouvertement d'agir comme commissaire civil sons la nouvelle constitotiob; et dans un grand nombre de gfimisotis, plusieurs des officiers supérieurs ne firent pas un secret de leur mécontentement ; dans Tune d'elles, ils rédigèrent m êrtie une remontrance contre « le gouvernement d'une seide personne. » Mais Ciomwell détourna, |)ar sa prudence et sa fermeté, lOrage qui le menaçait. 11 envoya son fils Henry en visite chez Fleetwood, pour y apprendre le véritable esprit des troupes : les plus redoutables de ses adversaires furent rappelés sans bruit en Angleterre, et plusieurs autres se trouvèrent subitement, mais successivement, privés de leurs commandements. Dans la plupart des caSy Tinterêt se montra pins fort que les principes, et on

1. Thurloe, ii, 406. Whitel. 592. Challoner, ii, 354. CoUections de Knaresborough, Ms. ,

remarqua que dans celte foule qui aftluail d'abord au conveniicule anabaptiste de Dubliu comme profession do foi politique, presque tous ceux qui avaient quelque chose à perdre Vabandonnèreiit peu a peu pour les lieux de dévotion plus a la mode. Les anabaptistes voÂsm flairent par croire que Tambitioii d'un individu ne pouvait arrêter les desseins du Seigneur, et qu'il valait mieux pxox wt giTder leurs emplois sous pioteoteur, que de SB priver des moyens de favoriser le service de Dieu, el de hAter le règne du Christ sur la terre ^

En Eoosse,resprit deméeontefitement régiiait aussi parmi les officiers supérieurs ; mais leur attention était détournée des dissensions politiques par les oporvilions militairc^s. Dans les années précédentes, sous une apparence do traii([iiillité générale, le feu de la guerre avait continue de couver dans les Hautes Terres; il éclata au départ de Monk pour prendre le commamiement de la flotte anglaise. Charles, en France, et ses partisans, en Ecosse, jugèrent le moment favcurable. A ux cômtee de Glencaim et de Balcarras se joiguirent successivement Angus, Montrose, Athol, Seaforth, Keumare et Lorn, le fils d'Argyle ; el Wogan, offider iDtreimiiant, débarquant à Douvres [S2 nov. 105S], leva une troupe de loyalistes li Londres, et,' traversant TAngleterre sous les oouleurs de la république, atteignit en sArelé les quartiers de ses amis écossais. Le nômbre des royalistes montait h plusieurs milliers. La nature du pays et les aflTections des indigènes étaient en leur faveur, et leur courage était soutenu par la fréquente mais" trompeuse annonce d«^ la pronq)le arrivée de Charles lui-même, a la tête de forces considérables. 11 s'ensuivit une guerre de peu dUmportance, mais des plus meurtrières. Robert Lilburne, le commandant anglais, ravagea les terres de tous ceux qui fovorisaieot les royalistes; ceux-d en firent autant à tous ceux qui restaient neutres ou assistaient leurs ennenûs ; mais au bout de peu éd temps des querelles personnellee divisèrent les conseils des insurgés; et comme le dn^t de Glencaim au conmiandement en dief était contesté, Middleton arriv» avec ne commission royale février 1654], b laquelle tout le monde était requis âH)béir. Le protecteur opposa Monk à Middleton [8 avril]. La politique du premier était d'éviter une bataille, et d'épuiser les forces de son adversaire par des marches et des contre-marches dans un pays molUagneux, sans routes ni quajctieirs; mais dausu^e tentative

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