CHAPITRE HUITIÈME
Le roi chassait dans la forêt de Dean lorsqu'il reçut la première nouvelle de ce désastre. Dans un accès de colère, il jura, par la splendeur du Tout-Puissant, qu'aucun Northumbrc n'échapperait à sa vengeance. Averti des menaces de Suénon, il avait fait des préparatifs proportionnés au danger; il s'était cherché des auxiliaires chez tous les peuples depuis le Rhin jusqu'au Tage, et, afin de s'assurer de leurs services, outre une allocation généreuse pour le présent il leur avait fait la promesse de récompenses plus substantielles pour l'avenir. Ce n'était pas l'intention des confédérés de hasarder un engagement contre des forces si nombreuses et si bien disciplinées. Lorsqu'elles avancèrent, ils se séparèrent. Waltheof resta pour défendre York; Cospatric conduisit ses Northumbres au delà de la Tyne ; les Danois regagnèrent leurs vaisseaux et firent voile vers la côte de Lindesey. Guillaume , pour surprendre ces derniers, marcha rapidement avec sa cavalerie sur le Humber. Ils furent avertis de son dessein et passèrent sur la côte opposée de Holderness. Mais, si les étrangers l'évitaient lorsqu'il approchait en armes, ils furent accessibles à son argent, et on dit que Sbem, chef réel de l'expédition, vendit son amitié à Guillaume pour un présent considérable. Ce bruit dut peut-être son origine aux soupçons d'un peuple mécontent; mais il est certain qu'à partir de cette époque les Danois, qui restèrent pourtant encore quelques mois dans les eaux du Humber, ne tentèrent aucune entreprise importante, et que Sbem, à son retour en Danemarck, fut banni par son souverain pour cause de lâcheté ou de trahison t.
Le succès passager qui signala d'abord les armes des confédérés à York, avait rallumé les espérances et l'hostilité des indigènes. L'insurrection éclata dans tous les districts que Guillaume abandonnait en marchant au nord. Exeter fut assiégée par les habitants du Cormvall ; les mécontents du Devon et du Somerset donnèrent l'assaut à Montaigu ; les gens de Chester et un coq>s de Gallois, auxquels se joignirent bientôt Edrid-le-Sauvage et les siens, prirent la ville de Shrcwsbury et essayèrent d'en réduire le château. Heureusement l'inactivité des Danois permit à Guillaume de revenir sur ses pas. A Stafford, il défit un corps considérable d'insurgés ; et Edric , à la nouvelle de son approche , mit le feu à Shrewsbury, et se retira vers le pays de Galles. Exeter tint jusqu'à l'arrivée de Fitz-Osbern et de Bryan, qui accouraient à son secours; et, dans plusieurs autres comtés, les efforts des lieutenants du roi finirent par rétablir la tranquillité. Les deux partis souffrirent beaucoup dans cette guerre d'escarmouches :