Paris, 245. Dunstap. 78, 79. Rym. ï
f»06 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
par bravade, donneront un assaut vigoureux au château. Mais les arbalétriers, qui avaient été admis par une poterne dans la forteresse, éclaircissaient avec leurs flèches les rangs des assaillants, et, tuant les chevaux des chevaliers, les étendaient ù terre dans leur armure [19 mai]. Le reste des royalistes, tournant autour de de la ville, força, après un vif combat, la porte du nord, et au môme moment on fit une sortie du château. L'épouvante et le désordre se mirent alors dans les rangs des barons. Les plus animés, ne pouvant résister au torrent qui se précipitait dans la ville, furent entraînés par lui ; la foule courut vers la porte opposée ; mais le passage étroit et sinueux fut bientôt engorgé, et les fuyards furent forcés de reculer sur ceux qui les poursuivaient. On ne fit aucun quartier au commun des combattants ; mais il ne fut répandu que peu de sang noble par les vainqueurs, qui, retenus par les liens de la parenté ou par l'espoir d'une rançon, ne cherchaient pas à tuer, mais à prendre leurs ennemis. Le comte de Perche seul perdit la vie : il combattit dans un cimetière jusqu'à ce que son cheval eût été tué ; et, lorsqu'une voix lui cria de demander quartier, il répondit en jurant qu'il ne se rendrait jamais à un traître d'Anglais. Irrité du reproche, un soldat enfonça sa pique à travers l'ouverture de la visière du comte jusque dans la cervelle. Le nombre des captifs s'éleva à trois comtes, onze barons et quatre cents chevaliers. Deux cents autres s'enfuirent à Londres par différentes routes : les fantassins, en cherchant à les suivre, furent massacrés par les habitants des villages qui se trouvaient sur leui* chemin.
Cette victoire, qui affermit la couronne sur la tète du jeune roi, fut appelée, dans le langage précieux du temps, la « belle de Lincoln. » Presque tous les vainqueurs s'y enrichirent. Dès que la résistance eut cessé, la ville qui depuis si long-temps se distinguait par son attachement aux barons fut livrée au pillage ; même les privilèges des églises ne purent les préserver de la rapacité des royalistes. Mais le sort des femmes et des enfants fut plus déplorable. Quand la porte fut forcée, ils se réfugièrent en foule dans les barques sur la rivière; quelques-unes s'enfoncèrent sous le poids; d'autres périrent parce qu'elles furent mal gouvernées, et la plus grande partie des fugitifs se noya
La destruction de son armée retint Louis dans les murs de Londres, où, quoiqu'il eût rétabli toutes les portes, excepté une, et obligé tous les citoyens à renouveler leurs serments d'allégeance,
1. Voyez Paris, 247-249; Dunstap. 80 - 82; Waverl. 183; Mail. 94; Gui. Armor. 90.