CHAPITRE DIXIEME
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tefois que le crime réel des proscrits était leur ancien attachement à sa cause, il vint inopinément en Angleterre à la sollicitation du comte de Surrey, et se fia imprudemment à la générosité d'un frère dénaturé. Il fut reçu, il est vrai, avec un sourire affectueux; mais il reconnut bientôt qu'en réalité il était captif. Au lieu d'intercéder en faveur des autres, il fut réduit à traiter de sa propre liberté; et, comme prix de sa rançon , il renonça volontiers à sa pension de trois mille marcs, qui, pour sauver l'honneur des deux princes, fut reçue comme présent par la reine Mathilde *. Après un tel traitement, Robert ne pouvait douter des sentiments hostiles de son frère; et, pour sa propre défense, il rechercha l'amitié et accepta les services du proscrit Belesme, qui possédait encore trente-quatre châteaux en Normandie [1105]. Henri reçut cette nouvelle avec plaisir, prononça la rupture de l'alliance entre Robert et lui, accepta, peut-être même se procura des invitations des ennemis du duc, et résolut de placer la couronne normande sur sa tête ». Il eut même l'effronterie de se targuer de la pureté de ses motifs, et de se présenter comme le sauveur d'un pays opprimé. 11 se peut en effet, comme ses panégyristes l'affirment, que le duc fiU faible et imprévoyant, qu'il dépensât son temps et son argent à la pourguite du plaisir , et qu'il se laissât voler par ses maîtresses et ses compagnons de débauche ; qu'il souffrit (pie ses barons se fissent la guerre les uns aux autres, et accablassent ses sujets de toute espèce de calamités5 ; il n'en sera pas moins difficile de croire que ce fut la pitié et non pas l'ambition, l'espoir de soulager la détresse de ses compatriotes et non le désir d'annexer la Normandie à ses États, qui poussèrent Henri à tirer l'éj^e contre son infortuné frère. La première campagne se passa sans résultat important ; dans la seconde, la destinée de la Normandie fut déridée devant les murs de Tinchebrai. Le roi avait assiégé cette forteresse, et Robert, à un jour fixé, approcha avec toutes ses forces pour la secourir [28 septembre]. L'action fut sanglante et opiniâtre; mais Hélie de La Flèche , qui combattait du coté de Henri , attaqua à l'improviste l'ennemi en flanc ; et le duc, le comte de Morton, Robert d'Estouteville , Edgar l'étheling* et quatre cents chevaliers tombèrent aux mains des vainqueurs. Le roi donna la liberté à quelques-uns des captifs; il en relâcha d'autres pour une rançon