CHAPITRE TREIZIÈME
prisonniers qui avaient élé incarcérés sans les formes voulues de • la justice , pardonna les délits commis contre la couronne , modéra la sévérité des forestiers, et révoqua les mises hors la loi prononcées d'après la rumeur publique. Elle ordonna par proclamation à tous hommes libres de prêter serment d'allégeance au duc Richard — il avait déjà reçu la couronne ducale en Normandie — et de jurer d'obéir à ses lois. A son invitation , les barons et les prélats s'assemblèrent à Winchester pour recevoir leur nouveau souverain, et* la cérémonie du couronnement fut fixée au 3 septembre *.
A l'heure marquée, le cortège se mit en marche des appartements du roi au palais de Westminster. Tout le chemin jusqu'au maître-autel de l'église avait été couvert de drap cramoisi. D'abord venaient le clergé, les abbés et les évèques, suivis de deux barons avec le chapeau de parade et les éperons d'or, et de deux comtes portant la verge et le sceptre. Les trois épées étaient tenues par Jean , frère du roi ; David , frère du roi d'Ecosse , et Guillaume, comte de Salisbury ; après ceux-ci paraissaient six comtes et six barons portant sur leurs épaules les différentes pièces du costume royal. La couronne avait été confiée aux mains du comte d'Albemarle, qui était suivi de Richard lui-même, soutenu par les évèques de Durham et de Bath. Au-dessus de sa tète était un dais de soie tendu sur quatre lances, et porté par quatre barons. Baudoin, archevêque de Canterbury , reçut le roi à l'autel et lui déféra le serment d'usage. Richard alors défit ses vêtements de dessus, nyt des sandales dor, fut oint sur la tète, la poitrine et les épaules, et reçut successivement des ofticiers compétents le chapeau, la tunique , la dalmatique, les épées, les éperons et le manteau. Ainsi vêtu, il fut conduit à l'autel, et solennellement adjuré par l'archevêque de ne pas prendre la dignité royale s'il n'était pas résolu à tenir le serment royal. Il renouvela sa promesse, prit la couronne sur l'autel, et la donna au prélat, qui la lui mit immédia- . tement sur la tête. Alors la cérémonie du couronnement fut achevée. Richard monta sur le trône , et, après la célébration de la „ messe, fut reconduit en pompe à ses appartements2.
Le jeune roi avait pris la croix sous le règne de son père. Un prince d'un esprit aussi aventureux aurait en tout temps accueilli
1. Brompt. 1155. Nos anciens écrivains l'appellent le comte Richard depuis la mort de son père jusqu'au 20 juillet, qu'il devint duc de Normandie; et alors le duc Richard jnsqu au 3 septembre, qu'il Tut couronné roi d'Angleterre. Comme de raison, sil n'avait été roi qu'à partir de son couronnement, les années de son règne seraient datées du jour de cette cérémonie.
2. Hovcd. 374. Brompt. 1157. Gerv. 1549. Diceto, 647. J'ai décrit cette cérémonie du couronnement, parce que c'est la plus ancienne dont il soit fait mention.
HISTOMÈ D'ANGLETERRE.
avec joie une expédition en Terre-Sainte : en ce moment elle avait pour lui un attrait irrésistible [M 89]. Après la fatale bataille de Tibériadc, Acre, Sidon, Ascalon et Jérusalem étaient tombées aux mains de Saladin , le victorieux Soudan d'Alep et d*Égypte : Tyr seule restait au pouvoir des chrétiens; et si la lutte se soutenait encore faiblement, c'était grâce aux efforts des milliers d'Européens que leur zèle mal dirigé entraînait tous les ans à se faire tuer sous les murs d'Acre. Ces considérations, qui auraient détourné un monarque plus prudent, ne servirent qu'à enflammer l'ambition de Richard ; et faire des préparatifs pour recouvrer Jérusalem et déconfire le vainqueur musulman, ce fut le grand objet de sa politique pendant les quatre mois auxquels il fixa le terme de sa résidence en Angleterre. Dans cette vue, il se hâta de nommer, dans un conseil tenu à Pipcwel, aux abbayes et évéchés vacants; et divisa les pouvoiri de la régence en son absence entre son chancelier Guillaume Longchamp, évéque d'Ely, et son justicier Hugues Pudsey , évéque de Durham [M'y sept.]. Pour la satisfaire, il ajouta au douaire de sa mère toutes les terres qui avaient été constituées à Mathilde, femme de Henri 1er, et à Alice, veuve d'Étienne ; et afin que son frère Jean fût attaché par la reconnaissance à ses intérêts; il lui donna, outre le comté de Morlagne, en Normandie, ceux de Cornwall , Dorset, Somerset, Gloucester, Notliugham , Derby et Lancaster en Angleterre, environ un tiers de tout le rovaume *. Il v avait dans le trésor de Salisbury un dépôt d'environ cent mille marcs, fruit de la rapacité de son père; mais il jugea cette énorme somme insuffisante pour les gigantesques projets o,u'il avait conçus, et il chercha « l'augmenter par des expédients très-honteux pour lui-même et funestes pour ses successeurs. Les terres du domaine , les honneurs et charges de la couronne furent mis en vente publique. Pour un présent de trois mille livres il se réconcilia avec son frère Geoffroi, le fils de Rosamonde, qui avait été nommé depuis peu archevêque d'York; il vendit le comté de Northumberland à l'évèque de Durham sa vie durant pour mille livres; et, moyennant dix fois cette somme , il rendit au roi d'Ecosse les châteaux de Berwick et de Rosburgh, avec tout le droit de suprématie sur la couronne d'Écosse que Henri avait acquis. Quand les moyens de se procurer de l'argent furent épuisés en Angleterre, il alla en Normandie remplir ses coffres par des expédients semblables [H déc.] *.