CHAPITRE DOUZIÈME
Bien dos années s'étaient écoulées depuis qu'Adélaïde, fille de Louis de France, avait été fiancée à Richard et confiée aux soins de son père. Henri la garda dans un de ses châteaux, et en interdit avec sollicitude l'accès à son fils. Le bruit courut qu'il était luimême amoureux d'elle; et son caractère, joint à la tentative qu'il avait faite pour divorcer avec Éléonore, donna du poids à ce soupçon général. Si Richard s'inquiéta le moins du monde au sujet de la princesse, ce fut uniquement par des motifs politiques; mais Philippe songea sérieusement à sauver la réputation de sa sœur et l'honneur de sa famille. Il demanda Adélaïde pour son mari ; à cette demande, le pape ajouta une menace d'excommunication: mais le rusé monarque sut se tirer des réclamations de l'un et des menaces de l'autre par des promesses trompeuses e( des propositions évasives. Quoique cette conduite l'entraînât dans des querelles perpétuelles avec le roi de France, il la garda en son pouvoir; et, jusqu'à ce qu'il mourut, ce fut toujours un problème de savoir si elle était la femme du fils ou la maîtresse du père.
L'intérêt que Philippe et Richard prenaient à la situation d'Adélaïde lia naturellement ces deux princes, qui, après la conclusion d'un armistice sous la médiation des légats du pape, retournèrent ensemble à Paris , et , pour prouver qu'ils se regardaient comme frères , mangèrent à la même table et dormirent dans le même lit1. Cette intimité alarma la jalousie du roi, et Richard reçut l'ordre de retourner sur son territoire. Il obéit; et, durant les hostilités réitérées de Philippe et de Henri, il assista son père jusqu'au moment où ses soupçons furent éveillés par la partialité marquée du roi pour Jean, le plus jeune des fils, et par le bruit que la couronne d'Angleterre était destinée à ce prince. Après une entrevue avec Philippe, tous deux se rendirent à une conférence
époque tout hommo qui prétendait a quelque connaissance en astronomie était astrologue de profession ; que ces sages publiaient tons les ans leurs prédictions ; et que , dans la présente année ( 1 18ti> , toutes les nations chrétiennes, tant grecques aue latines, étaient effrayées de l'attente des maux qui suivraient la conjonction de beaucoup de planètes dans le signe de la Balano« , le 16.septembre. Un vent pestilentiel , accompagné de tremblements de terre . devait balayer la face de la terre , renversant les arbres et les maisons , et ensevelissant dans le sable les villes de l'Egypte, de l'Ethiopie, de l'Arabie, et autres arides régions. Les astrologues mahométans de l'Espagne riaient de ces prédictions. Ils soutenaient que ta maligne influence de Saturne et de Mars serait balancée par la bénignité de Vénus et de Jupiter ; et que , le pis qui pût arriver, ce serait une mauvaise moisson , beaucoup de naufrages et d'effusion de sang dans les combats (Hoved. 356-358 ; Bened. Abb. il, 414|. Heureusement Baudoin , archevêque de Canterbury, pour détourner ces calamités , ordonna un Jeûne de trois jours dans sa province iGervase, 1479) ; et, comme la saison se trouva être plus belle que de coutume, les astrologues, pour sauver leur crédit , furent en état d'attribuer à la piété du peuple le non-accomplissement de leurs prédictions.