CHAPITRE DIXIÈME
recommandation était la jeunesse et la beauté*. Leur union se trouva stérile; et, après un délai de trois ans, il forma la résolution d'assurer la couronne à sa fille Maud , qui avait épousé Henri IV d'Allemagne , et qui , depuis peu , était devenue veuve. Pour y parvenir , il était nécessaire que le roi triomphât de la répugnance de cette princesse elle-même et de celle des barons anglais. Maud ne se souciait pas de quitter un pays où elle possédait un noble douaire pour une succession précaire et contestée, et les barons étaient révoltés à l'idée du règne d'une femme, espèce de gouvernement tout nouveau dans les annales de l'Angleterre et de la Normandie. Cependant l'impératrice se soumit aux ordres péremptoires de son père et fut reçue à son arrivée par son oncle David, roi d'Écosse. On s'était ménagé l'assentiment des plus puissants barons par des présents et des promesses; pour plus de sûreté, Robert, le duc captif de Normandie, fut transféré de Devizes à Cardiff, et passa de la garde de révoque de Sarum à celle de Robert de Caen, comte de Gloucester, fils naturel et favori du roi, et on convoqua une assemblée générale des prélats et grands tenanciers de la couronne [25 déc. J1 26]. Henri déplora devant eux la mort prématurée de son fils, et proposa sa fille Maud comme héritière présomptive du trône. Elle unissait, dit- il, dans ses veines le sang des princes anglo saxons et celui des princes normands. Par sa mère, elle descendait d'Egbert et de Cerdic à travers une longue suite de souverains : son père était le roi régnant, et ses oncle et grand-père avaient été les deux derniers monarques de l'Angleterre. Quels que pussent être les sentiments de ses auditeurs , pas un d eux n'osa encourir son ressentiment en hasardant une objection; l'impératrice fut unanimement déclarée héritière dans le cas où son père mourrait sans enfants maies; et le clergé d'abord, puis les laïques, jurèrent de maintenir cet ordre de succession. Parmi les laïques, la préséance fut donnée à son oncle David, à cause de son caractère royal [H 27]. La seconde place fut disputée par Etienne, comte de Boulogne, et Robert, comte do Gloucester. Le premier était neveu du roi par sa sœur Adèle, et était né en légitime mariage; le dernier était fils de Henri, mais de naissance illégitime; et le point à décider était si
1. Eadmer, 136. Philippe deThaun, poète contemporain , l'appelle « mult bcle femme. « Ms. Nero , A. 5. — Hnntingdon chante sa louange dans les vers suivants , qui ne manquent pas d élégance :
Quid diadema tibi , pulcherrima, quid tibi gemma??
Pallet gemma tibi, nec diadema nitet :
Ornamenta cave, nec quidquam luminis inde
Accipis : illa micant lumine clara tuo. IIunt. 218.
la préséance était due à la légitimité de la descendance ou à la proximité du sang. Aujourd'hui le doute ne serait pas admissible ; tnème alors, quoique la fi mille régnante tînt son droit d'un bâtard, la. question fut résolue en faveur d'Etienne. Maiscesdeux seigneurs avaient en vue un but secret et plus imporlant. Malgré les précautions de Henri, l'avènement de Maud était considéré comme fort incertain, et, pour cette raison, chacun d'eux avait à cœur d'être déclaré premier prince du sang *.
Le lecteur a remarqué la constante sollicitude de Henri à s'assurer l'amitié de Foulques , comte d'Anjou. Ce sçigneur avait depuis peu résigné ses États d'Europe à son fils aîné, et avait accepté la dignité plus brillante, mais plus précaire, de roi de Jésusalem. Henri offrit avec empressement la main de Mathilde à Geoffroi, le comte régnant. Le mariage fut négocié en secret; sa publication fit jeter les hauts cris aux barons anglais et normands. Ils réclamèrent le droit d'être consultés lorsqu'il s'agissait de disposer de leur future souveraine, et beaucoup déclarèrent qu'ils se regardaient comme dégagés de leur serment par la duplicité du roi. Il dédaigna leurs murmures et s'applaudit de sa politique, qui avait ainsi lié les intérêts des Plantagenets à ceux de sa propre famille *.
Cependant il lui était impossible de contempler sans inquiétude la puissance et la réputation croissante de son neveu le comte de Flandre, dont il jugeait la ruine nécessaire à sa tranquillité et à la sécurité future de sa tille. Guillaume avait justement, mais peutêtre imprudemment, puni les meurtriers de son prédécesseur. Leurs amis songèrent à se venger du nouveau comte; à leur instigation, Thierry, landgrave d'Alsace, prétendit à sa succession , et Henri s'engagea à l'appuyer de toutes les forces de l'Angleterre et de la Normandie. Lille, Gand et plusieurs autres places furent perfidement livrées à Thierry; mais Guillaume déploya son activité et son courage habituels, et défit complètement son antagoniste sous les murs d'Alost. Malheureusement , après la bataille et à la porte même de la ville, il reçut dans la main un coup de pique d'un fantassin [1128]. La blessure était légère, et elle fut négligée: la gangrène s'y mit, et le prince fut transporté expirant au monastère de Saint-Omer L27 juillet]. Là, de son lit de mort, il écrivit à Henri , recommandant à la clémence de son oncle les barons normands qui avaient suivi sa fortune parce qu'ils le regardaient