CHAPITRE CINQI IKME. Î
k Grocor's-hall, où ils dînèrent sur une invitation de la cité. Lo président de la chambre, Lentliall, organe de Tautorité saprêmOi reçut, comme les anciens rois, Tépée d'éiat des maios du maire, et la lai rendit. A table, il s'assit au haut boat» ayant à sa droite le lord-général, et à sa gauche, Bradshaw, le président du conseil; montrant ainsi aux conyives leà représentants des trois corps par lesquels la nation était actuellement gouvernée. A ta fin du dîner, le lord-maire présenta mille livres en or h Fairfax, dans un bassin et une aiguière de nionic métal, et cinq cents livres avec un service complet d'argenterie à Cromwell'.
La répression de la sédition permit au conseil de diriger son attention sur ce qui se passait en Ecosse et en Irlatide. Dans lo premier de ces royaumes, après le départ de Gromwell, T autorité suprême avait été exercée par Argyle et son parti, <pii étaient soutenus et en môme temps dominés par Tinfluence suprême de FËglise. La oonfiscation et Texcommunication prononcées contre les engagers (ceux qui avaient pris « rengagement ^ ), laissaient à leurs adTersaires une supériorité incontestée dans le parlement et toutes les grandes charges de Télat. La part qu' Argyle avait jadis eue a la délivrance du roi, sa liaison récente avec Cromwell et son hostilité envers a rengagement» faisaient généralement croire qu'il avait agi de concert avec les indépendants anglais. Mais il était circonspect, lin et souple. Il savait dissimuler à rapproche du danger; et toutes les fois que cela convenait k ses vues, il pouvait changer de mesures sans changer d^objet. Au commencement de janvier, le sort dont Charles était menacé ranima Taffection languissante des Ecossais. Un cri d'indignation éclata de tous cêtés dans le pays : c'était un roi écossais : -— le laisseraient-ils traduire comme un criminel devant un tribunal étranger? En le livrant k ses ennemis, ils avaient souillé la pure renommée de la nation. — Mettraient- ils le comble à cette honte en acquiesçant docilement à sa mort? Argyle jugea prudent de suivre le torrent du sentiment nationaP; il souffrit qu'un comité fAt nommé au parlement, et les commissaires h Londres reçurent des instructions qui leur enjoignaient de protester contre
1. Journ. de Leioetter» 74. Whiteiock (406) place lef eonvires dani nn ordre
différent.
2. Wariston avait proposé (et Argyle l'avait secondé] de différer la motion pour interrentioii en favenr du roi, jusqu'à ce que le Seigneur eAt été loUief të
par un jeûne solennel ; mais t Arpyle, lorsqu'il vit que les vote.s contraires remportaient, changea sa prt'niière oiùnion avec une belle apolo^^iOi et les engagea alors à se mettre sur-lc-champ en besogne. » Balfour, m,
334 HISTOUJl D'ANCUTiaEE.
le jugement et la condamnation du roi. Mais ces instructions rcvèlont la puliiique timide et flottante de rhomnie qui les dicta. (?♦ si en vain qu'on y chercherait ces chauds et généreux sentinjonts que le ca< réclamait. Files sont rédigées avec hésitation et circonspection; elles trahissent la conscience de sii faiblesse, lacr«mte de provo(|Ucrri[iiaiUié et la préoccupation de son intérêt privé ; et cUe» anoatrent que ceux qai protofttaient, s'ils vou- • laient réeUement sauTcr b vie du aïonarque, tenaient cependaiU hian plus k éviter tout acte ou parole qui pourrait ofléoser ses adversaires ^
Les commissaires remir^t Fécrit ; et le parlement écossais, au lieu d'une réponse, reçut la nouvelle de Texécution du roi. Le
lendemain, le chancelier, accompagné des membres, se rendit k la croix d'I-.dimbourg [5 février], et pruelama Charles, tils du prince défunt, roi d'r.cosse, d'Angleterre, de France et d'irlamle. Mais à cette proclamation fut annexée la clause, que le jcnme prince, avant d'entrer en exercice de Tautorité royale, édilierait ]fi parlement sur son adhésion au covenant national de TEcosse, et aux ligue et covenant solennels entre les deux royaumes ^.
Im&a, trois semaines après la mort du roi^ le parlement anglais daigna répondre la protestation qui avait pour but de lui sauver la vie, mais d'un ton dUndiSérence méprisante , quant k la justice de leur réclamation et aux conséquences de leur colère, L'Ecosse, répondit-il, n'avait peut-être pas le droit de faire subir un jugetnontpubUc à son souverain; mais cette circonstance n'influait en rien sur le droit de T Angleterre. r,omme le parlement anglais n'était pas dans Tintenlion d'empiéter sur les Ubertés des autres, il ne permettrait pas aux autres d'empiéter sur les siennes. Le souvenir des mauxinfligés a k nation par la conduite coupable du roi, et la conscience qu'ils avaient mérité le courroux de Dieu par leur négligence k punir ses fautes, les avaient décidés k le traduire en justice, piurti qu'ils ne doutaient pas que Dieu n*eût déjà approuvé, et qii^ilne récompensât dans la suite par la consolidation de leurs libertés* Les Ecossais avaient maintenant le choix d'être libres ou esclaves : P Angleterre leur offrait son aide pour revendiquer leurs droits; s'ils la r< fu^airMit, qu'ils prissent garde d'attirer soi* eux et sur leur postérité les misères d'une
1. Voyoïles iiistructioiis dans BAUoar> iii, 383, ei Ciareiuioi», iu>S80* a. Balfeur, ni, dS7. Cl»r. ni, SS4.
CJUniRfi CIMQOIÈIIB. m
guerre continuelle avec loui s plub proches voisiuSi et de Tesclavage sous les enfants d un tyran
Les commissaires écossais, dans leur réplique [24], firent entendre que le parlement actuel a' était pas complet; ils combatiireut toute modification du gouyernemeiit du voi^ d^s lords ei des communes; ils demandèrent qu'on ne mit aucuB empêche* ment à k légitime succeasion de Charles II, et finirent par potester» que si pareilles choses se faisaient, les Ecossais étaient mnocents devant Dieu et les hommes des crimes, du sang et des calamités qu'il en pourrait coûter aux deux royaumes. Après avoir remis cette note, ils se hâtèrent d'aller a Gravesend. Leur objet était de passer dans les Provinccs-l nies, et d"olïrir, h certaines condilions, la ( ouromie (rKcosse au jeune roi. Mais les clu'fs anglais résolurent d"interroni[tre leur mission. La réponse qu'ils avaient faile fut déclarée [20 tév.j un libelle din'amatoire, fabriqué dans le but d'exciter la sédition ; les commissaires furent arrêtés a Gravesend [2 mars] comme coupables envers la natipn, et le capitaine Dolphin reçut Tordre de lès conduire sous escorte aux frontières d'Ecosse ^.
Cette insulte^ qui, bien que vivement sentie, fiit supportée patiemment^ pouvait retarder, mais non empêcher les desseins du parlement écossais. Le comte de Cassilis, avec quatre nouveaux commissaires, lut chargé [17] de se rendre en Hollande, où Charles, sous la protection de son beau-frère le prince d'Orange, avait réside depuis la inurl de son pore ^. Sa cour se composait du potit nombre de personnes fjiie co monarque avait placées auprès de lui, et qu-actuellementiUit membres de son conseil privé. £lle s'augntienta bientôt du comte de Lanark, qui, h la mort de son feère, devint duc de Hamilton; du comte de Lauderdale et du comte de CaUandar, chefe des tngagfrs écossais; ceux-ci furent suivis des anciens royalistes écossais , Hontrose, Kinnoul et Seaforth, et au bout de quelques jours parut Gassilis, avec ses collègues, et trois députés de TEgiise d'Ëcosse, qui apportaient «ne nouvelle peu propre à leur assurer un accueil gracieux, celle