‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 11 sur 643 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

des Albions. Le succès des Carthaginois éveilla les espérances (îes colons grecs de Marseille ; et Pythéas , leur plus célèbre navigateur, dans son voyage aux mers du Nord, eut aussi la bonne fortune de découvrir les Cassitérides*. Elles étaient au nombre de dix, abondaient en mines d'étain et de plomb, et étaient séparées par un canal étroit, mais périlleux, de la côte des Damnonii. La grande fut appelée Silura ou Sigdelis, nom dans lequel on peut retrouver l'origine de celui d'îles Scilly qu'elles ont aujourd'hui. Neuf sur dix étaient inhabitées*. Les naturels y sont dépeints comme une race paisible et laborieuse, fort adonnée aux pratiques superstitieuses et à la divination. Ils portaient de longues tuniques de couleur foncée, ne connaissaient pas l'usage de l'argent, n'avaient pas d'habitations fixes, et passaient d'ile en île sur des bateaux d'osier recouverts de cuir s.

Par suite de ces découvertes successives, ce commerce finit par être ouvert à différentes nations. Un Romain, Lucius Crassus, apprit aux indigènes à tirer un meilleur parti de leurs mines ; et l'exportation annuelle devint si abondante, que le surplus de l'étain était acheté par des facteurs sur les côtes de la Méditerranée , et transporté par terre au fond de l'Inde *. Mais la navigation par les Colonnes d'Hercule était alors abandonnée, comme trop chère et trop dangereuse. Les mineurs bretons, après avoir converti leur étain en blocs carrés, le transportaient à l'île de Wight, leur entrepôt général ; de là il était exporté par les marchands gaulois à l'embouchure de la Seine, de la Loire ou de la Garonne, et, remontant ces rivières, il voyageait par terre à dos de chevaux, jusqu'à ce qu'il trouvât de l'eau pour le conduire aux grandes cités commerçantes de Marseille ou de Narbonne. En échange de ce métal, si prisé des nations anciennes, les Bretons recevaient des articles d'une valeur bien inférieure aux yeux des trafiquants, mais d'un grand prix pour un peuple non civilisé : du sel pour conserver les provisions, de la poterie pour les usages domestiques, et du cuivre pour la fabrication des armes et des ornements 5.

1. Plin. il, 75. Voss. De Hist. grœc. iv. Les Romains aussi , après divers essais infructueux , découvrirent les Cassitérides. On raconte qu'un négociant phénicien, se voyant surveillé de près par un marchand romain , fit échouer son vaisseau sur la côte, pour ne point avouer son secret à un rival. Il Tut dédommagé de sa perte sur le trésor public. Strab. m, 175.

2. Sol. xxii, 42. Fest. Avien.v,95. Strab. ni, 175. Les empiétements de la mer, en inondant peu à peu les basses terres , avaient multiplié le nombre des îlots.

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