Ep. v
Rouen, et partit dans la compagnie ou plutôt sous la garde de son ancien ennemi Jean d'Oxford.
Alexandre, avant d'avoir appris la réconciliation de Freitvitle, avait lancé des lettres de suspension ou d'excommunication contre les évèques qui avaient officié au dernier couronnement; il les avait ensuite renouvelées contre Ro^rer d'York [36 sept.], Gilbert de Londres et Joscelin de Salisbury , aux faux rapports desquels était attribuée la lenteur du roi à remplir ses engagements *. Par amour de la paix, l'archevêque avait sagement résolu de supprimer les lettres ; mais les trois prélats, qui savaient qu'il les apportait, avaient assemblé à Canterbury et envoyé à la côte un détachement de soldats commandé par Ranulf de Broc pour le fouiller à son débarquement et les lui prendre. Il fut informé de ce dessein à Whithsand ; et, dans un moment d'irritation, il les expédia en avant par un messager de confiance, qui les remit ou fit remettre publiquement aux évèques en présence de leur suite*. C'était une mesure précipitée et malheureuse, qui fut probablement la cause de la catastrophe qui survint 3. Les prélats, pris à leur propre piège, éclatèrent en plaintes contre son amour du pouvoir et sa soif de vengeance; ils l'accusèrent auprès du jeune roi de violer les privilèges royaux, et de vouloir lui arracher la couronne ; et ils coururent en Normandie demander réparation à la justice ou au ressentiment de Henri.
Sous la protection de son conducteur, le primat atteignit Canterbury, où il fut reçu avec joie par le clergé et par le peuple [3 décembre]. De là il se préparait à visiter Woodstock, résidence du jeune Henri , à présenter ses respects au prince et à justifier la conduite qu'il venait de tenir. Mais ses courlisans, qui redoutaient son influence sur l'esprit de son ancien pupille, lui firent donner l'ordre péremptoire de retourner et de se confiner dans son diocèse [15 déc.]. II obéit, et passa les jours suivants dans la prière et dans l'accomplissement des fonctions de sa dignité. Mais ce furent des jours de détresse et d'anxiété. Les menaces de ses ennemis semblaient augmenter d'importance à chaque nouvel événement. Ses
1. Voyez les lettres dans Netv Rymr.r, i, 26. Par attachement à la cause de son patron , Jean de Salisbury était l'ennemi de Roger. Cependant, s'il y a la moitié de vrai dans ce qu'il dit de l'archevêque d'York , ce prélat méritait largement le titre qu'il lui donne de u archidiabolus. » Voyez Ep. »S\ T/iom. v, 91.