‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 190 sur 643 · EDMOND · texte numérisé non relu

EDMOND

[A. D. 4016.] Si les efforts d'un seul homme avaient pu empêcher l'Angleterre d'être subjuguée , ce glorieux exploit eût été accompli par le courage et la persévérance d'Edmond. II était à Londres au moment de la mort de son père , et fut sur-le-champ proclamé roi par les citoyens. Canute était posté à Southampton, où les thanes du Wcssex l'avaient reconnu à regret pour leur souverain. Les préparatifs du siège de la capitale, dernier boulevard de l'indépendance anglaise, étaient déjà faits; et une flotte de trois cent quarante voiles, portant une armée de vingt-sept mille hommes , avait été réunie à l'embouchure de la Tamise *. Dans la ville étaient Edmond et son frère, la reine douairière Emma, deux évô-

murs de la ville. Pour prix de ce service, Ethelred le nomma comte, et lui donna sa fille Elgive en mariage. La première femme d'Uhtred était fille de l'opulent thane Styr. Avec elle il avait épousé les querelles de la famille, et s'était engagé a servir la vengeance de son beau-père par la mort de Thurebrand , ennemi de ce seigneur. Mais Thurebrand déjoua toutes ses machinations, et finit, comme on a vu plus haut, par obtenir de Canute la permission d'infliger à Uhtred le châtiment que celui-ci lui avait destiné à lui-même. Le meurtrier, au surplus , tomba peu après sous l'épée d'Aldred , fils de l'homme qu'il avait assassiné. Le devoir de la vengeance fut dévolu alors à Ceorl , fils de Thurebrand. Les deux chefs passèrent quelques années à comploter leur perte mutuelle : l'intervention de leurs amis les réconcilia, et le raccommodement fut confirmé par des serments de fraternité et par la promesse de faire ensemble un pèlerinage à Rome. Aldred visita Ceorl dans sa maison , fut reçu avec une bienveillance apparente , puis traîtreusement assassiné dans la forêt de Ridesdale. Ceorl échappa au sort qu'il méritait ; mais après bien des années , ses fils étant réunis à un festin chez leur frère aîné, près d'York, furent surpris par Waltheof , petit- fils d'Aldred. Toute la famille fut massacrée, a l'exception de Sumcrlede, qui se trouvait absent, et de Canute, qui dut la vie à la pitié qu'inspira son aimable caractère îSim. Dun. 81,82). Cette haine héréditaire, qui avait duré cinq générations, fut enfin éteinte par la conquête des Normands. Par là le lecteur peut juger de la désunion, de la méfiance et de la perfidie qui régnaient dans des armées composées de vassaux dont les chefs étaient tenus , par ce qu'ils considéraient comme le devoir le plus sacré , de chercher à se détruire les uns les autres. C'est à cela en grande partie que les Danois durent leurs succès.

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