CHAPITRE CINQUIÈME
traves que mirent nos lois au transfort des objets dérobés1. Les habitants de Thanet étaient depuis long- temps adonnés à la piraterie. En 969 , ils pillèrent- plusieurs vaisseaux marchands qui venaient d'York; mais Poaldorman de Kent, par ordre du roi, entra aussitôt dans l'ile, pilla le pays et pendit les plus coupables : un des nombreux cas d'exécution militaire que , dans ce siècle , l'état de la société et l'imperfection des formes judiciaires rendaient peut-être nécessaires*.
La tranquillité du règne d'Edouard , sa suprématie incontestée sur les princes voisins et son attention au bien-être du peuple ont contribué à jeter du lustre sur sa mémoire. La réformation de l'Église, entreprise par les prélats et effectuée à l'aide de son autorité , quoiqu'elle ait reçu l'adhésion de ses contemporains, a été frappée par les écrivains modernes d'une censure imméritée. L'invasion danoise avait relâché les liens de la discipline ecclésiastique et dissous le plus grand nombre des établissements monastiques et cléricaux. Les monastères les plus opulents avaient été mis en ruines par la rapacité des barbares; et leurs terres, restées sans propriétaires , avaient été saisies par la couronne ou partagées entre les thanes les plus voisins et les plus puissants. Sous les rois précédents, on avait fait des efforts pour restaurer l'ordre monastique ; mais ils avaient été infructueux. Les grands proprié- . taires, maintenant en possession de ses anciens revenus , nourrissaient des préventions contre lui ; même le monastère d'Ethclingey, qu'Alfred avait peuplé de moines étrangers, avait été déserté peu à peu ; et les deux abbayes de Glastonbury et d'Abingdon , dues au zèle de Dunstan , avaient été dissoutes par le ressentiment d'Edwy. L'ordre clérical était plus heureux : quoique bouleversé et méconnaissable , il avait survécu à la tempête. Mais les partisans de l'austérité religieuse , lorsqu'ils comparaient le clergé do nos jours avec le clergé des anciens temps, voyaient dans sa conduite beaucoup à déplorer et à corriger. Autrefois les prêtres vivaient en communauté sous des règles particulières , et leur exclusion des affaires temporelles assurait le fidèle accomplissement de leurs fonctions spirituelles. Mais pendant les guerres danoises ils avaient été dispersés dans leurs familles, s'étaient partagé les revenus de leurs églises respectives, et, faisant remplir leurs devoirs par d'autres, ils se livraient aux plaisirs et à la dis
• 1. Leg. sax. 77, 80. Ms. Cleop. 79. Obs. 110. Chron. sax. 116. Mailros, 150
M al m. 32, 33.
2. Chron. sax. 121. West. 192. «• Non ut hostis insaniens , sed ut rex malo mal a puniens. » Hunt. 204.
sipation des laïques. Mais ce choqua particulièrement les plus dévots, ce fut leur mariage. Il est tris-certain (jue pendant les deux premiers siècles de IV^lise saxonne, la profession de célibat était requise de tout ecclésiastique arrivé aux ordres de prêtre, de diacre ou de sous-diacre » ; mais au milieu des horreurs des invasions successives , les injonctions des canons avaient été négligées ou méprisées, et, en mainte occasion, la nécessité avait forcé les prélats à ordonner, pour remplir les fonctions cléricales, des personnes déjà engagées dans l'état de mariage. Des causes semblables avaient produit de semblables être ts dans les provinces maritimes de la Gaule, et Dunstan avait été témoin , durant son exil, des heureux efforts de l'abbé Gérard pour rétablir l'ancienne discipline dans les églises de Flandre2. Animé par son exemple, le métropolitain fit un premier essai pour relever de leurs ruines les établissements monastiques , et ses travaux furent secondés avec zèle par deux actifs coopérateurs , les évoques Oswald et Ethelwold. Le premier gouvernait l'église de Worcester; le second , son disciple favori , avait été placé , à sa demande, sur le siège de Winchester. Ils décidèrent Edgar à leur vendre ou octroyer les terres des monastères qui étaient échues à la couronne ; et de celles qui étaient dans les mains des particuliers, une partie fut recouvrée par achat , et plus encore par l'abandon volontaire des [assesseurs. On ne fut pas long-temps à trouver des personnes prêtes à embrasser un institut recommandé par les prélats et sanctionné par le roi : aussitôt que les bâtiments étaient construits, ils se remplissaient de colonies de moines et de novices, et en peu d'années les grandes abbayes d'tëly, de Péterborough > deïhorney et de Malmsbury sortirent de leurs cendres et recouvrèrent l'opulence et la splendeur dont elles jouissaient autrefois.
Le premier soin du métropolitain fut ensuite la réforme des membres les plus dissolus du clergé, principalement dans les deux diocèses d« Winchester et de Worcester. A cet effet, on obtint de Rome une commission, et une loi fut rendue d'après laquelle tout prêtre , diacre ou sous-diacre qui ne vivrait pas chastement serait expulsé de son bénéfice3. [A. D. 964.] Oswald, dont le zèle était tempéré par la douceur, convertit bientôt les chanoines de sa cathédrale et de Winchclcomb en communautés de moines. Ethel-