CHAPITRE SIXIÈME
Les courtisans de Canule, pour flatter sa vanité, avaient coutume de le prôner comme le plus grand des rois , qui était obéi de six nations puissantes : les Anglais, les Ecossais et les Gallois , les Danois, les Suédois et les Nonvésiens. Canute eut le bon sens de mépriser leur flatterie ou feignit de la mépriser. Dans une de ces occasions, étant assis sur le rivage près de Southampton, il commanda à la mer de respecter son souverain. Mais la marée montante le força bientôt de se retirer, et il profita de la circonstance pour faire à ses flatteurs un sermon sur la faiblesse des rois de la terre, en comparaison de la puissance de l'Être suprême qui gouverne les éléments. Frappé de cette idée, on dit que, de retour à Winchester, il ôta sa couronne de dessus sa tête , qu'il la plaça sur le grand crucifix de la cathédrale , et qu'il ne la pôrta plus même dans les cérémonies publiques1.
En 1030, il fit un pèlerinage à Rome. Sur sa route, il visita les plus célèbres églises, laissant partout des preuves de sa dévotion et de sa libéralité8. À son retour, il se rendit directement en Danemark, mais envoya l'abbé de Tavistock en Angleterre avec une lettre qui expliquait l'objet et le résultat de son voyage. Je transcrirai cette lettre, non-seulement parce qu'elle fournit un spécimen intéressant des mœurs et des opinions du temps , mais aussi parce qu'elle montre le changement surprenant que la religion avait produit sur l'esprit d'un guerrier féroce et sanguinaire.
[A. D. 4031.] « Canute, roi de tout le Danemarck, de l'Angleterre , de la Norwége, et d une partie de la Suède , à Egelnoth le métropolitain, à l'archevêque Alfric, à ton» W évêques et chefs et à toute la nation des Anglais, nobles et roturiers, salut. Je vous écris pour vous informer que j'ai été dernièrement à Rome prier pour la rémission de mes péchés et pour la sûreté de mes royaumes et des nations qui sont soumises à mon sceptre. Il y a longtemps que je m'étais engagé par un vœu à faire ce pèlerinage ; mais jusqu'ici j'avais été retenu par des affaires d'État et autres empêchements. Maintenant , je rends d'humbles grâces au Tout- Puissant de ce qu'il m'a permis de visiter les tombes des bienheureux apôtres Pierre et Paul et tous les saints lieux au dedans et au dehors do la ville.de Rome, et de les honorer et vénérer en personne* Et ceci , je l'ai fait parce que j'avais appris de mes instituteurs que l'apôtre saint Pierre a reçu du Seigneur le grand