CHAPITRE DIXIÈME
comme leur prince légitime. Le roi, qui n'avait plus rien à craindre des prétentions de son neveu , fit droit à la requête , et , par cette affectation de générosité , se concilia rattachement de ses sujets normands l.
Ainsi, à l'aide du hasard et des ressources de son génie, Henri avait triomphé de tous les obstacles qui paraissaient s'opposer à ses désirs. Il n'était pourtant pas dans sa destinée de recueillir le fruit de ses travaux. La mesure même sur laquelle il avait fondé l'espoir de sa tranquillité devint une source continuelle d'inquiétude. C'était avec répugnance que Maud avait consenti à épouser Geoffroi. Échanger l'état d'impératrice contre la condition inférieure de comtesse d'Anjou et être soumise aux caprices effrénés et fantasques d'un garçon de seize ans la blessait et l'irritait. Geoffroi , de son côté , avait hérité de l'esprit intraitable de ses aïeux; il dédaigna d'adoucir l'orgueil de sa femme et prétendit le dompter. Ils se querellèrent, se séparèrent, et Maud alla en Angleterre solliciter la protection de son père. Un an s'écoula en négociations infructueuses. Enfin, le comte consentit à exprimer le désir du retour de sa femme, et une réconciliation s'effectua en apparence. Si la naissance successive de trois petits-fils, Henri, Geoffroi et Guillaume, fut pour le roi un sujet de joie, en revanche, il fut chagriné par la conduite de son gendre, qui demandait la possession de la Normandie en vertu d'une promesse antérieure , et qui manifestait son déplaisir du refus de Henri par des insultes répétées. Maud, de son côté, ne jouait point le rôle de médiatrice. Haïssant son mari, elle tâchait d'accroître la désunion en offensant elle-même Geoffroi et en cherchant, par ses rapports, à irriter son père. Ces dissensions de famille retinrent le roi en Normandie et occupèrent son attention pendant les dernières années de son règne*.
Mais quoiqu'il résidât si fréquemment sur le continent et qu'il fût si jaloux de conserver ses possessions d'outre-mer, il ne négligeait pas le gouvernement de son royaume d'Angleterre, qui était de beaucoup la plus précieuse portion de ses États. L'administration de la justice et le maintien de la tranquillité publique étaient des objets qu'il avait constamment à cœur, et qu'il recommandait sérieusement à la vigilance de ses officiers. I. Il est probable que les Normands méprisaient les cours de justice d'institution anglo-saxonne. Henri, néanmoins, ordonna que les anciennes cours de comté et cours de centaine fussent tenues les mêmes jours , pendant les mêmes termes et dans les mêmes lieux qu'a-
1. ITunt. 2Ï9. Ang. sac. n , 697. Chron sax. 232. Orderic , 885 , 886.