Hoved
III. L'ancienne coutume d'en appeler au jugement de Dieu dans les causes criminelles subsistait encore ; mais aux ordalies du feu et de l'eau employées par les Saxons, les Normands, comme on Ta vu sous le règne de Guillaume Ier, avaient ajouté répreuve par le gage de bataille. Partout où les juges ambulants tenaient les plaids, ils sommaient quatre chevaliers de la centaine de comparaître devant eux, et de choisir douze autres chevaliers, ou, à leur défaut, douze autres hommes libres et loyaux , pour former un jury compétent. Le devoir de ces jurés peut se constater par leur serment. Ils juraient de répondre sincèrement à toute question qui leur serait posée par la cour, et d'accomplir fidèlement tout ordre qu'ils recevraient des juges au nom du roi ». Il leur était enjoint de déférer à la barre toute personne de la centaine, soupçonnée de meurtre , félonie, faux ou violation de la paix du roi. Sur leur dénonciation unanime , l'accusé était assigné devant les juges , et s'il se disait innocent et qu'il n'eût pas été pris sur le fait, ou avec la chose volée en sa possession , il était soumis par eux à l'ordalie de Teau. En cas de conviction par cette épreuve, la sentence était immédiatement prononcée et le prisonnier était condamné , suivant la nature du délit, à subir la mort, ou la confiscation de ses biens avec l'amputation d'un pied et d'une main, et le bannissement pour la vie *. Je citerai un exemple de conviction par l'ordalie de l'eau qui montrera en même temps l'état de désordre de la métropole à cette époque. C'était depuis long-temps une coutume parmi les jeunes gens, fils et parents des ciloyens les plus riches, de s'assembler en grand nombre après le coucher du soleil , de courir les rues en quête d'aventures, et de se divertir à exciter la frayeur des habitants paisibles. Peu à peu ils en vinrent à des actes de violence, parfois à des vols et à des meurtres. En 4174, une bande nombreuse de ces jeunes déprédateurs fit irruption chez un citoyen qui avait armé sa maison pour les recevoir. Les assaillants furent mis en fuile; mais leur chef, André Buquinte , qui avait perdu une main dans le combat, resta prisonnier. Dans l'espoir du pardon, cet homme dénonça ses complices, parmi lesquels était Jean Senex, un des plus riches et des plus « nobles » citoyens. Ce fut en vain que Senex nia l'accusation et en appela an jugement de Dieu : il fut convaincu par l'ordalie*de l'eau , et condamné par