CHAPITRE QUINZIÈME. f
il était continuellement alarmé par la découverte de conspirations tramées contre lui. Son seul espoir se fondait sur les efforts de sa femme, Blanche de Castille, qui sollicitait en personne l'assistance des plus puissants nobles français. Enfin un armement de quatrevingts grands vaisseaux, indépendamment des galères et des petits navires, partit de Calais sous le commandement du fameux pirate Eustache Lemoine [24 août]. Pour s'opposer à cette flotte formidable , Hubert de Burgh , le justicier , avait rassemblé quarante voiles tirées des Cinq-Ports; mais la disproportion des forces était si effrayante que plusieurs chevaliers refusèrent de s'embarquer, sous prétexte qu'ils n'étaient point au fait des batailles navales. Hubert lui-même ne s'aveuglait point sur le danger. Avant son départ, il communia en secret, et donna les ordres les plus positifs pour que le château de Douvres ne se rendit à l'ennemi à aucune condition, pas même pour lui sauver la vie dans le cas où il serait fait prisonnier. Les Anglais furent bientôt en vue des Français, et les dépassèrent, comme si leur dessein était de surprendre Calais; puis soudain, virant de bord, ils se portèrent en ligne sur leurs derrières. Les arbalétriers et les archers commencèrent l'engagement par une volée de flèches ; dès que les vaisseaux furent en contact, ils furent attachés par des chaînes et des crampons : de la poudre de chaux vive fut répandue dans l'air pour que le vent la portât dans les yeux de l'ennemi; et les Anglais, sautant à bord la hache à la main, rendirent toute manœuvre impossible en coupant les agrès. Les Français , qui n'étaient point accoutumés à cette manière de combattre, ne firent qu'une faible résistance, et de tous leurs vaisseaux il ne s'en échappa que quinze. On prit cent quinze chevaliers avec leurs écuyers, et plus de huit cents officiers inférieurs. Eustache, qui s'était caché à fond de cale, offrit une forte somme pour sa rançon; mais Richard Fitz- Roy, un des fils illégitimes de Jean et d'une fille du comte de Varenne, repoussa sa proposition, et lui abattit à l'instant la tête, qui fut ensuite portée au bout d'une perche de ville en ville, comme preuve de la victoire ».
Avec cette flotte périrent les espérances de Louis, qui, à l'approche de l'armée royale, accepta avec joie l'offre d'accommodement faite par le légat et le comte-maréchal. Il fut convenu qu'il relèverait les barons anglais de leur fidélité et hommage, et que Henri leur accorderait pleine amnistie lorsqu'ils reviendraient à leur allégeance ; que la paix à des conditions semblables serait of-
1. Paris, 250, 251, avec le» var. Ucl. Waverl. 183. Mail. 193. Gui. Àrmor. 90. Lanercost, 24.
fi08 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
ferle par Henri au roi (TÉcosse et au prince de Galles, et qu'on prendrait des arrangements pour l'acquittement des dettes et pour la rançon et délivrance des prisonniers de guerre 1 [41 septemb.]. Voilà ce que l'on trouve dans l'acte échangé entre les deux parties ; mais, en outre, Henri paya à Louis la somme de dix mille marcs pour l'aider à acquitter ses dettes; et Louis fit, nous dit-on, à Henri une promesse sous serment de rendre, à son avènement au trône de France, toutes les provinces qui anciennement appartenaient au père de Henri : promesse qui sans doute était tout ce que pouvait donner un prince qui n'était point encore en possession, mais qu'évidemment une fois qu'il y serait il n'aurait pas la volonté, ou, s'il en avait la volonté, qu'il n'aurait pas le pouvoir de tenir*. Après le départ de Louis et de ses compatriotes, le roi d'Écosse fut le premier à profiter de la pacification. Il vint jurer foi et service au jeune roi, et fit son devoir envers lui à Northampton * [19 décembre. Llewellyn, après quelque hésitation, suivit cet exemple, et rendit hommage à son souverain seigneur à Worcester h[U mars 1218].
Le départ de Louis assurait la couronne à Henri ; mais le jeune roi n'avait pas un seul parent à qui il pût demander conseil ou à qui il pût remettre le soin de ses intérêts. Même la reine-mère, qui par sa mauvaise conduite avait déjà perdu la confiance de la nation, abandonna son fils pour retourner à la hâte en France épouser son ancien amant, le comte de la Marche. Mais Honorius, comme supérieur féodal , se déclara tuteur de l'orphelin , et commanda à Gualo de résider près de sa personne , de veiller sur sa sûreté, et de protéger ses justes droits. Le légat s'acquitta de sa mission avec fidélité, et trouva dans le comte-maréchal un coopérateur animé du même zèle et des mêmes sentiments. Les juges ambulants eurent ordre de citer à leurs cours tous les chevaliers et hommes libres, et de leur faire prêter serment de garder la paix du roi, d'observer les bonnes lois et légitimes coutumes du royaume, et, sur l'ordre du roi et du conseil, de s'assembler pour s'opposer