‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 278 sur 643 · CHAPITRE HLITIKMU · texte numérisé non relu

CHAPITRE HLITIKMU

dre, et elle apprit aux indigènes à regarder leurs vainqueurs comme des ennemis perfides et implacables. Pour excuser la conduite coupable des Normands, on allégua que les acclamations loyales de l'église avaient été prises par les gardes pour des cris d'insurrection ; mais il fut demandé pourquoi, en ce cas, ils n'avaient pas volé à la défense du roi ; comment prétendaient-ils apaiser un soulèvement dans un quartier en allumant un incendie dans un autre? On ne peut guère douter que l'outrage ne fût prémédité et ne prit naissance dans l'amour du pillage. A Douvres, les Normands, quoique sous les yeux mêmes de leur chef, n'avaient pu s'en abstenir : à Londres, la richesse bien supérieure des citoyens offrait une tentation irrésistible à leur rapacité. Ce soupçon est confirmé par la conduite subséquente du roi. 11 assembla ses barons, et les avertit qu'à force d'oppression ils pousseraient les indigènes à la révolte et se couvriraient eux et leur pays d'une honte indélébile. 11 publia de nombreux règlements pour le reste de l'armée. Il fut défendu de fréquenter les tavernes : les peines les plus rigoureuses protégèrent l'honneur des femmes, et des châtiments proportionnels furent affectés à tous les genres d'insulte, de rapine et de violence, et ces ordres ne se dissipèrent point en menaces impuissantes : des commissaires furent charges de les mettre à exécution ».

Jusqu'alors Guillaume avait été appelé « le Bâtard * : » à dater de cette époque, il reçut le surnom de « Conquérant, » terme qui, dans le langage du temps, n'impliquait pas nécessairement l'idée de conquête, mais qui s'employait indifféremment pour désigner une personne qui avait revendiqué et recouvré son droit. Dans ce sens, il s'accordait avec la politique du nouveau roi, qui affectait de devoir sa couronne, non pas au pouvoir de ses armes , mais à la volonté d'Edouard et au vœu des indigènes. On l'a représenté comme d'un caractère réservé et morose, plus enclin aux actes de sévérité qu'à la douceur; mais, si telles étaient ses dispositions naturelles, il eut l'art de les cacher, ou la force de les dompter. Toutes les premières mesures de son règne tendirent à amortir l'animosité des Anglais et à gagner leur affection. On ne fit d'autres changements à leurs lois ou à leurs coutumes, que ceux qu'exigeaient impérieusement les circonstances. Les citoyens de Londres obtinrent la concession de tous leurs anciens privilèges , et on employa les mesures les plus décisives pour détruire les bandes

1. Pict. 149. Il ajoute: • Etiam illa delicta qua; fièrent con sensu impudicaru v , infamiseprohibend» causa vetabantur » (ibid.). Orderic, p. 190.

2. Ce nom n'était pas considéré comme un terme de reproches ; Guillaume se le donne lui-même dans beaucoup de ses lettres \2901: " Ego Willielmus, cognomento Hastardus. „ Voyez Spelran. Archainl.Tt.

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de brigands qui commençaient à infester le pays. Les officiers préposés à la perception des revenus du roi reçurent Tordre d'éviter toute exaction, et d'exercer leur emploi avec douceur et modération. Pour protéger le commerce, la paix du roi fut accordée à tous les hommes voyageant sur la grande route, et à tous les trafiquants et à leurs serviteurs qui se rendaient à tout port ou marché. Tout le monde avait accès auprès de la personne du roi. Guillaume écoutait gracieusement les plaintes de ses sujets ; il entendait lui-même leurs causes; et quoique ses décisions fussent réglées sur les principes de la justice, il avait soin de les tempérer par des sentiments de miséricorde. De Londres il se retira à Barking , où une foule de thanes anglais affluèrent à sa cour. A leur requête, il reçut leur hommage ; et en retour, il octroya à tous la confirmation, et à plusieurs une augmentation de leurs biens et dignités !. Mais rien ne fut plus agréable à la nation que l'attention qu'il eut pour l'étheling Edgar. Afin de consoler ce prince de la perte d'une couronne à laquelle il avait droit de naissance, il l'admit au nombre de ses amis intimes, et lui donna une vaste propriété qui n'était point indigne du dernier descendant d'une ancienne race de rois. De Barking, il fit un voyage dans les comtés voisins. Sa route fut signalée par les nombreux bienfaits qu'il répandit autour de lui ; et son affabilité et sa condescendance envers ceux qui venaient le voir prouvèrent combien il avait à cœur de se concilier leur faveur et de mériter leur estime » .

La constitution des armées féodales était peu propre à la conservation des conquêtes éloignées. La durée de leur service était limitée à une courte période ; et Guillaume savait bien qu'à l'expiration du terme ses soldats s'attendaient à être licenciés et ramenés dans leur pays. Cependant il était évident que les indigènes ne pouvaient être maintenus dans l'obéissance que par une imposante force militaire. A la sollicitation du roi, plusieurs chefs consentirent à rester avec leurs troupes , et leur complaisance fut récompensée par la concession de biens considérables qu'ils possédèrent par tenure de service militaire. Si ces donations furent prises sur les domaines royaux ou sur les terres de ceux qui périrent à la bataille de Senlac, on l'ignore; mais ce qu'on nous dit, c'est que la mesure s'exécuta conformément aux strictes règles de

1. Guillaume de Poitou cite Edgar, Edwin, Morcar etCoxo, «quem singulari et fortitudine et probitate régi et optimo cuique Normanno placuisse audivinuis » (p. 150). Orderic njoute Turchil de Limis, Shvard et Aldrcd, flls d'Egar, pronrpotis régis ; Edric-le-Sauvage, pctit-flls ou neveu d'Edric l'Infâme, et beaucoup d'autres seigneurs, p. 195.

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