CHAPITRE DOUZIÈME
qu'il nourrissait dans son propre sein, tâcha de remédier à cet abus. Tous les juges ambulants, trois ans après leur nomination, furent destitués, à l'exception du seul Hanulf de Glanville, qui, à la tète de cinq autres , fut alors chargé d'administrer la justice dans les comtés situés au nord de la Trcnt. Le reste du royaume fut divisé en trois portions : les pouvoirs attribués anciennement au grandjusticier furent conférés aux évèques de Winchester, de Norwich et d'Ely ; et chacun d'eux , avec quatre assesseurs , eut à tenir les plaids dans un des trois districts *. Le motif du roi, en choisissant ces prélats , était la confiance qu'il avait en leur intégrité et leur honneur; mais des que le pape sut leur nomination, il écrivit à Ri-, chard , archevêque de Canterbury, pour lui faire observer que le devoir des pasteurs était de nourrir leur troupeau de la doctrine de l'Évangile, non de jouer le rôle de magistrats séculiers; et pour lui commander de rappeler les évèques des cours qu'ils présidaient, et de les rendre au soin des diocèses qui leur avaient été confiés. Le primat, dans sa réponse, ne nia pas la défense faite par les canons; mais il tacha de justifier cette innovation par sa grande utilité pour l'Église et pour le peuple1. 11 semblerait, pourtant, que les objections d'Alexandre prévalurent. Au mois d'août, les trois prélats, après avoir rendu compte au roi de leur mission , se démirent de leur charge; et l'office de grand-justicier fut donné à Ranulf de Glanville. Ce célèbre jurisconsulte, dans la préface de son ouvrage, nous assure qu'il n'y eut pas alors dans la cour du roi un juge qui osât s'écarter du sentier de la justice ou émettre une opinion contraire à la vérité; et pourtant, si nous en croyons l'anecdote racontée par un contemporain de Gilbert de Plumpton , nous pouvons douter que l'honneur de Glanville lui-même fut entièrement sans tache. Plumpton , chevalier de noble extraction , avait épousé une dame dont la main et la fortune avaient été précédemment promises par le justicier à Rainer, son shéritî d'Yorkshire. Pour effectuer son projet , il devenait nécessaire de disposer du mari : l'infortuné fut arrêté subitement sous prétexte de félonie; et le roi, sur le rapport de Glanville, le condamna à mort [H 84]. Son innocence pourtant était si manifeste, que levèque de Worcester l'accompagna jusqu'au gibet, et se hasarda à empêcher l'exécution. Sa vie fut épargnée jusqu'à ce qu'on put consulter Henri. Le réV sultat fut que Plumpton fut renvoyé en prison, et qu'il y resta jusqu'à l'avènement du nouveau souverain ».