CHAPITRE PRKMIEK. Il
si le prince gallois eut écouté l'avis du prélat, il eût pu conjurer sa destinée et celle de son pays. Mais le succès avait encouragé son obstination ; il refusa les conditions qu'on lui offrait, et compta sur la rigueur de l'hiver pour la destruction de l'armée d'invasion. Edouard avait ordonné qu'une force considérable se rassemblât dans le voisinage de Carmarthen [6 déc] ; et Llewellyn, laissant à son frère la défense du Snowdon , se hâta d'aller à Blint , dans le Radnorshire. Les Anglais, commandés par Kdmund Mortimer et par John Gifford, parurent sur la rive gauche de la Wye. Les indigènes étaient maîtres du pont; et une force nombreuse, postée sur une montagne voisine, attendait les ordres de Llewellyn, qui, étant descendu de la hauteur pour observer les mouvements de l'ennemi, était entré dans une grange pour se reposer ou s'abriter [11 déc.]. Soudain des cris le firent tressaillir; mais son écuyer lui dit que c'étaient ceux de la garde du pont, qui avait réussi a repousser l'ennemi. Peu deminutos après, on vit les bannières de Mortimer qui gravissaient la hauteur (il avait passé la rivière à gué), et un chevalier, Adam Frankton, s'approcha par hasard de la grange. Le prince, quoique sans armure et à pied , ne chercha point à éviter ce combat inégal. Il reçut la lance de son antagoniste dans le côté ; et Frankton, sans s'informer de la qualité du mort, se hâta de rejoindre l'armée. Les Gallois attendaient avec impatience le retour de leur prince; le soupçon de sa mort les jeta dans le désespoir ; et on dit qu'il en tomba deux mille sous l'épée des assaillants. Après la bataille, Frankton retourna examiner l'individu qu'il avait tué. On découvrit que c'était Llewellyn , et on trouva sur sa personne son sceau privé , et une liste mystérieuse de faux noms, qu'on supposa désigner certains traîtres de l'armée anglaise. Sa tête fut apportée à Edouard à Rhuddlan, et il commanda de l'envoyer a Londres, et de l'exposer sur la Tour. Pour vérifier ou ridiculiser la prédiction de Merlin, on Pontoura d'une couronne d'argent ou de lierre *.
L'indépendance du pays de Galles expira avec Llewellyn. Dès »{ae sa mort fut connue , les autres chefs se hâtèrent de faire leur soumission, et furent reçus avec bonté par le politique Edouard [1283]. David seul se tint à l'écart. Il hésitait à se remettre aux mains de l'homme qu'il avait si cruellement offensé , et résolut de ne confier sa sftreté qu'à sa fortune et à son adresse. Son château de Bère , situé au centre d'un marais, était regardé comme
1. Rjm. il, 223-225. Heming. i, 11, 12. West. 411. Wals. 00. Knyghton, 1465.
presque imprenable ; mais il préféra l'asile que lui offraient les montagnes et les forêts, et pendant six mois il échappa à la vigilance et a la poursuite de ses ennemis ; mais aucune retraite ne put le garantir de la perfidie de ses compatriotes. Ils le chassèrent de rocher en rocher, le firent prisonnier avec sa femme et ses enfants [21 juin], et le conduisirent enchaîné au château de Hhuddland. Ce fut en vain qu'il sollicita la permission de se jeter aux pieds du vainqueur. Edouard, qui avait résolu de ne point pardonner, n'osait exposer sa fermeté à répreuve d'une entrevue. Pour juger cet infortuné prince, un parlement fut convoqué à Shrewsbury, et les termes de la sommation révèlent pleinement les sentiments et l'intention du roi. Elle décrivait l'esprit hostile et inquiet des Gallois, leurs continuelles infractions aux traités, leurs incursions sanglantes et destructives : — accusations qu'on aurait sans doute pu, avec une égale justice, porter contre leurs accusateurs ; puis elle peignait sous de vives couleurs l'ingratitude de David, qui, orphelin et exilé, avait trouvé dans le roi un père et un protecteur , avait reçu de lui des possessions et des serviteurs, et avait été élevé par lui aux. premières dignités de sa couri. Le prince gallois fut cité devant ses pairs [30 sept.], onze comtes et cent barons , et fut unanimement condamné ce à être traîné au gibet comme traître au roi qui l'avait fait chevalier ; a être pendu comme meurtrier des gentilshommes pris dans le château de Hawarden ; a avoir les entrailles brûlées, parce qu'il avait profané par l'assassinat la solennité de la passion du Christ ; et à avoir les quartiers de son corps dispersés dans le pays, parce qu'il avait en différents endroits comploté la mort de son seigneur et roi. » Cette sentence, qui depuis des siècles était la sentence légale dans les cas de haute trahison, fut exécutée h la lettre2. Le sort de David, si nous le considérons comme le champion de l'indépendance de son pays, peut exciter notre pitié ; mais cette pitié cessera bientôt au souvenir de sa perfidie, de son ingratitude et de ses crimes.
[1284.] Edouard passa plus d'une année dans le pays de Galles ou près des frontières , afin d'assurer la durée de sa conquête. Pour contenir les habitants du Snowdon, les plus intraitables des