‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 432 sur 643 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

vait rendre, en Dieu, à son roi et à son souverain. Henri consentit à ces demandes ; ils causèrent encore très-long-temps à part, et, à leur séparation , il fut mutuellement entendu que l'archevêque , après qu'il aurait arrangé ses affaires en France, reviendrait à la cour et y resterait plusieurs jours, afin que le public fut convaincu du renouvellement et de la solidité de leur amitié *.

Si Henri sentit ce qu'il afficha, sa conduite dans cette entrevue mérite d'être louée comme magnanime ; mais son habileté dans l'art de dissimuler permet de soupçonner sa sincérité. L'homme qui , le matin môme , s'était engagé par serment , en présence de ses courtisans, à refuser le baiser de paix, ne pouvait pas être animé de sentiments très-affectueux envers l'archevêque2; et l'esprit de ce prélat, quoique ses espérances lui présentassent une perspective plus brillante , était encore obscurci par le doute et la perplexité 3. Des mois s'écoulèrent avant que les engagements du roi fussent exécutés ; et lorsqu'enfin , cédant à la crainte d'un autre interdit suspendu sur sa tête [12 nov.], il rendit les terres de l'archevêché, les rentes en avaient été préalablement touchées, le blé et le bétail avaient été enlevés , et les bâtiments étaient en ruines 4. Les représentations du primat et ses deux visites à la cour n'obtinrent que des promesses décevantes; ses ennemis menacèrent publiquement sa vie, et ses amis le poursuivirent des plus sombres présages. Cependant, comme enfin la route lui était ouverte, il résolut de retourner dans son diocèse, et, à son départ, il écrivit au roi une lettre éloquente et affectueuse. « Mon désir, dit-il en terminant, était de me présenter encore une fois devant vous ; mais la nécessité me force, dans l'humble état auquel je suis réduit, à rentrer dans mon église affligée. Je vais, sire, avec votre permission, peut-être périr pour son salut, à moins que vous ne me protégiez. Mais, que je vive ou que je meure , je suis et serai toujours à vous dans le Seigneur. Quoi qu'il m'arrive à moi ou aux miens , puisse la bénédiction de Dieu tomber sur vous et vos enfants 5 ! » Henri lui avait promis de l'argent pour payer ses dettes et défrayer les dépenses de son voyage. Après en avoir vainement attendu , il emprunta trois cents livres à l'archevêque de

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