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Durant l'engagement, Guillaume avait donné les preuves les plus signalées de bravoure personnelle. Il avait eu trois chevaux tués sous lui, et il avait été forcé de lutter à pied avec ses adversaires. Harold aussi avait animé les siens par ses discours et par son exemple, et déployé un courage digne de la couronne pour laquelle il combattait. Ses frères Gurth et Leofwin avaient déjà péri ; mais tant qu'il leur survécut nul ne conçut la crainte d'une défaite ou n'admit l'idée de la fuite. Un peu avant le coucher du soleil, une flèche tirée au hasard lui entra dans l'œil. 11 tomba sur le coup, et la nouvelle de sa mort ralentit les efforts des Anglais. Vingt Normands entreprirent de s'emparer de la bannière royale et y parvinrent, mais il en périt la moitié. Un d'eux, qui mutila desonépée le cadavre du roi, fut disgracié ensuite par Guillaume pour sa brutalité. A la brune, les Anglais lâchèrent pied et se dispersèrent dans le bois. Les Normands suivaient leurs traces à la clarté de la lune, lorsque l'ignorance des localités les conduisit dans un endroit entrecoupé de fossés où ils se précipitèrent dans l'ardeur de la poursuite. Les fuyards, rappelés par cet accident, usèrent de cruelles représailles contre leurs adversaires. Comme Guillaume, attiré par les cris des combattants, accourait sur ce point, il rencontra Eustache de Boulogne et cinquante chevaliers qui fuyaient à toute bride. Il leur cria de s'arrêter; mais le comte, au moment où il parlait à l'oreille du duc , reçut dans le dos un coup qui lui fit jaillir le sang par la bouche et les narines. On remporta sans connaissance dans sa tente. L'intrépidité de Guillaume l'entraîna sur le théâtre du danger; sa présence encouragea ses hommes ; des secours arrivèrent, et les Anglais furent repoussés après une résistance opiniâtre ».
Ainsi linit cette mémorable et fatale bataille. Du côté des vainqueurs, près de soixante mille hommes y avaient pris part, et il en resta plus d'un quart Sur le champ de bataille. Le nombre des vaincus et le montant de leurs pertes sont ignorés. La vanité des historiens normands a exagéré l'année anglaise au delà de toutes les limites de la vraisemblance : les écrivains nationaux l'ont réduite à une poignée de guerriers résolus*. Mais de part, et d'autre ils s'accordent à dire qu'avec Harold et ses frères périt toute la noblesse du sud de l'Angleterre, perte qui ne put être réparée. La mère du roi demanda comme une faveur le corps de son fils ,