CHAPITRE PREMIER
furent morcelées entre une multitude de petits chefs, principalement bretons, mais en partie d'origine romaine. Ils furent décorés du titre de roi, quoique plusieurs eussent des États moins vastes que ne le sont la plupart de nos comtés actuels ; et leur ambition, leurs guerres et leurs vices affligèrent ce pays de maux plus étendus et plus durables qu'il n'en avait jamais souffert des incursions des ennemis étrangers l.
Peu de temps après que les Bretons furent devenus indépendants , la plus grande partie de l'Europe fut dépeuplée par deux terribles fléaux, la peste et la famine. Cette île n'échappa point à la calamité générale ; et les Écossais et les Pietés saisirent ce moment favorable pour renouveler leurs incursions. Les dissensions des chefs indigènes facilitèrent leurs entreprises : chaque district devint l'un après l'autre le théâtre de leurs dévastations, jusqu'à ce que l'approche du danger avertit les Bretons plus méridionaux de pourvoir à leur propre sûreté. Quelques-uns sollicitèrent, mais en vain, la protection d'Aétius, le général romain de la Gaule2 ; d'autres, guidés par Vortigern, le plus puissant des rois bretons, eurent recours à un expédient qui, malgré tout ce qu'il promettait au début, fut, en définitive, très-funeste à la liberté de leur pays. Les empereurs étaient depuis long-temps dans l'habitude d'acheter les services des barbares; et les Armoricains, qui, comme les Bretons, avaient secoué le joug romain, étaient parvenus, avec l'aide des Saxons, à maintenir leur indépendance5. Vortigern résolut de suivre la même politique. Une escadre saxonne de trois chiules, ou vaisseaux longs, croisait dans le canal, en quête d'aventures ; et ses deux commandants, les frères Hengist et Horsa, reçurent avidement les ouvertures du prince breton, qui leur proposait de l'aider dans ses guerres et de compter pour leur récompense sur sa gratitude. Ils débarquèrent à Ebbsfleet, et furent cantonnés dans l'Ile de Thanet*. [A. D 449.]
Au milieu de ces calamités, les Bretons trouvèrent le loisir de se livrer à des disputes théologiques. Vers le commencement du ve siècle, un Breton, Pélage, et un Écossais, Céleste, avaient avancé plusieurs opinions nouvelles et hétérodoxes sur la nature du péché originel et de la grâce divine. Agricola, un de leurs disciples, tenta de répandre cette nouvelle doctrine parmi ses compatriotes, et les
1. Gild c. xix, xxni,xx\.Episl. p. lO,12.Nenn.c. Lxl.Procop flist. Vand.i. ; i, p. 8, 9.