‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 535 sur 643 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Cependant le roi garda sous sa bannière soixante mille hommes , armée qui eut été suffisante , dit l'historien , pour défier toutes les forces de l'Europe si elle eût été animée de l'amour du souverain. Mais ce prince opiniâtre avait travaillé, pendant tout le conflit, à s'aliéner l'affection de ses sujets. Ce que Ton rapporte de son despotisme et de son incontinence passe presque toute croyance. Ce qu'il y a de certain du moins, c'est qu'il remit en vigueur, dans toute leur sévérité, les odieuses lois relatives aux forêts royales , qu'il imposa les taxes les plus arbitraires et les plus oppressives *, qu'il troubla et déshonora les plus nobles familles par la violence et la licence de ses amours, et que, par ses soupçons et précautions, tantôt en demandant des otages comme garantie , tantôt en exigeant la reddition de leurs châteaux , il avait converti les plus puissants barons en implacables ennemis. Sur les soixante mille hommes armés pour sa défense, il y avait à peine un indigène sur la fidélité duquel il pût compter2.

Tandis que le roi était à Douvres, méditant sur l'issue probable de cette contestation, il reçut la visite de Pandolfe, ministre confidentiel du pape, qui, dans un discours artificieux, s'efforça d'exciter ses craintes et ses soupçons. Pandolfe lui peignit sous de vives couleurs le danger de sa situation, exagéra la puissance et les projets du roi de France, et fit d'obscures allusions au mécontente- . ment et à la déloyauté des barons anglais. Pendant ce discours , des passions diverses agitaient l'esprit du roi. Si l'orgueil et le ressentiment lui défendaient de céder, la crainte et la superstition lui faisaient désirer un compromis. Il sentait parfaitement le danger qui le menaçait; il savait que, dans son armée, la perfidie de plusieurs était certaine, la loyauté de tous douteuse. Peu de temps auparavant, lorsqu'il marchait surChester pour attaquer les Gallois révoltés, il avait déjoué les plans des conspirateurs en licenciant subitement son armée , et en se mettant à l'abri dans le château de Nottingham* : adopter à présent un semblable expé-

1. Outre ses exactions envers les laïques , il avait, à son retour d'Irlande , exigé 40,000 1. des moines de Cîteaux , et 100,0001. des autres \Par. 193). Ces sommes paraissent exagérées. Les Annales Waverlienses réduisent les 40,000 1. à 33,300 , et celles de Margnn à 27,000. Il eut, toutefois, la politique ou la cruauté de se faire donner par toutes les maisons religieuses des chartes dans lesquelles elles déclaraient que les sommes extorquées par lui depuis son avènement étaient des dons volontaires dont elles ne s'attendaient pas à être remboursées. Ann. WavtrL 173.

2. Paris, 196-7. Une portion considérable de cette grande armée consistait en Flamands et en Gallois. Le nombre de ces derniers sVlevait à douze mille hommes. Quand les chevaliers, indigènes et étrangers, arrivèrent à Canterbury pour rejoindre l'armée, ils reçurent des gratifications du roi , les 8, 11 et 13 mai. Voyez les comptes du Mise Holl, 263-5.

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