KDOU ARD-LE-CONFESSEUR
Le corps du feu roi n'était pas déposé dans la tombe que son frère utérin Edouard monta sur le trône. L'héritier légitime de la ligne saxonne était le fils d'Edmond Côte-de-Fer, exilé en Hongrie. Mais, en réglant la succession, les Anglais avaient fréquemment substitué l'oncle au neveu. Edouard était présent, son caractère et ses infortunes plaidaient en sa faveur ; les vœux des indigènes réclamaient hautement un roi de la race de Cerdie ; et les murmures des Danois, si les Danois étaient disposés à murmurer, furent promptement étouffés par l'irrésistible influence de Godwin (3 avril 4043). A la fête suivante de Pâques , le fils d'Ethelred , ayant promis do maintenir les lois de Ganute, fut couronné par l'archevêque Edsy, qui profita de l'occasion pour faire au nouveau souverain un long sermon sur les devoirs de la royauté et sur le gouvernement paternel de ses prédécesseurs saxons1.
Edouard avait alors environ quarante ans , dont il avait passé vingt-sept exilé en Normandie. Les circonstances lui interdisant toute espérance raisonnable d'obtenir la couronne, il avait consolé les heures de son bannissement par les plaisirs de la chasse et les pratiques de la religion, et il apporta sur le trône les habitudes de modération et de tranquillité qu'il avait contractées dans la vie privée. Ce fut plutôt un bon qu'un grand roi. Conserver la paix et propager la religion , affermir les anciennes lois et diminuer les charges de son peuple, tels furent les soins principaux de son gouvernement ; mais il ne possédait ni cette énergie d'âme , ni cette férocité de caractère qui peut-être étaient nécessaires pour commander le respect et réprimer la violence des nobles indomptés qui l'entouraient.
1. Knyghton, 2338. Ckron. sax. 157. Chron. Lamb. adann. 1043, publié à la fin du Dictionnaire de Lyc. J'y renverrai sous ce nom , parce qu'il a été copié pnr Lombard. Les écrivains normands attribuent l'avènement d'Edouard aux efforts de Guillaume, duc de Normandie, alors dans sa quinzième année. Onnousditqu'il demanda la couronne pour Edouard par ses messagers, qu'il envoya Edouard deNormandie avec une garde , et qu'il menaça de le suivre avec une puissante armée. La crainte d'une invasion fit tomber le choix des Anglais sur Edouard ( Guil. Pict. p. 44, edit. Maseres). Je considère ceci comme une des fictions inventées en Normandie pour expliquer le choix, réel ou supposé, qu'Edouard fit de Guillaume pour être son successeur. Que le prince anglais fût à cette même époque en Angleterre , et non en Normandie , cela est piouvé non -seulement par no* chroniqueurs anglais, mais par le moine de Saint-Omer, qui, dans les dernières lignes qu'il adresse à Emma, vante l'union dans laquelle elle vit en Angleterre avec ses deux fils Edouard et Hardecanute (Encom. Emma, p. 3G) ; et dans Guillaume de Jumiéges', qui dit que Hardecanute fit venir Guillaume de Normandie, et qu'ils vécurent ensemble depuis (Guil. Gem. vu). Il est à remarquer que le premier de ces écrivains dit qu'on envoya chercher Edouard, afin qu'il eût part au royaume : « ut veniens secum obtineret regnum » ( p. 36) ; le second, que Hardecannte le laissa héritier du royaume : « totius regni rcliquit hwredem n (ibid. ).