‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 338 sur 643 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

' sion de ses revenus. Le primat , entrant dans la chambre , dit : a Sire, je pars; mais comme c'est probablement la dernière fois que nous nous rencontrerons, je viens, comme votre père et votre archevêque , vous offrir ma bénédiction. » Le roi courba la tète. Anselme fit sur lui le signe de la croix , et se retira aussitôt. A Douvres, les officiers du roi le traitèrent avec des affronts étudiés ; en France et en Italie, il fut reçu avec toutes les démonstrations possibles de respect >.

Après le départ d'Anselme , Guillaume poursuivit le cours de ses extorsions et de ses voluptés jusqu'à ce que la mort l'arrêtât soudain à New-Forest, où son frère Richard avait jadis péri. [H00.] Depuis quelque temps, il circulait dans le peuple des prédictions de sa fin prochaine, et elles étaient crues facilement de ceux dont il avait choqué la piété par ses débauches, ou provoqué la haine par sa tyrannie 4. Il n'était pas lui-même sans appréhension. Le 4eraoùt, il eut une nuit agitée, et son imagination était tellement troublée par ses rêves qu'il fit venir ses serviteurs pour veiller auprès de son lit. Avant le lever du soleil, Fitz-Hamon entra dans sa chambre et lui raconta la vision d'un moine étranger que l'on interprétait comme présageant quelque calamité pour le roi. « Cet homme , » s'écria-t-il avec un sourire forcé , « rêve comme un moine. Donnez-lui cent shillings. » Il ne put, néanmoins, cacher l'impression que ces mauvais augures avaient faite sur son esprit, et, à la prière de ses amis, il renonça à son projet de chasse, et consacra la matinée aux affaires [2 août]. A dîner, il mangea et but plus copieusement que de coutume : ses esprits se ranimèrent, et peu après il alla à cheval dans la forêt. Là, le plus grand nombre de ceux qui l'accompagnaient le quittèrent successivement pour poursuivre séparément le gibier; et, vers le coucher du soleil, des paysans le découvrirent étendu à terre et baigné dans son sang. Une flèche, dont le haut était brisé , lui était entrée dans la poitrine. Son corps fut transporté sur un chariot à Winchester, où

1. Ead. 32-34, 36-41. L'archevêque, dans sa lettre au pape, résume ainsi ses raisons pour quitter le royaume : u Le roi n'a pas voulu restituer à mon église les terres qui en dépendaient , et qu'il avait aliénées à la mort de Lanfranc ; il a continué i en aliéner d'autres nonobstant mon opposition ; il a exigé de moi des services onéreux qui n'avaient jamais été exigés de mes prédécesseurs; il a annulé la loi de Dieu et les décisions canoniques et apostoliques par des coutumes de sa propre création. Je n'ai pu aquiescer à une telle conduite sans perdre mon âme ; plaider contre lui , dans sa propre cour, serait inutile , car personne n'oserait m'assister ni me conseiller. Mon but donc en venant à Vous est de vous den-ander de me délivrer de l'esclavage de la dignité épiscopale , et de me permettre de servir Dieu de nouveau dans la paix de ma cellule ; et , ensuite . de vouloir bien prendre soin des églises d'Angleterre selon votre sagesse et l'autorité de votre rang. Lad. 43.

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