‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 479 sur 643 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

;>oo

d'abord dans une profonde mélancolie ; elle fut suivie d'une fièvre chaude dans les accès de laquelle il appelait la vengeance du ciel sur l'ingratitude de ses enfants. Geoflroi le chancelier, un de ses fils naturels, veilla avec une pieuse assiduité auprès du lit de son père malade. Henri le remercia de cette affection, lui donna avec sa bénédiction l'anneau qu'il avait au doigt, et exprima le désir qu'il fût promu à l'archevêché d'York ou à l'évèché de Winchester. Le septième jour, tout espoir de rétablissement s'évanouit, et, à sa demande, il fut porté dans l'église, et reçut au pied de l'autel les dernières consolalions de la religion. Au moment où il expira, les évèques et les barons se retirèrent , et le reste de son entourage dépouilla le corps et emporta tout ce qui avait de la valeur. Il fut enterré avec peu de pompe dans le chœur du couvent de Fontevrault, en présence de son fils Richard et d'un petit nombre de chevaliers et de prélats [6 juillet] *.

Henri avait eu de sa femme Éléonore cinq fils, dont deux seulement, Richard et Jean, survécurent à leur père. Ses filles étaient Mathjlde, Éléonore et Jeanne, dont nous mentionnerons en peu de mots les mariages : 1° le mari de Mathilde était Henri-le-Lion, duc de Saxe, de Bavière, d'Engern et de Westphalie, un moment le plus puissant, ensuite le plus infortuné prince de l'Europe. Son arrogance souleva tout l'empire contre lui. Par une sentence judiciaire il fut dépouillé de tous ses États, à l'exception de la dot de sa femme, les villes de Brunswick et de Lunebourg, et fut obligé de se bannir pendant trois ans de l'Allemagne. Ce fut durant cet exil que Mathilde lui donna un quatrième fils, Guillaume, de qui descend l'illustre famille qui occupe maintenant le trône impérial de ces royaumes. 2° Éléonore, dans sa quatorzième année, fut mariée à Alphonse-le-Bon , roi de Castille. Elle eut un fils, Henri , qui succéda à son père, et quatre filles qui devinrent reines de France, de Léon, de Portugal et d'Aragon. 3° Jeanne, la plus jeune des trois sœurs , à l'âge de onze ans fut conduite à Palerme , et épousa Guillaume II, roi de Sicile. Elle n'en eut point d'enfants ; mais son mari lui constitua un douaire princier, et laissa par testament à son père une table d'or de douze pieds de long et d'un pied et demi de large, une tente de soie assez vaste pour contenir deux cents personnes, soixante mille mesures de vin, soixante mille de froment et soixante mille d'orge, avec cent galères équipées et approvisionnées pour deux ans. Probablement il avait fait ces préparatifs en conséquence de son vœu de se joindre à la croisade.

1. Hoved. 372. Gervasc, 1545. Girald. Ang. Sac. ïi, 381, 382. Newbrig. m, 26. Bened. Abb II. 643 et suiv.

510 IIISTOIRK D ANGLKTERRE.

Henri mourut trois mois avant lui ; mais son fils Richard reçut du successeur de Guillaume vingt mille onces d'or comme équivalent de ce legs

Les pins célèbres des enfants naturels du roi furent les fils qu'il eut do Itosamondo , fille de Walter Clifford , baron du Herefordshire. Guillaume, l'aîné, naquit lorsque Henri était duc de Normandie ; Gcotfroi , le cadet , vers l'époque de son avènement au trône d'Angleterre *. Ils lurent élevés avec les enfants d'Éléonore, et destinés aux plus hautes charges de l'Église et de l'État. Guillaume, qui reçut le surnom de « Longue-Épéc , » épousa l'héritière d'un autre Guillaume, comte de Salisbury, et succéda aux domaines et titres de ce puissant seigneur. Geoffroi, avant d'avoir atteint l'âge de vingt ans , fut nommé à l'évèché de Lincoln. C'était à l'époque de la première rébellion, et le prélat élu rassembla immédiatement un corps d'hommes armés, et dispersa les insurgés du nord. A la tète de cent quarante chevaliers il alla trouver son père, qui l'embrassa en s'écriant : « Toi seul es mon fils légitime, les autres sont des bâtards * !» Il fut deux années avant de pouvoir obtenir la confirmation de son élection, a cause do sa jeunesse ; et sept ans plus tard, quoiqu'il continuât de recevoir les revenus du siège, il était encore laïque. A la fin le pape insista pour qu'il prît les ordres ou qu'il résignât l'évèché. Il choisit ce dernier parti, et fut toujours auprès de son père en qualité de chancelier pendant la dernière guerre et au lit de la mort.

Leur mère, avant sa mort, s'était retirée au couvent do Gods*tow, où elle taVha, par l'amendement de sa vie, d'expier le scandale de son ancienne incontinence. Henri, pour l'amour d'elle, fit beaucoup de présents aux religieuses, qui, par reconnaissance pour sa mémoire, l'enterrèrent dans leur chœur, suspendirent un poêle de soie sur sa tombe , et l'entourèrent de lampes et de cierge». Hugues, évéquede Lincoln, désapprouva leur conduite. La religion, leur lit-il observer, ne fait aucune distinction entre la maîtresse d'un roi et la maîtresse de toute autre personne. Par ses ordres, le corps fut enlevé et enterré dans le cimetière commun *.

Henri avait fait son testament sept ans avant sa mort. Ce testament ne regarde que ses biens personnels, car les terres de la couronno passaient de droit à son successeur. Il lègue vingt mille

Page 1