‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 619 sur 643 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

pendant, si peu que ce fût, les chrétiens s'y attachaient avec l'ardeur la plus opiniâtre ; et la moindre perte suffisait pour répandre dans toute l'Europe un profond sentiment de douleur, et lui faire lever armée sur armée dans le vain espoir de sauver le reste. Antioche venait de tomber : à cette nouvelle, le roi de France, quoique sa dernière expédition lui eût coûté la liberté et presque la vie , reprit la croix ; et Édouard aussitôt résolut de partager avec ce monarque accompli le danger et le mérite de la nouvelle croisade. Il attribuait à la Providence sa récente délivrance et celle de son père de la domination de leurs ennemis ; et la reconnaissance demandait qu'il contribuât à arracher le sépulcre du Christ à la souillure des infidèles. Peut-être, toutefois, y avait-il autant de politique que de dévotion dans sa conduite. La croisade ouvrait un champ honorable aux efforts des esprits turbulents et aventureux, qui y emploieraient contre les Sarrasins les armes que, dans leur pays , ils pourraient être entraînés à tourner contre leur propre souverain; et il avait expressément stipulé, stipulation qui fut confirmée par des serments et des gages , que le comte de Gloucester, l'homme qu'il craignait le plus, l'accompagnerait ou le suivrait en Palestine. Ayant résolu d'emmener sa femme Eléonore , sœur d'Alphonse , roi de Castille , il nomma un tuteur pour ses enfants et des gouverneurs pour ses châteaux , et commit le soin de la succession et l'administration du royaume , en cas de mort de Henri, à son oncle le roi des Romains, et après lui à Henri d'Almaigne , fils de ce monarque [27 mai 4270] *. Son départ fut sagement signalé par des actes populaires, l'octroi d'une nouvelle charte aux citoyens de Londres avec la restitution de leurs libertés , et le pardon du comte de Derby, dont les trahisons réitérées avaient mérité le châtiment le plus sévère. Mais tandis que ce prince était ainsi occupé , l'armée chrétienne avait traversé la Méditerranée , et les maladies la détruisaient sur la côte brûlante de la Mauritanie. Le facile Louis avait été entraîné par son frère Charles à diriger d'abord ses armes contre le boy de Tunis , qui refusait au nouveau roi le tribut qu'il avait payé aux anciens possesseurs de la Sicile. A son arrivée , Édouard trouva le camp plongé dans la plus profonde affliction [10 nov.]. Le prince africain s'était bien soumis; mais Louis était mort d'une dyssenterie ; Philippe, son fils et son successeur, était impatient de prendre possession de son royaume; et, à des hommes qui ne connaissaient pas le climat, la navigation de la Méditerranée en hiver paraissait une entreprise redoutable. Le prince anglais se trouva bientôt forcé de

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