‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 597 sur 643 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

celier et le justicier rendraient tous les ans leurs comptes; 4° et que les parlements se réuniraient trois fois par an, au commencement des mois de février, de juin et d'octobre. Ils eurent soin toutefois que ces assemblées fussent entièrement composées de leurs partisans. Sous prétexte de soulager les autres membres de la peine et des frais de si fréquents voyages, douze personnes furent nommées pour représenter la communauté, c'est-à-dire le corps entier des comtes, barons et tenanciers de la couronne; et il fut arrêté que tout ce que ces douze membres décideraient, conjointement avec le conseil d'État, serait considéré comme l'acte du corps entier *.

Os innovations ne passèrent pourtant pas sans opposition. Henri, fils du roi des Romains, Aymar, Guy et Guillaume, demifrcres du roi, et le comte de Warenne, membres du comité, s'ils ne purent les empêcher, retardèrent considérablement les mesures des réformateurs , et entretinrent chez les amis du monarque un esprit de résistance qui pouvait finir par devenir fatal aux projets de Lciccster et de ses associés. On résolut de les réduire au silence en les irttimidant. On les requit de jurer obéissance aux ordonnances de la majorité des membres. On fit la proposition de retirer toutes les concessions de la couronne, d'où les trois frères tiraient leurs moyens d'existence; et plusieurs accusations d'extorsion et de prévarication furent portées devant les cours du roi, non-seulement contre eux , mais aussi contre le quatrième frère, Geotfroi de Valence. Craignant pour leur liberté ou pour leur vie, ils sortirent tous secrètement d'Oxford et s'enfuirent à Wolvesham, château appartenant à Aymar, comme évêque élu de Winchester. Ils furent poursuivis et cernés par les barons; leur offre de prêter le serment de soumission fut alors refusée , et , des conditions qui leur furent proposées, les quatre frères acceptèrent [3 juill.], comme la plus admissible, de quitter le royaume emportant avec eux six mille marcs , et confiant le reste de leurs trésors et les rentes de leurs terres à l'honneur de leurs adversaires.

Leur départ ôta tout courage aux dissidents. [8 juillet] Jean de Warenne et le prince Henri prêtèrent le serment l'un après l'autre;

1. Ann. Burl. 416. « Le commun élise xiî prodes homes.... ce sont les duze ke sont cslu par les baruns a treter a treis parlen ens per an » (p. 414). Us ajoutent que c'était m pur esparmier le cust dcl commun » (4161. Le commun ou communauté est traduit dans une proclamation anglaise de ce temps, u Ihe landt/olk o( the realm r> \N. Rym. 378i, comme s'il représentait tous les propriétaires fonciers. C'était la dénomination la plus habituelle du grand conseil, quoique le mot parlement eût alors passé en usage. Dans un édit de la 2be année de ce règne, la conférence entre Jean et ses barons à Runnymead est appelé parlement \CL 28, Hen. III, m. 12); et dans la 32e année on trouve un édit avec l'expression « coram rege et toto parliamento n {Cl. 32. Henr. III, m. 13. Dors.).

Édouard lui-même, le fils aîné du roi, suivit, à regret, leur exemple [12 juillet], et fut force" de révoquer les concessions de revenus en Guienne qu'il avait faites à ses oncles, et d'accepter quatre réformateurs comme conseil pour l'administration de ce duché1. Afin d'assurer leur triomphe, un ordre royal fut publié portant que tous les hommes-lises jureraient d'observer les ordonnances du conseil ; et ils écrivirent au pape une lettre au nom du parlement [18 oct.] pour se plaindre des frères du roi, solliciter la déposition de l'évèque de Winchester , et requérir le légat de coopérer avec eux à . l'importante tâche de réformer l'état du royaume 5.

Peu de temps après, Leicester fut alarmé par l'approche d'une dangereuse visite, celle de Richard, roi des Romains [23 janv. 1259]. Ce prince avait dissipé en Allemagne des trésors immenses, et revenait remplir ses coffres en levant des taxes sur ses domaines d'Angleterre. A Saint-Omer, il reçut, à sa grande surprise, la défense de débarquer avant d'avoir prêté serment d'observer les clauses de la réforme, et de ne point amener à sa suite les frères du roi. Son orgueil regarda ce message comme une insulte; mais ses besoins exigeaient la continuation de son voyage , et il fit à regret la promesse de se conformer à ce qu'on demandait aussitôt qu'il aurait reçu la permission du roi. A Canterbury, Henri lui signifia ses ordres, et Richard prêta le serment 4.

D'après la première convention de Westminster, la réforme de l'État devait s'effectuer avant Noël. Mais le parti de la réforme était aussi lent à en terminer les travaux qu'il avait été ardent à les commencer. Pour satisfaire le peuple, on publia au nom du roi une proclamation exposant l'importance de l'entreprise, le temps nécessaire pour obtenir une connaissance exacte des griefs nationaux, et la folie de s'exposer à manquer le but par l'adoption de mesures précipitées et imprudentes. La vérité était que les chefs ne se souciaient pas de se dépouiller de l'autorité qu'ils avaient usurpée. Ils distribuaient à leurs partisans tous les offices laïques et tous les bénéfices ecclésiastiques à la nomination de la

1. Annal. Burt. 410, 411, 419. Rym. I, 660, 661, 662, 663. Annal. Winch. 310.

2. New Rym. i, 377. Cette proclamation est dans les deux langues; c'est la première de ce genre qui ait été conservée depuis le règne de Henri Irr, quoique je ne comprenne pas comment de telles proclamations ont pu être connues du peuple, si elles n'étaient point publiées en anglais.

3. Annal. Burt. 418, 422. Rym. I, 667. Il me semble que la commission des vingt-quatre finit avec le parlement d'Oxford; mais les chefs avaient tous été nommés du conseil privé, auquel l'exercice de l'autorité souveraine avait été réservé, excepté durant les sessions du parlement ; et même alors ils le conservaient, attendu que le parlement était représenté par douze membres, tous leurs partisans. Voyez Annal. Burt.. p. 423, 431, 436.

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