‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 288 sur 643 · Orderic, 223. Matm · texte numérisé non relu

Orderic, 223. Matm

les troupes, dans leurs marches et contre-marches, pillaient les habitants sans distinction d'ami ou d'ennemi, et l'interruption des travaux de l'agriculture amena une disette alarmante les années suivantes. De Nottingham, le roi retourna vers le nord. A Pontefract, il fut retenu trois semaines par la crue des eaux de l'Are ; enfin , on découvrit un gué : il atteignit York et donna l'ordre de l'emporter d'assaut. Waltheof eut beau défendre la ville avec opiniâtreté et tuer de sa main plusieurs Normands qui se précipitaient vers les portes, il fut obligé de l'abandonner au vainqueur, qui fit réparer immédiatement les citadelles et y mit des garnisons. Les habitants se flattaient encore que l'hiver le forcerait de retourner au sud; mais, à leur grand désappointement, il envoya chercher sa couronne à Winchester, et, pendant les fêtes de Noël il tint sa cour à York, au milieu des réjouissances habituelles1.

Enorgueilli par la victoire et n'étant pas retenu par des motifs de religion ou des sentiments d'humanité , Guillaume , en cette occasion, conçut et exécuta un système de vengeance qui a couvert son nom d'une infamie éternelle. Comme ses premières tentatives pour contraindre à l'obéissance avaient échoué , il résolut d'exterminer les indigènes réfractaires et de mettre un désert comme barrière entre les Normands et leurs implacables ennemis. Dans ce but, il emmena ses troupes d'York, les dispersa en petites divisions dans le pays , et leur donna Tordre de n'épargner ni homme ni bète , de détruire les maisons , le blé , les instruments de labourage et tout ce qui pouvait être utile ou nécessaire au soutien de la vie humaine. L'œuvre de pillage , de meurtre et d'incendie commença sur la rive gauche de l'Ouse, et atteignit successivement la Tees, la Were et la Tyne. Les habitants les plus éloignés passèrent cette dernière rivière; les citoyens de Durham, se souvenant du sort de Cumin, ne se crurent en sûreté que lorsqu'ils furent établis à Holy-Island, propriété de leur évèque. Mais des milliers d'entre eux dont la fuite fut interceptée se cachèrent dans les forêts ou s'enfuirent dans les montagnes , -et là périrent de faim ou de maladie. Le nombre des hommes, femmes et enfants qui tombèrent victimes de cette barbare politique dépassa, dit-on, cent mille. On fut neuf ans sans voir un morceau de terre cultivée entre York et Durham, et, à la distance d'un siècle , des témoins oculaires nous assurent que le pays était jonché de ruines, dont l'étendue et le nombre attestaient encore l'ambition sanguinaire et l'implacable ressentiment du Conquérant2.

Page 1