Chron. sax
2. Robert était gros et au-dessous de la taille ordinaire ; ce qui faisait que son père l'appelait Gambarou et Courthose : c'est-à-dire, littéralement, jambes rondes et courtes chausses; surnoms qu'il conserva tant qu'il vécut.
courage le poussait quelquefois à l'action , ses efforts n'étaient que momentanés, et bientôt il retombait dans ses habitudes d'aisance et de laisser-aller. Satisfait d'avoir acquis la couronne ducale, il laissa échapper la précieuse occasion de placer sur sa tète la couronne d'Angleterre. Peu d'années après , il perdit le duché de Normandie par son indolence et sa mauvaise conduite , et enfin il termina sa vie dans un cachot , prisonnier de son plus jeune frère.
Guillaume surnommé Rufus , ou le Roux , était le second des fils, et il avait hérité non-seulement de l'ambition, mais de la promptitude d'action et de la politique de son père. C'était le favori du Conquérant; il l avait accompagné dans tous ses voyages et avait combattu à son côté dans toutes ses batailles. Du lit du monarque mourant, il courut en Angleterre, accompagné de Bloet, messager confidentiel et porteur d'une lettre de recommandation pour Lanfranc , qui , bien qu'il eût été précepteur de Guillaume , qu'il lui eût conféré l'ordre de chevalerie 1 et qu'il appuyât en secret ses prétentions, refusa de se déclarer en sa faveur jusqu'à ce que ce prince eût promis sous serment (plusieurs de ses amis jurèrent avec lui) qu'il gouvernerait conformément aux lois et à la justice, et qu'il demanderait et suivrait l'avis du primat2.
Un conseil des prélats et des barons fut alors convoqué pour procéder à l'élection d'un souverain. Quoique les principes de la succession héréditaire fussent encore mal établis, cependant l'histoire anglaise ne fournissait pas de précédent que le cadet eût été préféré à l'aîné. Mais beaucoup des amis de Robert étaient en Normandie; d'autres furent intimidés pur la présence de Guillaume ou gagnés par ses promesses, et Lanfranc employa toute l'influence de l'Église en sa faveur. [26 sept. 1088.] Dans la troisième semaine après la mort de son père, il fut élu roi, et couronné inimédialement avec les solennités d'usage3. «
Le troisième et dernier fils se nommait Henri. Les cinq mille livres qu'il avait eues pour sa part ne sullisaient point à son ambition; mais la nécessité le força de s'en contenter pour le moment , et il épia en silence le cours des événements , déterminé à
1. Cette cérémonie est décrite ainsi : **Eum lorica induit, et guleam capiti ejus imposuit ciquo militiic cin«ulum in numine Donuni cinxit. » Orderic , (>C5.
2. Ead. 13. Les prétentions de Guillaume reposaient uniquement sur un vœu exprimé en sa faveur par son père, qui , bien qu'il ne put empêcher son fils aîné de lui succéder en Normandie, parce que c'était le patrimoine de la famille , pouvait, soutenait-on, disposer de la couronne d'Angleterre comme il lui plaisait , parce qu'il ne l'avait pas héritée de son père, mais acquise.