‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 210 sur 643 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

A son avènement il trouva près du trône trois chefs puissants, Godwin, Leofric et Siward. Ils portaient le titre de earl (comte) ; car l'ascendant des Danois avait introduit les coutumes et les dénominations danoises. Uealdorman des Saxons avait été remplacé par Y earl des hommes du Nord; et les différents ealdorms avaient des proportions différentes , les uns étant enfermés dans d'étroites limites, tandis que les autres embrassaient plusieurs comtés. Comme délégués du souverain, les earls étaient revêtus d'un pouvoir considérable. Ils levaient les troupes, percevaient les amendes, jugeaient et exerçaient les fonctions ordinaires de la royauté dans leurs juridictions respectives ; mais ils étaient amovibles à la volonté du roi et du witan, et ne transmettaient point leurs charges à leurs enfants. L'earldom de Siward s'étendait du Humber aux confins de l'Écosse; Leofric s'appelait l'earl de Leicester ; mais son gouvernement comprenait la plupart des comtés du nord delà Mercie. Godwin commandait dans le Wessex, le Sussex et le Kent; et ses deux fils, Sweyn et Harold, possédaient déjà ou obtinrent bientôt, le premier, l'earldom de Gloucester, Hereford, Somerset, Oxford et Berks ; le second, celui d'Essex, Middlesex, Huntingdon, Est- Anglie et Cambridgeshire. Unis , ces nobles étaient plus forts quo le roi , dont la principale sécurité venait de leurs jalousies mutuelles et du conflit de leurs intérêts.

11 fut heureux pour Edouard qu'au commencement de son règne ces chefs puissants , dans leur zèle pour le service du roi, négligeassent tout sujet de discussion privée. Par leur aide, le rétablissement de la ligne saxonne sur le trône s'effectua paisiblement; et les familles danoises dont la fidélité était douteuse, ou dont l'ancienne tyrannie méritait un châtiment, furent chassées du royaume. A la liste des victimes il faut ajouter la reine-mère. Edouard tint un conseil à Gloucester : de là, accompagné de Godwin, de Leofric et de Siward, il se rendit en hâte à Winchester, se saisit des trésors de la princesse, et enleva les troupeaux et le blé des terres qu'elle possédait à titre de douaire1. Le lecteur aura déjà remarqué plusieurs exemples de cette espèce d'exécution militaire ; mais nous n'avons pas de renseignements précis sur le motif de celle-ci. La partialité d'Emma pour les Danois lui avait attiré la haine des indigènes. Les richesses qu'elle amassait avec soin avaient toujours été aux ordres de ses plus jeunes enfants, tandis qu'elle laissait les fils d'Ethelred sentir les privations de la pauvreté. C'est à son opposition qu'était dû, selon toute probabilité, le non-succès de la descente d'Edouard après la mort de Canute; et on disait

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