CHAPITRE NEUVIÈME
à Carlislc comme une usurpation de ses droits : ce qu'il y a de certain, c'est qu'il s'éleva entre les deux nations une nouvelle querelle dont nous ne savons ni l'origine ni les particularités. Le roi d'Écosse fut invité ou sommé de se rendre à la cour de Guillaume à Gloucester; et à son arrivée [8 août 1093] il se vit exclu de la présence du roi, à moins qu'il ne consentit à plaider sa cause et à se soumettre au jugement des barons anglais. Malcolm rejeta la proposition avec indignation. Les rois d'Écosse, dit-il, n'avaient jamais été accoutumés à « faire droit1 » aux rois d'Angleterre que sur les frontières des deux royaumes, et conformément à la décision rendue conjointement par les barons des deux pays. Il se retira en courroux, assembla ses vassaux, et fondit avec des forces nombreuses sur le Northumberland, où il périt victime des ruses de son ennemi , peut-être de la trahison de ses propres sujets. L'armée écossaise fut surprise par Robert Mowbray [13 nov.]. Malcolm tomba sous l'épée de Morcl, intendant de Mowbray : son (ils aîné partagea son sort, et le plus grand nombre des fuyards qui échappèrent à la poursuite de leurs ennemis se perdirent dans les eaux de l'Aine et de la Tweed. Le corps du roi et celui de son fils furent enterrés par des paysans dans l'abbaye de Tinmouth, et cette lamentable nouvelle hâta la mort de sa femme, la reine Marguerite, qui ne lui survécut que quatre jours8.
Les enfants de Malcolm , trop jeunes pour soutenir leurs droits, allèrent en Angleterre demander protection, à leur oncle l'ctheling Edgar; et l'ambitieux Donald Bane, frère du monarque décédé, se saisit du sceptre écossais. H rencontra un compétiteur dans Duncan, fils, peut-être illégitime, de Malcolm, qui avait long-temps résidé comme otage à la cour d'Angleterre. Le neveu, avec l'aide de Guillaume, à qui il jura fidélité, fut plus fort que l'oncle ; et Donald se réfugia dans les Hautes-Terres, jusqu'à ce que le meurtre de Duncan par Malpeit, comte de Mearns, replaçât dans ses mains les rênes du gouvernement. Il ne les tint que trois ans. L'etheling, par ordre du roi d'Angleterre, conduisit une armée en Écosse, fit asseoir son neveu Édouard sur le trône, comme feudataire de
1. « Rectitudinem facere. » Alur. Bev. 139. Sim. Dun. 218. Flor. 646. — Cette expression a été expliquée par « faire hommage. » Elle signifie ««répondre de toute omission alléguée dans l'accomplissement des services féodaux. »
2. C/tron. snx. 197-199. Sim. 218. Orderic, 701. Les historiens écossais prétendent que Malcolm fut tué au siège d'Alnwick par la perfidie du gouverneur, qui , feignan£ de lui offrir U s ciels de la place au bout d'une lance , la lui poussa dans la tête. 11 faut convenir qu'il y eut quelque chose de honteux dans cette histoire , d'après les expressions d Orderic \ 701 1 et celles de la Chronique \Beswykene, 199); mais la version écossaise semble incompatible avec le fait, que le corps de Malcolm et celui d'Edouard furent trouvés sur la terre par des paysans , et enterrés par eux à TinmouUi , à une distance considérable d'Alnwick.
Guillaume, et rétablit 1rs enfants (Je sa sœur Marguerite dans leurs anciens honneurs. [1097.] Donald , qui avait été pris dans sa fuite et mis en prison, mourut de chagrin 4.
III. Depuis que Harold avait réduit le pays de Galles, les habitants s étaient reconnus les vassaux du roi d'Angleterre ; mais leur inimitié n'était point encore éteinte, et la perspective du pillage, avec la chance de l'impunité , les poussait fréquemment à ravager les comtés avoisinants. Pour arrêter leurs incursions, le Conquérant avait fait construire sur leurs frontières des forts qu'il avait confiés aux soins d'officiers appelés marquis ou seigneurs des marches*. Ces marches étaient constamment le théâtre de guerres de pillards et de vengeances de barbares. Mais, en 1094, les habitants de tous les districts du pays de Galles prirent les armes : l'île d'Anglesey fut réduite; et le Cheshire, le Shropshire et le Herefordshire, d'une extrémité à l'autre furent désolés par le fer et la flamme. [1095.] L'année suivante, les insurgés surprirent le château de Montgomery, et massacrèrent les habitants. Le ressentiment de Guillaume le porta à user de représailles ; et, à l'imitation de Harold, il entreprit de traverser toute la principauté à la léte d'une armée. Mais la lourde cavalerie des Normands n'était pas propre à l'invasion d'un pays inégal et montagneux. Les Gallois eurent la sagesse de ne point s'opposer à sa marche ; mais ils menacèrent ses flancs, tombèrent sur son arrière-garde, et taillèrent en pièces ses détachements; et quand le roi, après une longue et fatigante marche de cinq semaines, eut atteint les montagnes de Snowdun , il reconnut, à sa mortification, que la perte des vainqueurs dépassait celle des vaincus. L'année d'après, les seigneurs des marches continuèrent la guerre en ravageant les terres du voisinage ; et , l'été suivant, le roi reprit les opérations, mais avec des résultats semblables. Ses pertes en hommes , en chevaux et en bagages lui prouvèrent l'inutilité de l'entreprise. Il se retira du pays de Galles sans espoir, adopta la politique de son père, et chercha, en entourant le pays d'une chaîne de châteaux, à mettre fin aux incursions de ces infatigables et inaccessibles ennemis 5.
IV. [1095.] Le plus puissant des barons anglo-normands était Robert Mowbray, comte de Northumberland. Son oncle , levèque
1. Chron. sax. 199, 201, 200. Malm. 89. Sim. 219. Flor. 646. Les chroniqueurs contemporains représentent Duncan comme sollicitant et obtenant de Guillaume la concession du royaume d'Ecosse. »«Ut ei regnum sui patris concederet petiiict impetravit , illique fidelitatem juravit. »» Sim. Dun. 219. Flor. 646. Voyez aussi Ethelred. 343. Edgar était «roi tenant du roi Guillaume. » Chron. sax. 206.