‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 439 sur 643 · CHAPITRE DOUZIÈME. 4A · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. 4A

Les institutions nationales que je viens de signaler comme hostiles au progrès de la civilisation étaient le tanistry et le gavelkind. I. Les habitants étaient divisés en clans nombreux , dont chacun obéissait à l'autorité paternelle de son canfinny ou chef. Les canfinnys , néanmoins , étaient rarement indépendants. Les faibles étaient obligés de se soumettre à la domination de leurs voisins plus puissants, qui prenaient le titre de rois; et parmi ces rois eux-mêmes, il existait toujours un ardriagh ou monarque en chef, qui, s'il n'exerçait pas la souveraineté sur l'île entière, du moins y prétendait. La loi de tanistry réglait la succession à toutes ces dignités, depuis la plus haute jusqu'à la plus basse. Elle interdisait soigneusement aux fils d'hériter, en tant que de droit , do l'autorité de leur père; et le tanist, l'héritier présomptif, était élu par les suffrages du clan, du vivant du chef souverain. L'aîné du nom et de la famille avait, à la vérité, le meilleur titre à cette distinction; mais sa capacité et son mérite étaient soumis à un examen préalable, et l'accusation de crime, de lâcheté ou de difformité, pouvait être présentée comme un obstacle insurmontable à sa nomination. Si la famille régnante ne pouvait fournir une personne convenable , le nouveau tanist était pris dans la plus proche branche du clan ; et ainsi tout individu pouvait se flatter que , dans le cours de quelques générations , la dignité de chef deviendrait le partage de sa postérité. Une telle coutume , toutefois, ne pouvait manquer de faire naître des querelles intestines, qui, au lieu d'attendre la décision tardive de l'assemblée triennale des états , étaient généralement terminées par les passions et le glaive des parties. Les élections étaient souvent accompagnées d'effusion de sang; quelquefois l'ambition du tanist ne lui permettait pas d'attendre la mort naturelle de son supérieur; souvent le fils du chef défunt tentait de s'emparer par force de la dignitd à laquelle la coutume de son pays lui défendait d'aspirer. Aussi , chaque clan et chaque royaume étaient divisés par des intérêts opposés ; et le candidat qui l'avait emporté, au lieu de s'appliquer à améliorer la condition de ses sujets, était forcé de pourvoir à sa propre sûreté, en se gardant des ruses, de la trahison et des épées de ses rivaux '.

IL Le gavelkind est cette espèce de tenurc par laquelle les terres descendent à tous les fils également et sans aucune considération de primogéniture. Il régnait dans les premiers âges, chez

1. Les annales d'Irlande fournissent très-peu d'exemples d'un fils obtenant le Rovivcrnement à la moit de son père. Plus de la moitié des rois paraissant avoir été assassinés ou tués au combat.

ion

toutes les tribus bretonnes; et, sous une forme meilleure, il en reste encore aujourd'hui môme quelques traces en Angleterre. Chez les Irlandais, il exista jusqu'au règne de Jacques Ier, et conserva les traits grossiers de l'institution primitive. Tandis qu'il excluait toutes les femmes, tant la veuve que les filles, de la possession de la terre, il admettait également tous les hommes, sans distinction de naissance illégitime ou légitime. Cependant ils n'héritaient pas des terres possédées individuellement par leur père. A la mort de chaque possesseur, la propriété foncière du clan était mise en une masse commune; l'équité ou le caprice du canfinny faisait une nouvelle division, et il assignait leurs portions respectives aux différents chefs de famille par ordre d'ancienneté. Il est évident qu'une pareille tenure dut opposer une barrière insurmontable aux progrès de l'agriculture, et par suite au développement des avantages de la vie civilisée. Cette institution ne pouvait exister que chez un peuple principalement adonné à la vie de pasteur , et à qui la perspective d'émigrer vers une position plus favorable faisait préférer un intérêt passager dans le sol à un intérêt permanent. Aussi Davis nous dit que, même dans son temps, les districts dans lesquels le gavelkind "était encore en vigueur semblaient n'être qu'un vaste désert i.

Quand, après une longue lutte, les indigènes l'emportèrent sur les Danois, le rétablissement de la tranquillité fut empêché par l'ambition de leurs princes , qui , durant plus de cent années , se disputèrent la souveraineté de l'île. Ce fut en vain que les pontifes à mainte reprise envoyèrent ou nommèrent des légats pour établir la discipline des canons et réformer l'immoralité de la nation ; que le célèbre saint Malachie y consacra aussi les efforts de son zèle, et que les prélats irlandais, dans leurs synodes, publièrent des lois et prononcèrent des censures. L'efticacité de ces mesures fut entravée par la turbulence des princes et l'obstination du peuple *, et fut ensuite entièrement suspendue par l'invasion des Anglais. L'état de l'Irlande à cette époque a été décrit par Girald, qui visita deux fois cette île : la première [1182], en compagnie de son frère, aventurier militaire; et la seconde [4185], comme chapelain ou secrétaire de Jean , le plus jeune des fils de Henri. Dans trois livres sur la topographie et deux sur la conquête de l'Irlande , il nous a laissé le détail de tout ce qu'il a entendu , lu et vu. Il est

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