‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 188 sur 643 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

On pouvait penser que les Anglais, délivrés de l'oppression de l'ennemi ,• auraient employé cet intervalle à 3e précautionner contre les dangers futurs. Mais la méfiance et la trahison continuaient de distraire leur attention et de diviser leurs conseils. Ethelred convoqua une assemblée du witan à Oxford; et sa première mesure fut une répétition, sur une plus petite échelle , du svstème de massacre dont il avait si cruellement souffert. [A. D. 4015.] Nombre de thanes d'origine danoise furent immolés à sa jalousie ou à sa vengeance ; mais Sigeferth et Morcar, chefs des Sept-Bourgs , étaient trop puissants pour être attaqués ouvertement avec impunité. Dans de telles occasions , la politique du roi ne dédaignait pas le poignard de l'assassin. Les comtes, qui étaient sans soupçon , furent invités à un banquet par Edric, son favori ; et au milieu du festin ils furent égorgés par uno troupe d'hommes armés. Leur suite, alarmée du sort de ses maîtres, s'enfuit vers l'église de Saint-Frideswitha ; ropoussée des jwrtes, elle chercha un refuge dans la tour; mais Ethelred , irrité qu'elle résistât , fit mettre le feu à l'édifice sacré, et eut la satisfaction de voir ses ennemis , réels ou supposés , périr dans i'embrasemont. Une telle conduite n'était pas de nature à concilier l'estime , ni à assurer la fidélité. La suite prouva qu'il ne pouvait se faire obéir même de sa propre famille. Edmond , son fils ainé , lui demanda les j>osscssions des deux comtes. Le père ayant refusé , le jeune prince se rendit en toute hâte à Malmsbury, épousa Algire, veuve de Sigeferth , que le roi avait confiuée dans le monastère , gagna avec elle le Northumberland , et , par l'influence de sa femme , décida les habitants des Sept-Bourgs à le recevoir comme chef. Ethelred fut obligé d'acquiescer à cette insulte faite à son autorité i.

Au commencement de l'hiver, Thurchil avait reçu 24,000 livres comme récompense de ses services passés; mais, soit que le caractère capricieux d'Ethelred lui fût suspect, soit qu'il craignit le ressentiment de son souverain naturel, il retourna avec neuf voiles en Danemarck, et obtint, après mainte sollicitation, son pardon de Canote. Les mille vaisseaux que, suivant les écrivains du Nord , ce prince avait rassemblés pour envahir l'Angleterre , sont réduits à deux cents par un historien contemporain ; mais il décrit en termes pompeux la splendeur de leur équipe-

1. Chron. *ax. 146. Malm. 39. Flor. 616. West. 202. Les Cinq-Bourgeois [Fife- Bnrghers), ou habitants des cinq bourgs de Leiccster, Stamford, Derby, Nottingnain et Lincoln, sont bien connus dans notre histoire. Mais quels étaient les Sepi- Bourgeois {Sev*H-Burghers)1 Probablement l«s mêmes, en y ajoutant Chester et York.

mont, et nous assure que parmi les {zuerriers qu'ils portaient il n'y en avait pas un de basse naissance , ou qui eût passé l'âge viril , ou qui n'eût Pexpériencc des faits d'armes , ou qui ne fût capable de lutter de vitesse avec le cheval le plus rapide *. Sandwich était à cette époque « le plus célèbre port de l'Angleterre *. » C'est là que Thurchil sollicita et obtint d'effacer la honte de sa déloyauté passée. Il fut le premier à débarquer , mais on le reçut résolument; et s'il finit par réussir, ce ne fut pas sans perdre les plus braves de ses Danois. De Sandwich, Canute s'avança le long de la côte méridionale, ravagea les comtés maritimes, et contraignit les West-Saxons à se soumettre. Une armée avait été levée dans le nord par Edmond , une autre en Mercie par Edric. Elles se réunirent, se querellèrent et se séparèrent. Le ressentiment d'Edric le fit passer sous l'étendard de Canute , et son exemple fut suivi par un corps de Danois qui avaient juré fidélité à Ethelred *.

L'année suivante , après une tentative infructueuse pour lever une armée dans les comtés du sud , Edmond se mit à la téte des Northumbres, qui avaient été appelés aux armes par leur comte Uhtred. L'Angleterre devint bientôt la proie de deux armées ennemies, qui , au lieu de se chercher, se contentaient de piller les habitants sans défense. Les rovalistes assouvirent leur vengeance sur les comtés de Stafford , de Salop et de Leicester, dont les habitants avaient refusé de rejoindre leur étendard ; et Canute, adoptant une politique semblable , accorda à ses troupes le pillage de la partie orientale de la Mercie et des environs d'York. Uhtred fut rappelé pour protéger ses propres domaines ; mais, n'espérant rien de la résistance, il fit des offres de soumission. Elles furent acceptées , et son serment de fidélité fut suivi de Tordre de son exécution. Le Danois lui avait ordonné de venir à sa cour à Wiheal , un rideau suspendu en travers de la salle cachait Thureband et une troupe d'assassins; et le comte, sans défense, tomba victime de la perfidie de son nouveau souverain. Quarante des siens partagèrent sa destinée 4.

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