‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 277 sur 643 · CHAPITRE IIL'ITIKMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL'ITIKMK

Le witan s'était assemblé à Londres immédiatement après la mort do Harold. La population de cette capitale était considérable et belliqueuse, et le nombre de ses habitants s'était accru par l'arrivée des tînmes des comtés voisins. Par leur choix unanime, létheling Edgar, légitime prétendant, fut placé sur le trône. Mais Edgar était jeune et dépourvu d'habileté ; la première place dans le conseil se trouva dévolue au métropolitain Stigand, et la direction des opérations militaires fut confiée aux deux puissants comtes Edwin et Morcar. Leur premier effort fut sans succès, et la confiance des citoyens fut ébranlée par la faible résistance qu'un corps nombreux d'indigènes avait opposée à une force très-inférieure de cinq cents cavaliers normands. Guillaume se contenta de brûler les faubourgs; il ne se soucia pas ou craignit de donner l'assaut, et résolut de punir ceux qui lui tenaient tète en détruisant leurs propriétés en rase campagne. Abandonnant Londres, il répandit son armée dans les comtés de Surrey, de Sussex, de Hampshire et de Berkshire. Tout ce qui avait quelque valeur fut pillé par les soldats, et ce qu'ils ne purent emporter fut livré aux flammes.

La méfiance et la désunion régnaient cependant entre les conseillers d'Edgar. Chaque nouveau revers était attribué à l'incapacité ou à la trahison des chefs. On disait même tout bas qu'Edwin et Morcar songeaient moins à délivrer leur pays qu'à faire passer sur la tète de l'un d'eux la couronne d'Edgar. Les deux comtes quittèrent la ville, et leur départ, au lieu de diminuer la consternation générale, ne fit que l'accroître. Le premier qui se mit à la discrétion du Conquérant, ce fut Stigand, qui alla au-devant do Guillaume comme il passait la Tamise à Wallingford, lui jura fidélité comme à son souverain, et fut salué par lui des titres flatteurs de père et d'évêque. Sa défection en entraîna d'autres, et la détermination do ceux qui hésitaient fut accélérée par la rapidi'é avec laquelle le Normand poursuivait son plan de dévastation. Le Buckinghamshire et une partie du comté de Hertford étaient déjà ravagés, lorsqu'arriva une deputation composée d'Edgar, d'Edwin et de Morcar, de la part de la noblesse, de l'archevêque d'York, et des évêques de Worcesteret de Hercford, de la part du clergé , et des principaux citoyens de Londres, au nom de leurs égaux. A Berkhamstead , ils jurèrent fidélité au Conquérant, donnèrent des otages et lui offrirent la couronne. Il affecta de délibérer, et n'accepta formellement la proposition que lorsque les barons normands l'eurent ratifiée de leur approbation. Alors il fixa pour son couronnement les fêtes prochaines de Noël1.

1. Je sais que cette version est très-différente de celle qui est généralement rc-

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Les Normands, fiers de leur supériorité de civilisation, traitèrent les indigènes comme des barbares ». Guillaume n'ajouta aucune confiance à leurs serments, et prit toutes les précautions possibles contre leur hostilité. Mais il craignait surtout les habitants de Londres, population brave, mutine et confiante dans son nombre. Avant de s'exposer au milieu d'eux, il fit entourer de défenses militaires la maison qu'il devait occuper; et, le jour de son couronnement dans l'abbaye de Westminster, une nombreuse. division de son armée stationnait dans le voisinage (25 décembre). Comme Stigand avait été suspendu de ses fonctions, la cérémonie fut accomplie par Aldred, archevêque d'York; et ce prélat demanda aux Anglais, et l'évèque de Constance aux Normands, s'ils étaient consentants à ce que Guillaume fût leur souverain. Les deux nations exprimèrent leur assentiment par de bruyantes acclamations, et au même instant, comme à un signal convenu, les troupes qui étaient sur les limites de l'abbay e mirent le feu aux maisons voisines et commencerent à piller la ville. Le tumulte au dedans de l'église ne fut pas dépassé par celui du dehors. Les Normands crurent à un soulèvement général des habitants ; les indigènes s'imaginèrent qu'ils avaient été rassemblés cemme des victimes destinées à être égorgées Guillaume, quoiqu'il tremblât pour sa vie, refusa d'interrompre la cérémonie. Bientôt il resta seul avec les prélats et le clergé au pied de l'autel. Les Anglais, hommes et femmes, avaient cherché leur salut dans la fuite, et les Normands avaient couru, les uns éteindre les flammes, les autres prendre part au pillage*. Le service s'acheva avec précipitation, et le Conquérant prêta le serment accoutumé des rois anglo-saxons, avec cette addition, qu'il gouvernerait aussi équitablemcnt que le meilleur de ses prédécesseurs 5.

Guillaume, qui cherchait à réconcilier les deux nations, regretta profondément cette malheureuse circonstance. Elle enflamma toutes les méflanceset tous les ressentiments qu'il était de son intérêt d'étein-

çue, dans laquelle Stigand joue le rôle de patriote, et où le succès de Guillaume est attribué à l'influence des évêques, qui ne voulaient pas offenser le pape. Mais tout cela n'a pas d'autre autorité que la simple assertion de Malmsbury, qui dit qu'après le départ d'Edwin et de Morcar, les autres nobles auraient choisi Edgar, si les évéques les eussent secondés : u Cœteri Edgarum eligerent, si episcopos assertatores haherent » (Malm. f. 57). La version de notre texte est basée sur le témoignage de Guillaume de Poitou | p. 141), Orderic ip. 1871, Chronic. Lambnrdi (ad ann. 10661, Malmsbury [De Pont, i, f. 116), et de l'ancien écrivain cité par Siméon [Col. 195), Florence (p. 634), et Hovedcn (f. 258).

1. Pictaviensis (Guill. de Poitou) les appelle sans cérémonie feros ac barbaros , p. 150-153.

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