CHAPITRE TROISIÈME
Saxons comme nation. Parmi les rois de la mer, l'un des plus entreprenants et des plus heureux était Ragnar Lodbrog. Sur les côtes de la Baltique, dans les Orcades (Orkneys) et les Hébrides, en Irlande, en Écosse, en Northumbrie, il avait répandu la terreur de son nom. En France, l'intrépide pirate avait remonté la Seine avec sa flotte, semé la dévastation sur les deux rives, et pris possession de la ville de Paris , qui échappa à la destruction en payant sept mille livres d'argent. Par ses ordres, deux vaisseaux, plus grands que n'en avaient encore monté ses compatriotes, furent construits pour une invasion en Angleterre; mais, soit le mauvais temps, soit l'inhabileté des marins, ils firent naufrage sur la côte de Northumbrie. Ragnar, avec plusieurs des siens , atteignit le rivage, et, sans songer aux conséquences, ils commencèrent le cours habituel de leurs déprédations. Les Northumbres avaient secoué le joug qui leur avait été imposé par Egbert; mais leur pays était déchiré par des dissensions civiles, et en ce moment même leurs chefs étaient divisés par les prétentions opposées de deux compétiteurs, Osbert et ;Ella. [A. D. 865.] A la première nouvelle de la descente des Normands, ce dernier vola au rivage, combattit les pillards, fit Ragnar prisonnier, et le mit immédiatement à mort. On dit qu'il fut dévoré par des serpents, et qu'il consola ses derniers moments par r espoir que « les petits du sanglier vengeraient son trépas ». » Cet espoir ne fut pas décu : ses lils, qui étaient en Danemarck, jurèrent de punir le meurtrier ; les parents, les amis, les admirateurs du défunt accoururent sous leur étendard ; et huit rois de la mer, avec vingt jarls (comtes), réunirent leurs forces dans le même but de vengeance et de pillage*.