‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 299 sur 643 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

tement estimé et aussi libéralement récompensé par le Conquérant, Geoffroy, évêque de Coutances, laissa à sa mort deux cent quatrevingts manoirs à Roger Movvbray, son neveu. Robert, comte de Mortagnë, frère de Guillaume et d'Odon, obtint pour sa part neuf cent soixante-treize manoirs ; quatre cent quarante-deux formèrent la part d'Alain Fergant, comte de Bretagne ; deux cent quatre-vingtdix-huit, celle de Guillaume Warenne, et cent soixante et onze ; celle de Richard de Clare. D'autres biens plus ou moins considérables furent donnés au reste des chefs étrangers, suivant le caprice ou la reconnaissance du nouveau souverain1.

Indépendamment de ces concessions de terres, il conféra à ses principaux favoris une autre distinction honorable en elle-même , profitable à ceux qui la possédaient, et nécessaire à la stabilité de la puissance normande. Ce fut l'earldom ou commandement de plusieurs comtés. Odon fut créé earl ou comte de Kent, et Hugues d'Avranches earl de Chester, avec juridiction royale dans leurs earldoms respectifs. Fitz-Osbern obtint l'earldom de Hereford ; Roger de Montgommery, celui du Shropshire; Gauthier ou Walter Giffard, celui de Buckingham ; Alain deBretagne, celui de Richmond, et Ralph Guader, celui de Norfolk. Du temps des Saxons, ces dignités s'accordaient ordinairement pour la vie : Guillaume les rendit héréditaires dans la môme famille *.

Il faut remarquer toutefois que les nobles normands étaient aussi prodigues qu'ils étaient rapaces. Leur vanité était flattée du nombre et de la richesse de leurs vassaux, dont ils achetaient et reconnaissaient les services par les plus libérales donations. Aussi les biens qu'ils recevaient du roi étaient-ils distribués par eux à leurs partisans dans des proportions et à des conditions que l'on stipu lait réciproquement. De tous ses manoirs dans le Kent, le comteévèque n'en garda pas plus d'une douzaine en sa possession s. Fitz- Osbern était toujours dans le besoin : tout ce qu'il obtenait, il l'aliénait; et le roi lui-même le réprimanda souvent de son insouciance et de sa prodigalité4. Hugues d'Avranches était entouré d'une armée de chevaliers, ses vassaux, qui l'accompagnaient partout où il allait, pillant les fermes sur leur passage, et vivant aux

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