A nn, de Tavlor
HISTOIRE D'AXGLET£RRE.
les ennemis de notre pays. » Le roi se prit à rire de leurs craintes1.
Le lieu qu'il avait choisi pour cette lutte importante s'appelait Senlac, à neuf milles de Hastings; c'était une éminencc ouverte au midi et flanquée par derrière d'un bois étendu (U octobre) ». A mesure que ses troupes arrivèrent, il les rangea sur la pente en une masse compacte et immense ; au centre flottait l'étendard royal, représentant un guerrier dans l'attitude du combat, brodé en fil d'or et orné de pierres précieuses. A côté se tenaient Harold et ses deux frères Gurth et Leofwin ; et autour d'eux le reste de l'armée, tous à pied. Dans cette disposition le roi semble avoir adopté, autant que le permettaient les circonstances, le plan qui avait été récemment si funeste aux Norvégiens, et qui, cette fois, par les mêmes causes, produisit le même résultat. Probablement il craignait le choc de la nombreuse cavalerie des Normands. Les hommes et les chevaux étaient complètement enfermés dans une armure qui donnait à leurs charges une pesanteur irrésistible et les rendait presque invulnérables aux armes ordinaires. Afin de leur tenir tète avec plus de chances de succès, Harold avait amené des machines pour lancer des pierres dans leurs rangs, et avait recommandé à ses soldats de se borner, en combattant de près, à l'usage de la hache d'armes, qui était lourde et meurtrière.
Sur la hauteur opposée , Guillaume était occupé à ranger son armée en bataille. Il mit en tète les archers et les arbalétriers; le second rang fut composé de la grosse infanterie, revêtue de cottes de mailles ; et derrière elle, le duc fit cinq divisions des chevaliers et des hommes d'armes, l'espoir et l'orgueil de l'armée normande. Qu'il se soit efforcé, par ses paroles et par ses actions, d'inspirer à cette multitude de guerriers de différentes nations une ardeur semblable à la sienne , cela n'est pas improbable ; mais les deux harangues que lui prêtent Guillaume de Poitou et Henri de Huntingdon peuvent avec autant de vraisemblance être attribuées à* la plume habile de ces écrivains. Nous savons seulement do luimême qu'en présence de ses barons il fit à Dieu le vœu solennel que, s'il gagnait la victoire, il fonderait une église pour le bien de Paine de tous ses soldats. Vers neuf heures du matin l'armée commença à s'ébranler, franchit l'intervalle qui séparait les deux collines, et monta lentement l'émincnce sur laquelle les Anglais