CHAPiTRE SIXIÈME
A cette nouvelle, le roi revint à la hâte dans la capitale. Il est probable qu'avant d'aller au Nord il avait laissé Tordre d'assembler les troupes à Londres en cas d'invasion. Le fait est que des milliers d'hommes accoururent sous son étendard, et qu'en six jours il se crut de force à lutter contre son rival1. Au commencement d'octobre, York lui donnait un festin ; le 11 du même mois, il avait atteint le camp des Normands. Mais aucune célérité ne pouvait mettre en défaut la vigilance de Guillaume. Ses coureurs lui donnèrent avis de l'approche des Anglais. Il fit aussitôt ses préparatifs do combat , rappela les détachements qu'il avait envoyés en maraude, et, se retirant dans sa tente, il assista à la messe et communia 8 .
Dans l'opinion de ce temps , nul crime n'était regardé comme plus honteux ou plus atroce que la trahison d'un vassal contre son seigneur ; et Guillaume paraît avoir été profondément pénétré de l'idée si habilement répandue parmi les troupes, que le ciel ne manquerait pas de punir Harold d'avoir violé son serment. Quand on lui dit que le roi d'Angleterre accompagnait l'armée, il exprima son étonnoment qu'un homme qui se sentait coupable de parjure s'aventurât dans un combat V Le même sentiment régnait parmi les Anglais. Les frères de Harold le conjurèrent instamment de s'éloigner du champ de bataille. « Vous avez juré fidélité à Guillaume, » dirent-ils, « vous ne pouvez légitimement combattre contre un prince à qui vous avez promis soumission au nom de Dieu. Laissez-nous la direction de la bataille. Nous ne sommes liés par aucun serment; nous ne connaissons les Normands que comme
1. Pendant ces six jours, les deux rivaux échangèrent, nous dit-on, des messages. Un moine anglais , du côté de Harold , reconnut la priorité des droits de Guillaume ; mais soutint qu'Edouard, à son lit de mort , avait laissé la couronne à Harold, et que la dernière disposition avait révoqué la première. Un moine de Fécamp répondit, d'autre part, qu'Edouard avait donné la couronne à Guillaume de l'avis de son witan ; que Godwin, Stigand, Lcofric et Siward avaient juré de ne laisser succéder aucun autre prince; qu'ils avaient livré des otages en garantie de leurs serments ; que Harold avait ensuite pris le même engagement par ordre d'Edouard ; que Guillaume ne Taisait aucune difficulté de soumettre sa prétention à la décision des lois, soit anglaises, soit normandes ; ou que si son rival le préférait, il était prêt à l'appeler en combat singulier. Harold répliqua simplement que Dieu jugerait entre eux iPiet. 112-126'. Je n'ai aucune confiance dans cette histoire. On a déjà donné des raisons de douter que jamais Edouard-lc-Confessenr ait promis sa succession à Guillaume; et l'arrivée d'Edouard-le-Proscrit, comme l'héritier présomptif de la couronne, en 1057, prouve que les allégations attribuées au moine de Fécamp sont fausses, selon toute apparence.
2. Cette circonstance donna probablement lieu à l'assertion de Malmsbury '56, 57), que les Anglais passèrent la nuit d'avant la bataille à boire, les Normands à prier. Le fait est que Harold se hâta pour surprendre l'ennemi , et qu'il y réussit en partie, attendu que plusieurs détachements étaient allés piller dans la matinée avant que son approche fût connue. Pict. 127.