‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 484 sur 643 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Avant que nous l'accompagnions dans sa route vers la Palestine, il convient de nous occuper du sort des juifs anglais. Les juifs , à cette époque, étaient, dans tous les pays chrétiens, les soûls ou les principaux banquiers. Comme il n'existait aucune loi qui réglât l'intérêt de l'argent, leurs profits étaient énormes; et lors d'une expédition militaire, et particulièrement d'une croisade, leur exigence 6'élevait toujours en proportion du nombre et des besoins des e mprunteurs. Aussi, sentant qu'ils s'étaient attiré lu haine du peuple, ils avaient soin de mériter l'amitié du prince par la valeur de leurs offrandes. En Angleterre, ils étaient devenus riches sous la protection du feu roi; mais comme Philippe de France, à son avènement, les avait bannis de ses États, avait confisqué leurs biens et annulé les obligations de leurs débiteurs, on était convaincu que le nouveau souverain adopterait des mesures semblables. Pour obvier au malheur qu'ils prévoyaient, les juifs étaient accourus de tous les comtés à Londres avec de riches présents; mais Richard, soit qu'il crût à la probabilité d'un mouvement populaire , soit qu'il pensât que leur présence profanerait la sainteté de la cérémonie, leur défendit de paraître devant lui le jour de son couronnement. En dépit de cette prohibition , quelques-uns eurent la témérité de se mêler à la foule et de passer les portes du palais. Ils furent outrageusement chassés, poursuivis à coups de pierres et de bâtons, et impitoyablement mis à mort dans leur fuite. Le bruit s'accrédita aussitôt que le roi avait donné la permission générale de les tuer et de piller leurs propriétés. La populace se rassembla en grand nombre : tous les juifs qu'on trouva dans les rues furent égorgés sans miséricorde , et I on mit le feu à toutes les maisons

renonciation de Richard a tous les droits que Henri avait extorqués à Guillaume comme rançon. En échange, il reçut dix mille livres, probablement la somme que Guillaume aurait donnée à Henri. Les droits respectifs des deux couronnes furent alors replacés sur le même pied qu'autrefois : Guillaume devait faire à Richard tout ce que Malcolm avait dû faire aux prédécesseurs de Richard , et Richard devait faire à Guillaume tout ce qu'ils avaient dO faire à Malcol 11 , suivant le jugement qui serait rendu par huit barons, qui devaient être choisis en nombre égal par les deux rois \ « quidquid antecessores nostri prsedicto Malcolmo de jure fecerunt, et facere dtbuerunt, sciheel, et de conductu , » etc.l. Evidemment le mot Bcilicet prouve que les mots qui suivent expliquent ceux qui précèdent , et que le droit du roi d'Ecosse signifiait les honneurs qui devaient lui être rendus en Angleterre Joutes les fois qu'il était appelé a la cour anglaise. De plus. Guillaume devait posséder en Angleterre les terres que Malcolm avait possédées , et devenir l'homme lige de Richard pour toutes les terres pour lesquelles ses prédécesseurs avaient été les hommes liges des rois d'Angleterre. Le juge cent fut ensuite rendu ; et l'on y voit que les mots « libertates, dignitates, honores debiti, » etc. signifient les privilèges à accorder et les honneurs à rendre au roi d'Ecosse chaque fois qu'il venait à la cour anglaise par ordre de son seigneur le roi d'Angleterre . depuis le moment où il passait la frontière jusqu'à son retour sur son territoire 1 Rym I, 87 1. Ceci expliquera la clause de « salvis dignitatibus suis » dans le serment prêté par les rois d'Ecosse, que quelques écrivains ont expliquée d'une manière erronée par sauf l'indépendance de leur couronne.

qui leur appartenaient. Ce fut en vain que le roi envoya le justicier avec plusieurs chevaliers pour disperser les mutins. Ces officiers furent eux-mêmes obligés de chercher leur salut dans la fuite, et l'œuvre de meurtre et d'incendie continua jusqu'au lendemain matin. — Le roi fit pendre trois des meneurs, sous prétexte qu'ils avaient brûlé des maisons de chrétiens; mais il refusa d'irriter ses sujets au commencement de son règne par des actes de sévérité en faveur d'un peuple haï , et se contenta de publier une proclamation dans laquelle il prenait les juifs sous sa proteciion, et défendait qu'on les inquiétât en rien dans leurs personnes ou dans leurs propriétés*.

Cette impunité, toutefois, encouragea les ennemis des Israélites, et les croisés, dans leur marche vers la côte , eurent soin d'imiter leurs frères de la capitale [1190]. Les excès de Lynn , de Norwich, de Slamford . d'Edmondsburv et de Lincoln semblent avoir été causés par l'impulsion du moment; ceux d'York furent le résultat d'un complot organisé. Avant le coucher du soleil , une troupe d'hommes entra dans la ville; et, à la faveur des ténèbres, ils attaquèrent la maison de Bennet , juif opulent qui avait péri dans l'émeute de Londres. Sa femme et ses enfants furent massacrés, sa propriété pillée et les bâtiments brûlés [16 mars]. La maison marquée pour être détruite la nuit suivante appartenait à Jocen , autre juif également riche, mais qui avait échappé au meurtre de ses frères dans la métropole. Toutefois il avait eu la sagesse de se retirer dans la citadelle avec ses trésors et sa famille, et avait été imité par beaucoup de juifs d'York et des environs. Malheureusement, un matin, le gouverneur sortit du château ; et à son retour les fugitifs, dont le nombre montait à cinq cents hommes, indépendamment des femmes et des enfants, se méfiant de ses intentions, lui en refusèrent l'entrée. Conjointement avec le shériff, il appela le peuple à son aide; la forteresse fut assiégée jour et nuit ; une rançon considérable fut offerte et refusée; et les juifs, dans leur désespoir, formèrent l'horrible résolution de frustrer de leurs propres mains la fureur de leurs ennemis. Ils enterrèrent leur or et leur argent, jetèrent dans les llammes tout ce qui était combustible , coupèrent la gorge à leurs femmes et à leurs enfants, et consommèrent la tragédie en se poignardant les uns les autres. Le petit nombre de ceux qui n'eurent pas le courage de s'associer à cet acte sanglant le racontèrent aux assaillants du haut des murs, et, pour sauver leur vie, implorèrent la permission de rerevoir le baptême. On accepta cette condition , et dès que les portes furent

1. IIuvcd.374. Diccto, C1T. llciniiigfurd, &L4. Xcwbrig. i\ , l.

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