CHAPITRE DEUXIEME
rompit le bâton de son office, et déclara que toutes les personnes engagées au service royal étaient congédiés *.
Au bout de trois jours, la députation revint de Kenilworth, et le lendemain matin [24 janvier] l'avènement du nouveau souverain, qui était dans sa quatorzième année, fut proclamé dans cette forme inusitée : « Attendu que sir Edouard, dernier roi » d'Angleterre, de sa propre bonne volonté et du commun avis » et assentiment des prélats, comtes, barons et autres nobles, et » de toute la communauté du royaume, s'est démis du gouver- » nement du royaume, et a accordé et voulu que le gouverne- » ment dudit royaume vînt à sir Edouard, son fils aîné et son » héritier, et qu'il gouvernât la^yaume et fût couronné roi, en » raison de quoi tous les seignews lui ont fait hommage ; nous » crions et publions la paix de notre dit seigneur sir Edouard » le fils, et de sa part commandons et enjoignons, sous peine et » péril d'exhérédation, et de perte de vie et membre, que nul ne » rompe la paix de notre dit seigneur le roi; car il est et sera » prêt à faire justice a tous et à chacun dudit royaume, aux pe- » tits comme aux grands, en toutes choses et contre tous. Et si >? quelqu'un a une réclamation à faire contre un autre, qu'il pro- » cède par voie judiciaire, et non par violence ni force. » Cette même assertion, que le roi avait abdiqué de sa propre et libre volonté avec le consentement de son parlement fut impudemment répétée au couronnement du jeune prince [1er février] 2.
Edouard de Carnarvon ( car c'est ainsi que nous devons l'appeler maintenant) était destiné à augmenter la longue liste des princes pour qui la perte d'une couronne n'a été que le prélude de la perte de la vie. L'attention du comte de Lancaster a alléger les souffrances de son captif ne s'accordait point avec les vues de la reine et de son amant. 11 fut donné en garde à sir John de Maltravers, homme qui, par tout ce qu'il avait souffert précédemment, avait prouvé son attachement au parti. Pour cacher le lieu de la résidence d'Edouard, il transféra successivement le prisonnier de Kenilworth h Corfe, à Bristol et à Berkeley [U avril], et, à force d'affronts et cte rigueurs, il s'efforça de le priver de sa raison ou d'abréger sa vie Ce fut en vain que le monarque déposé sollicita une entrevue avec sa femme, ou demanda h jouir de la compagnie de ses enfants. Isabelle n'eut pas le courage de