Jltsl. Blien
rent : la violation de leur serment entraîna de par la loi la confiscation de leurs biens , et de nouvelles donations furent faites pour récompenser les services de nouveaux aventuriers. Puis les donataires ne se contentaient pas toujours des bontés du roi , leur insolence foulait aux pieds les droits des indigènes ; et leur rapacité dépossédait leurs voisins innocents, mais dénués de protection. Les victimes en appelaient quelquefois à l'équité du roi ; mais il n'était pas fort empressé à déplaire aux hommes sur l'épée desquels il comptait pour conserver sa couronne , et, s'il ordonnait la restitution de la propriété qu'on avait injustement envahie, il avait rarement soin de veiller à l'exécution de l'arrêt qu'il avait rendu. Fatigué, toutefois, des plaintes importunes des Anglais d'une part, et de l'intraitable rapacité des Normands de l'autre, il commanda aux deux partis de régler leurs différends par des compromis. Cet expédient le dispensa de continuer des fonctions dans lesquelles son devoir était opposé à ses intérêts; mais il tourna partout à l'avantage des oppresseurs. L'Anglais fut forcé d'abandonner la plus grande partie de son bien pour pouvoir garder le reste non comme réel propriétaire, mais comme vassal de l'homme qui l'avait lésé1.
II. Ainsi, tant par donation que par usurpation , presque toutes les terres du royaume passèrent aux mains des Normands. Les familles qui , sous la dynastie anglo-saxonne , s'étaient distinguées par leur opulence et leur pouvoir, disparurent successivement. Beaucoup périrent dans les différentes insurrections; d'autres mendièrent leur pain en exil, ou languirent en prison, ou traînèrent une existence précaire sous la protection de leurs nouveaux seigneurs. Le roi lui-même était devenu le principal propriétaire du royaume. Les domaines royaux lui étaient tombés en partage; et si, dans certains cas, il les avait diminués par des donations faites à ses partisans, la perte avait été complètement réparée par la confiscation des biens des thanes anglais. Il ne possédait pas moins de quatorze cent trente -deux manoirs en différentes parties du royaume *. Après lui venait son frère Odon, connu sous le titre de comte-évèque, qui avait près de deux cents manoirs dans le Kent, et deux cent cinquante dans d'autres comtés. Un autre prélat, hau-
1. Comparez les paroles de Gervais de Tilbury (Brad. i, 15) avec l'extrait correct du AJs de la Jamille Sharncburn, apud Wilk. Leg. sax. 287.
2. Manoir la manendo; Orderic, 2ôo) était synonyme, dans la langue des Normands, de villa en latin et de lune en anglais. Ce mot désigne une vaste étendue de terre avec une maison dessus à l'usage du seigneur , et des chaumières pour se* esclaves. Il en gardait généralement une partie entre ses mains, et donnait le reste à deux ou plusieurs tenanciers qui possédaient sous condition de service militaire, de rente ou autres prestations.