CHAPITRE TREIZIÈME
avec un de ses barons. Un trésor avait été découvert sur le domaine de Vidomar, vicomte de Limoges, et une partie en fut offerte au roi pour le satisfaire ; mais il demanda le tout. Sur le refus de Vidomar, Richard assiégea son château de Chaluz, et rejeta dédaigneusement l'offre conditionnelle de se rendre qui était faite par la garnison. Comme il faisait à cheval le tour des murailles en compagnie de Marchadée, une flèche le blessa à l'épaule gauche [26 mars 1499J. Le signal de l'assaut fut immédiatement donné : le château fut emporté, et, à l'exception de Gourdon, l'archer qui avait blessé le roi , l'ordre fut donné de pendre les captifs, comme des voleurs qui avaient' détenu la propriété de leur souverain. Alors un chirurgien inhabile fit l'extraction du fer de la flèche , et des symptômes de gangrène avertirent le roi de sa fin prochaine. Il fit venir son confesseur, reçut les sacrements avec des sentiments de componction, et, faisant amener Gourdon en sa présence , il lui donna la liberté avec cent shillings pour retourner chez lui. Mais Marchadée retint en secret le malheureux jeune homme et ordonna de l'écorcher vif. Richard expira dans la quarante-deuxième année de son âge. Son corps fut inhumé à Fontevrault aux pieds de son père; son cœur de lion (l'épithète l'avait jadis flatté) fut légué par lui aux habitants de Rouen , en reconnaissance de leur loyauté et de leur attachement * .
A un degré de force musculaire qui est le partage de peu de personnes, Richard joignait une âme incapable de crainte. Aussi, dans les anciens annalistes , il s'élève comme guerrier bien au-dessus de tous ses contemporains. Et cette prééminence ne lui fut pas accordée seulement par les chrétiens. Même un siècle après sa mort, son nom était employé par les cavaliers sarrasins pour gourmander leurs chevaux , par lès mères sarrasines pour effrayer leurs enfants. Mais une fois qu'on lui a reconnu le mérite de la valeur, son panégyrique est terminé. Ses lauriers furent trempés de sang , et ses victoires achetées au prix de l'appauvrissement de son peuple. Quant aux bassesses auxquelles il pouvait descendre pour se procurer de l'argent , et aux injustices où il fut entraîné par l'impétuosité de ses passions, le lecteur en a vu de nombreux exemples dans les pages précédentes. Il fut aussi infidèle à sa femme qu'il avait été rebelle envers son père : si dans un accès de repentir il renvoya sa maîtresse , il y a lieu de croire que sa réforme ne survécut pas à la maladie qui la lui avait suggérée a.
Le seul avantage que la nation obtint en échange des immenses
1. Hoved. 449. Die. 705. Rig. 42. Il y a bien des variantes à cette histoire.