CHAPITRE HLTNKMK
Les chefs anglais , effrayés de ce traitement rigoureux, abandonnèrent la lutte. Edgar, avec lcvèque Durham et ses principaux alliés, fit voile de Weromouth en Écosse; Cospatric sollicita par messager et obtint son pardon et son comté; Waltheof , dont la valeur avait excité l'admiration et mérité l'estime des Normands, rendit visite au roi sur les rives de la Tees , reçut de lui la main de sa nièce Judith, et recouvra ses anciens honneurs, les comtés de Northampton et de Huntingdon *. De la Tees, Guillaume, à quel propos, on ne le dit point, s'en retourna par une route où n'avait point encore passé une troupe armée. On était au cœur de l'hiver : une neige épaisse couvrait la terre, et les rivières, les montagnes et les ravins présentaient continuellement des obstacles nouveaux et inattendus. Dans la confusion générale , l'ordre et la discipline disparurent; le roi lui-même s'égara et passa une nuit d'anxiété dans une complète ignorance du lieu où il était et de la direction que l'armée avait prise. Après avoir surmonté de nombreuses difficultés et souffert les plus dures privations , les hommes atteignirent York; mais la plupart des chevaux avaient péri dans la neige *.
Cette aventure aurait arrêté l'ardeur d'un chef moins résolu ; mais le Conquérant professait un souverain mépris pour la fatigue, et, peu de semaines après, il entreprit une expédition plus longue et plus périlleuse. Au commencement de mars, au milieu des tourbillons de neige , de pluie et de grêle , il mena son armée d'York à Chester, par-dessus les montagnes qui séparent les deux côtés de l'ile. Les mercenaires étrangers commencèrent à murmurer; peu à peu ils en vinrent à se mutiner ouvertement, et ils demandèrent à grands cris leur licerîciement : « Qu'ils s'en aillent, s'ils veulent , » répondit le roi avec une indifférence apparente , « je n'ai pas besoin de leurs services. » En tète de l'armée, et souvent à pied, il donnait l'exemple à ses soldats, qui rougirent de ne pas égaler les efforts et l'ardeur de leur prince. A Chester, il bâtit un château, pacifia le pays, et rendit ses bonnes grâces à Edricle-Sauvage. De là il se rendit à Salisbury, où il récompensa et
l'observation du premier de ces écrivains : « In multis Guilfelmum nostra libentcr extulit relatio; sed in hoc laudare non audeo.... misericordia motus , miserabilis populi niœroribus et nnxietatibus magis rondolco. quam frivolis adulationibus inutiliter studeo. Prœterea indubitanter assero , quod impune non remittetur tam ferai i s occi*io. Summos enim et imos intuetur omnipotens judex , «que omnium facta discutiet, et puniet districtissimus vindex. »Ibid.
1. Judith était fille de la comtesse d'Albemnrle, sœur utérine de Guillaume. Guill. de Jumiéges, vin, 37.
2. Orderic, 226. Dans le texte de cet écrivain , Hexham a été mis par inadvertance à la place d'York. Il est évident que cette dernière version est la bonne.
licencia 1 armée. La seule punition infligée aux mutins fut l'obligation de servir quarante jours de plus que leurs camarades «.
Le départ des Normands ne mit pas fin aux calamités des comtés du nord. Tant que les indigènes tinrent tête à Guillaume , Malcolm d'Écosse les considéra comme amis : du moment qu'ils se soumirent, il devint leur ennemi. Traversant la Cumbrie, il répandit ses barbares dans le nord du Yorkshire pour glaner tout ce qui avait échappé à la rapacité des Normands. Cospatrie , qui épiait ses mouvements, fit, par représailles, une incursion semblable dans la Cumbrie, et s'en retourna avec une ample moisson de butin à son château de Bamborough. A cette nouvelle, Malcolm était parti de Cleveland et avait longé la côte jusqu'à Weremouth. A dater de ce moment, la guerre prit un aspect plus sanguinaire. Les Écossais , qui étaient poussés non-seulement par l'espoir du pillage , mais aussi par la soif de la vengeance , passèrent la Tyne , brûlèrent les églises et les villages, massacrèrent les enfants et les vieillards, et emmenèrent de force tous es hommes et femmes en état de supporter la fatigue du voyage. Les prisonniers étaient si nombreux, que, suivant un historien qui était presque contemporain, ils fournirent d'esclaves anglais toutes les fermes du sud de l'Écosse. Quand Malcolm eut «terminé cette expédition, il offrit sa main à Marguerite sœur d'Edgar. La princesse, qui était dans sa vingt-deuxième année, se détourna avec dégoût d'un mari couvert du sang de tant d'innocentes victimes. Elle allégua le penchant qui la portait à embrasser la vie monastique ; mais ses objections durent céder à l'autorité d'Edgar et de ses conseillers, et les douces vertus de l'épouse adoucirent insensiblement la férocité et éclairèrent l'esprit du mari *.
Guillaume alors fut maître incontesté de l'Angleterre. De la Manche aux frontières de l'Écosse , son autorité était universellement reconnue. Dans chaque comté, à l'exception du gouvernement de Cospatrie, elle était fortifiée par la présence d'un corps considérable de troupes. On avait élevé une forteresse dans chaque