‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 161 sur 643 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

witan, et entra immédiatement en plein exercice de l'autorité rovale *.

Le jeune roi était malheureusement imbu de l'idée que la couronne lui appartenait de droit depuis le décès de son père. La conséquence fut que, du vivant d'Edred, il le regarda comme un usurpateur, et qu'à sa mort il traita ses amis commodes ennemis personnels2. Ils furent éloignés des conseils royaux, et cette cause originaire de mécontentement s'accrut par la conduite de leurs successeurs. En flattant les passions du roi, les nouveaux favoris acquirent de l'ascendant sur son esprit; et en cherchant à agrandir leurs familles aux dépens des autres, ils diminuèrent d'abord, et finalement détruisirent sa popularité. Toutes les classes éprouvèrent successivement des injustices ou des outrages. Les parents d'Edwy furent chassés de la cour; plusieurs des thanes les plus opulents furent dépouillés de leurs domaines par la force; les concessions qui avaient été faites à différentes églises furent retirées, et toute la nation fut mise en fermentation par de nouvelles et criantes exactions 5. Mais ce qui provoqua le plus vivement la censure du public, ce fut le traitement que subit la grand'mère du roi, Edgive. Cette princesse, vénérable par son âge et ses vertus, fut, sous quelque prétexte inconnu, dépouillée de ses richesses et de son patrimoine, et réduite à un état d'indigence et d'isolement4.

1. Il est à remarquer que les anciens écrivains parlent presque toujours des rois comme élus. L'aïeul d'Edwy, dans sa charte (Lye, A pp. ivt, dit : « Il fut choisi gecoren. n Le biographe contemporain de Dnnstan (apud Boll. tom. iv, maii, 344 \ dit : 4« ab universis Anglorum principibus commun i clcctionc. » Il donne aussi à entendre que le Wesscx et la Mercie ne s'étaient point encore fondus en un seul royaume : « ut in utraque plèbe regum numéros nominaque suppleret eleclus. » P. 353.

2. Wallingford , 541, 542. Aucun ancien écrivain n'a donné l'âge d'Edwy à son avènement. Les circonstances concourent à prouver qu'il avait certainement atteint sa seizième et peut-être sa dix-huitième année.

3. Osbcrn , 104. « Undc quid mali succreverit, quam infamis fama populorum aurcs et ora repleverit , facile est cl me laccnle viderr. Ipse namque possessioncs quorumeumque diripere, hos et illos exhaereditare , majores natu proscriberc, totumque regnum innumeris oppressionibus conturbare festinavit. » Eadmer, Vita S. Dunsl., apud Surium, p. 23G. Col. Agrip. 1018. J'ai cité ce passage d'Eadmer (qui paraît évidemment l'avoir copié dans un écrivain contemporain! parce qu'il a été omis dans les extraits publiés par Warton dans Ang. sax. tom. u.

4. Osb. 104. « Accessit his malis ejus enim detestabile malum. Matrcm quippe, totius Angliu? nobilitatricem , ecclesiarum consolatricem , et sustentatricem oppres-

sorum in immensum afliixit; ac vastatis rebus ad eam pertinentibus , ab eo

statu, in quo esse solebat, saevus. et crudelis dejecit. » Ead. ibid. « Atavam suam prœdari prœcepit. » Ms. Cleop. 78. « Quand Edred hnit, fut Edgive dépouillée de toute sa propriété : H 'hen Edred endcd, tuas Edgiva bereaved ofall her proper/y. n Telles sont les propres expressions de sa charte originale. Lye, A pp. iv. — Je suppose que les mots u prœdnre, diripere, vastare, » signifient cette sorte de vengeance sommaire que les particuliers exerçaient fréquemment sur leurs ennemis, et les rois sur les puissants coupables, en envoyant un corps d'hommes anvés enlever leurs troupeaux et piller leurs maisons et leurs terres.

ICO HISTOIRE D'AN'CiLKTKRRE.

Tandis qu Edwy, par ces mesures h mimiques, s'aliénait l'affeetion de ses sujets, il se rendait méprisable par l'immoralité de sa vie privée. Ardent à la poursuite du plaisir, et sans égard pour la décence publique , il s'abandonnait aux plus honteuses jouissances. Les termes dans lesquels nos anciens écrivains s'accordent à décrire et à réprouver cette partie de sa conduite , ne sauraient être mis sous les yeux de tous les lecteurs1; mais il esta propos de marquer la nature réelle de sa liaison avec Ethelgive , sujet qui, bien que sans importance en lui-même, tire quelque intérêt des embellissements qif il a reçus de l'imagination des historiens modernes

[A. D. 955.] Ethelgive était une dame de noble naissance, qui avait conçu le dessein d'obtenir la dignité de reine pour ellemême ou pour sa fille2. Dans la vue de captiver l'affection d'Edwy , elles étaient constamment, l'une ou l'autre, dans sa compagnie; et s'il faut en croire la chronique scandaleuse des temps, aucune d'elles n'hésita à sacrifier son honneur à l'espoir d'atteindre le but de son ambition. Le couronnement du roi avait été fixé par le witan à un jour éloigné. Dès que la cérémonie fut terminée, Edvvy prit place avec les thanes et les prélats au banquet qui se donnait toujours dans ces sortes d'occasions ; mais après un court repas*, il se leva, sortit de la salle, et alla rejoindre Kthelgive et sa fille. Ce départ fut considéré comme une insulte par les membres du witan; et après un instant de délibération, il fut résolu que Kinsey, évèque de Lichfield, et l'abbé de Glastonbury iraient, au nom de toute l'assemblée, rappeler le roi, et commander à Ethelgive de quitter la cour, sous peine de mort. Les deux députés trouvèrent Edwy dans la position la plus inconvenante, lui remirent la couronne sur la tête, et le ramenèrent dans la salle. Avant qu'ils fussent hors de la chambre, Ethelgive menaça Dunstan de tout le poids de son ressentiment x.

L'influence dont cet ecclésiastique jouissait autrefois avait cessé avec le règne d'Edred. Avoir été honoré de l'amitié de son oncle était un crime suffisant aux yeuxd'Edwy; mais Dunstan avait, par une provocation plus honorable encore , encouru l'inimitié de ce

1. u Kegiam dignitatem obscœnis operibiu deshonestabat. « Ead. 192. u Libidine ardens, sine intormissione testuabnt ad coitum. »» Osb. 104. m Fxpugnator aliente pudicitite, negligens su», vaga fractus hbidine. n Senalus in Vita S. Oxnaldi, Ms. de la bibliothèque de Durham.

2. « Cu m adulta filia. «Ms. Clcop. 76. « Filiam adultam. » Endmer, apud Surhtm, p. 337. Il ne s'ensuit pas de cette expression qu'Ethelgivc fut très-âgr» . D'après la loi , les femmes étaient adultes à douze ans. Wilk. Cou. if p. 120, xxvn.

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